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Najat Vallaud-Belkacem déclarait le 26 février que l'ensemble des ministres "partageaient la préoccupation d'Arnaud Montebourg sur le niveau actuel de l'euro, qui pèserait sur la compétitivité de la France".
Najat Vallaud-Belkacem déclarait le 26 février que l'ensemble des ministres "partageaient la préoccupation d'Arnaud Montebourg sur le niveau actuel de l'euro, qui pèserait sur la compétitivité de la France".
©Reuters

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Najat Vallaud-Belkacem enrôle le gouvernement tout entier dans la dénonciation de l'Euro trop fort : mais si on voulait vraiment le faire baisser, que faudrait-il faire ?

Najat Vallaud-Belkacem déclarait le 26 février que l'ensemble des ministres "partageaient la préoccupation d'Arnaud Montebourg sur le niveau actuel de l'euro, qui pèserait sur la compétitivité de la France". Tous les ministres, sauf le premier d'entre eux...

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Jean Marc Ayrault ne fait plus partie du gouvernement. C’est en gros ce que l’on peut comprendre des déclarations de Najat Vallaud Belakcem qui déclarait le 26 février que l'ensemble des ministres "partageaient la préoccupation d'Arnaud Montebourg sur le niveau actuel de l'euro, qui pèserait sur la compétitivité de la France". Car malheureusement, le jour même de cette déclaration, le Canard Enchaîné prêtait les propos suivants au premier ministre "Montebourg provoque inutilement les écolos, alors que pas un sou n’est même prévu pour la recherche de gaz de schiste. Et il provoque la Banque centrale européenne en dénonçant l’euro fort". Najat Vallaud Belkacem considère peut-être que le Premier Ministre ne fait pas partie de "l’ensemble des ministres".


Au-delà du couac n°2024, reste une question qui se traduit habituellement par les termes suivants ; "l’euro est trop fort", "l’euro est cher", il faut "dévaluer", il faut avoir "une politique de change". L’ensemble de ces propos ont de quoi mettre les responsables de la politique monétaire en émoi. En effet, le terme dévaluation a bien été utilisé ces derniers jours, mais cela était pour traiter du cas du Kazakhstan ou de l’Argentine, le contrôle des changes est quant à lui en vigueur au Ghana. Mais "l’euro cher", "la dévaluation" ne sont pas des notions qui conviennent à la zone euro. Car plutôt que de s’employer à fustiger l’euro cher, il faudrait peut-être se poser la question du pourquoi : quelle est la cause de l’euro fort ? Mais ce point ne semble pas préoccuper le gouvernement.


A cette question, il est pourtant aisé de répondre. L’euro est élevé car de nombreux investisseurs l’achètent pour sa vertu essentielle : il offre une protection absolue contre l’inflation. La Banque centrale européenne, fervente supportrice de la lutte anti inflation, alors même que c’est la déflation qui menace, est le garant d’une monnaie qui ressemble désormais à un nouveau franc suisse. Il est à ce titre assez utile de rappeler que l’inflation est aujourd’hui à 0.8% dans la zone euro, ce qui fait de la BCE une sorte de Don Quichotte monétaire, luttant pied à pied contre des moulins inflationnistes.


C’est d’ailleurs ce même constat qui peut être effectué sur les taux d’intérêts français. Ceux-ci sont très faibles justement parce que la banque centrale est un rempart anti hausse des prix. Un investisseur étranger achète l’euro pour protéger ses avoirs contre toute perte due à l’inflation, et prend position dans une obligation française pour prendre un rendement supplémentaire, aussi minime soit-il. Peu importe, ce qui est recherché, c’est la garantie de stabilité totale des prix garantie par la BCE. Voilà pourquoi l’euro est à la hausse. C’est ainsi que le Yen Japonais s’est effondré de 30% après que Shinzo Abe ait simplement manifesté son intention de modifier objectif monétaire de la Banque du Japon, passant d’un objectif de 1% à 2% d’inflation. Une modification d’un point a en effet provoqué une perte de 30% de la monnaie. Certains diront que les exportations japonaises n’en ont pas profité, ce qui est vrai, mais cela n’a jamais été l’objectif.


Car ce qui semble passer au-dessus de la tête des partisans de l’euro cher est que la politique monétaire européenne n’a pas vocation à traiter de la valeur de la monnaie ou des exportations de la zone, mais de son marché intérieur. En rehaussant un objectif d’inflation, ou beaucoup mieux encore en fixant un objectif de PIB nominal (ou un objectif de chômage comme aux Etats Unis), une banque centrale agit sur les anticipations de croissance et d’inflation des acteurs économiques. C’est ainsi que les investisseurs quittent le refuge qu’est la monnaie pour investir, embaucher, consommer etc... Lorsque les anticipations sont à la hausse, c’est la confiance et le moral qui en profitent. Et c’est bien là le rôle d’une politique monétaire. C’est ainsi que le pouvoir attractif de l’euro pour les investisseurs avides de sécurité totale se dissipe…la monnaie baisse…et le gouvernement est content. Mais avant d’en arriver là, il va falloir reprendre le processus au début et diriger ses attaques vers le mandat de la BCE et sa lutte incessante contre une inflation qui n’existe pas plutôt que de parler d’"euro cher".

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