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Hollande 100% socialiste à Rouen, 
Sarkozy recentré sur TF1 : 
avantage Hollande !
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Le duel

Hollande 100% socialiste à Rouen, Sarkozy recentré sur TF1 : avantage Hollande !

Duel à distance. Le candidat socialiste donnait un discours à Rouen, sa ville natale. Alors que le Président de la République officialisait sa candidature sur le plateau du 20h de Laurence Ferrari. Si François Hollande voulait avant tout rassembler la gauche pour son 2ème grand meeting de campagne, Nicolas Sarkozy semblait déjà se projeter sur le second tour en voulant dépasser les oppositions droite/ gauche et parler à tous les Français. Une position de Président sortant compliquée.

Christophe Prochasson

Christophe Prochasson

Christophe Prochasson est historien et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Derniers ouvrages parus : L’empire des émotions. Les historiens dans la mêlée (Demopolis, 2008), 14-18. Retours d’ expérience  (Tallandier, 2008) et La gauche est-elle morale ? (Flammarion, 2010).

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Hier soir, les deux probables finalistes des élections présidentielles françaises de 2012 ont chacun joué leur partition qui pourrait bien être celle du second tour, comme si le premier n’était qu’une formalité. Pas tout à fait cependant du côté de François Hollande, qui se souvient sans doute du prix payé par Lionel Jospin en 2002. Trop confiant, le Premier ministre de l’époque avait négligé la nécessité de donner à son propre camp un élan indispensable à la victoire. Pour passer les compromis qu’appelle toujours la seconde étape de l’élection, pour atténuer les aspérités des programmes partisans, pour lisser les promesses un peu hâtives, il convient dans un premier temps de ne pas avoir mis son drapeau dans sa poche. Dans son discours du Bourget, comme hier soir au Zénith de Rouen, le candidat socialiste s’est fait… socialiste. Accents mitterrandiens, activation du vieux fonds anticapitaliste d’une partie de la gauche, affichage discret de la personne, connivences avec l’histoire, la panoplie est bel et bien présente, bien portée et utile au rassemblement de la gauche derrière un seul candidat. Le deuxième tour sera une autre affaire.

Jusqu’à hier soir, il ne pouvait en aller tout à fait pareil pour Nicolas Sarkozy, toujours en charge de sa haute fonction. Son intervention au Journal de 20h de TF1 a fait état d’un équilibre précaire entre le rôle du candidat en quête d’une nouvelle légitimité et la charge de l’actuel président de la République à la popularité en berne. Même en se déclarant officiellement candidat, le Président est resté président. Là résidera sa principale difficulté. Président de tous les Français, comment pourra-t-il devenir le candidat d’une partie d’entre eux seulement ? François Mitterrand avait tenté de résoudre le problème, avec un certain succès, lors des élections présidentielles de 1988, en se livrant à une campagne minimaliste, à peu près réduite à trois meetings grandioses et solennels où pointait à peine son identité de candidat et très peu sa culture politique de socialiste.

L’entourage de Nicolas Sarkozy nous annonce tout autre chose : une offensive ébouriffante où se déploiera toute l’énergie du candidat dont on sait qu’elle est l’une des toute premières qualités. L’entretien accordé au Figaro Magazine en constitue déjà un signe annonciateur. Il s’adressait d’abord à son camp, réchauffait l’âme de sa base, en flattant des « valeurs » qui heurtaient de plein fouet non seulement la gauche mais sans doute aussi une partie de son électorat centriste voire une fraction de la gauche qui s’était ralliée à lui en 2007, avant même l’ouverture.

De ce point de vue, le recentrage d’hier soir est patent : il s’agissait là d’une candidature de second tour, dépassant les clivages idéologiques traditionnels. Le candidat-président l’a dit fortement à son interlocutrice : ni droite ni gauche ! Ces vieilles lunes du siècle dernier, selon lui, n’ont plus lieu d’être dans ce qui lui apparaît comme la première élection du XXIe siècle.

Que sera donc la pétarade de meetings et de déplacements annoncée ? Le meeting n’est pas un genre politique très présidentiel. Porté par les militants, il est par nature l’espace des paroles clivantes, parfois blessantes. Encore est-il à noter que les deux adversaires, François Hollande et Nicolas Sarkozy se soient retrouvés hier soir sur la base d’un gentlemen agreement dans lequel chacun promet de respecter la personne du concurrent. Au fil des meetings cependant, Nicolas Sarkozy risque de perdre le peu de sacralité présidentielle qui le protégeait encore et se muer en un simple bonimenteur qui n’aurait pas respecté ses promesses.

Le jeu est donc beaucoup plus complexe pour le sortant que pour son challenger qui n’a qu’un rôle à endosser. Les embûches ne sont pas absentes, mais beaucoup moins nombreuses pour Hollande que pour Sarkozy. Le premier n’a qu’une tâche à remplir, qu’il a d’ailleurs plutôt bien remplie jusqu’à ce jour. Le second a deux métiers qu’il ne peut confondre. Cette dernière campagne, n’en doutons pas, lui sera beaucoup plus épineuse que la précédente.

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