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Névroses nationales : et la France de demain, vous la voulez à l’identique ou conscientisée ?
©Fouad Maghrane / AFP

Névroses nationales

Névroses nationales : et la France de demain, vous la voulez à l’identique ou conscientisée ?

Depuis quelques jours, un débat anime la société entre certains Français qui souhaitent que la flèche de Notre Dame soit reconstruite à l'identique et ceux qui considèrent qu'elle devrait être faite en prenant compte de notre modernité.

Chantal Delsol

Chantal Delsol

Chantal Delsol, née à Paris en 1947, est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

 

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Olivier Gracia

Olivier Gracia

Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).

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Atlantico : Ce débat oppose radicalement une sorte de traditionalisme sans concession et un progressisme inclusif essentiellement concentré sur les discriminations et autres enjeux écologiques. Cette polémique n'est-elle pas symptomatique des blocages quasi-névrotiques que connait notre société quand il s'agit de s'interroger sur l'avenir de notre pays ?

Chantal Delsol : Pour ma part je crois que Notre-Dame doit évoluer avec son temps et cela ne me gêne pas du tout, au contraire, si la flèche est différente de celle de Violet-le-Duc, en raison des matières et des formes contemporaines. Il faut juste veiller à ce que ce soit harmonieux avec le reste. Ce qui est important ici c’est l’identité culturelle qui est une matrice capable d’engendrer de nouvelles formes, ce ne sont pas ces formes elles-mêmes. Chaque époque doit pouvoir reprendre à nouveaux frais l’identité culturelle et en faire sa propre chose. Nous n’allons pas vivre dans la naphtaline. Ce sont les principes que nous avons à révérer, pas leurs expressions, toujours évolutives.

Olivier Gracia : Les Français sont plutôt traumatisés par l'effondrement de la charpente de Notre-Dame et il est vrai qu'il y a cette velléité très contemporaine de vouloir remplacer l'ancien par le nouveau. L'intention est louable, d'autant que la flèche de Notre-Dame n'est pas celle d'origine mais date du 19ème siècle. Dès lors, on peut se poser la question de l'empreinte de la modernité sur un monument de 800 ans.

C'est louable et parfois cela marche. On se rappelle de Mitterrand et de la Pyramide du Louvre. Le débat était le même et beaucoup criaient à l'aberration en voyant la splendeur du Louvre, or aujourd'hui l'on se rend compte que la pyramide est presque plus connue que le Louvre lui-même ! C'est donc un coup de maître de Mitterrand. C'était moderne, c'est une très belle référence à l'Egypte antique. Mais on peut effectivement questionner l'utilité de la modernité sur la construction.

D'un côté, personnellement, en tant qu'historien, je pourrais vous répondre qu'il faut conserver les choses à l'identique et ne rien toucher et  de l'autre on peut comprendre cette velléité d'imposer sa marque contemporaine sur un édifice qui a quasiment un millénaire. Il est évident par contre que s'il y a une modernité il faut qu'elle soit cohérente avec l'architecture globale. Il ne faut pas créer un mini-centre Pompidou sur Notre-Dame…

Comment expliquer la tendance qu'a notre société à tenir à cette forme de débat binaire quand il s'agit d'envisager son avenir ?

Chantal Delsol : L’attitude traditionaliste est analogue à celle du courant écologiste contemporain : il faudrait toujours tout garder en l’état, qu’il s’agisse des monuments ou de la nature. Il y a une espèce de sacralisation du présent, comme si nous ne pouvions plus espérer de développement vers le mieux, comme si nous ne pouvions qu’aller vers le pire. C’est une pensée catastrophiste, qui veut tout figer et conserver.

Olivier Gracia : La France a une Histoire tellement riche et glorieuse qu'il est difficile de concevoir l'avenir sereinement. Ce qui atteste quelque peu de la victoire d'une sorte de pessimisme ambiant chez beaucoup d'intellectuels qui imaginent que la France fait face à une forme de régression, comme si la France perdait son identité et son essence. Les Français sont le peuple le plus pessimiste d'Europe sur leur avenir et c'est un trait très national. Nous avons toujours eu du mal à épouser la modernité hormis lors de la Révolution qui a été une rupture brutale.

Cette impression de régression, ancrée sur le désir que la France soit aussi grande et belle qu'hier,  cet orgueil ne veut pas que la France soit reléguée au même niveau que d'autres pays européens. Mais cette réaction est réellement basée sur le fait que la France était à une époque l'un des plus grands pays du monde.

Dès lors, comment peut-on sortir de l'aspect caricatural de cette confrontation ?

Chantal Delsol : Par le débat. J’espère que le débat sera nourri.

Olivier Gracia : C'est le rôle du politique que d'inscrire ses actions dans la continuité de l'œuvre de ses prédécesseurs. Beaucoup ont essayé, beaucoup ont échoué. Macron au début avait cette dimension quasiment-Capétienne, un peu comme François Mitterrand, de réconcilier les mémoires, de s'inscrire dans la continuité de l'Histoire, de montrer qu'il avait un sens de l'incarnation, d'où ce côté "jupitérien" de monarchie éternelle. Il n'y est pas parvenu, ça l'a même complètement isolé.

Mais à l'évidence c'est aux hommes politiques de renouer le dialogue avec les Français, pour redonner de l'optimisme là où il n'y en a plus. Aujourd'hui il y a une forme de méfiance à l'égard de la classe politique et elle participe au sentiment de crise sociale, politique, économique avec l'intime conviction que les choses dégénèrent et ne s'améliorent pas alors qu'au contraire, on a tout demême fait d'importants progrès depuis quelques années.

C'est le combat des hommes politiques et des intellectuels. On remarque d'ailleurs que les intellectuels les plus lus actuellement sont plutôt d'une dimension traditionaliste, ce qui n'aide pas au débat et à la confiance des Français dans leur destin national. 

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