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Municipales à Paris : droite, centre, gauche... LREM face au vertige de son identité politique
©ALAIN JOCARD / AFP

Conquête de Paris

Municipales à Paris : droite, centre, gauche... LREM face au vertige de son identité politique

Hugues Renson, Benjamin Griveaux et Cédric Villani ont été entendus mardi par la commission d'investiture de LREM. La décision du bureau exécutif devrait être connue ce mercredi.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Benjamin Griveaux, candidat à la candidature LREM pour la Mairie de Paris, a répondu hier aux questions du Point. Il évoque l’autre candidat, Cédric Villani, et plaide une « stratégie de positionnement central », tandis qu’il estime que son adversaire « assume de vouloir être le candidat de gauche ». Deux ans après le dépassement du clivage droite-gauche voulu par Emmanuel Macron, en quoi son discours révèle-t-il davantage une absence de pensée politique (et de définition exacte de ce que sont les sensibilités en France) qu’une réelle disparition de ce clivage ?

Edouard Husson : Chacun des deux candidats dit la vérité sur LREM. Emmanuel Macron s'est fait élire au centre, sur un positionnement "giscardien". Mais, en pratique, la politique menée est un bien une politique progressiste, de gauche. La question se complique à Paris: faut-il essayer de prendre l'électorat d'Anne Hidalgo? Ou bien aller chasser sur les terres des maires d'arrondissement LR ou apparentés. Emmanuel Macron ferait les deux. Griveaux et Villani auront plus de mal à faire l'essuie-glace.  Dans tous les cas, je ne crois pas que l'on puisse faire le reproche à LREM d'une absence de pensée politique. Il y a une politique assumée de l'individualisme, au service de la partie la plus aisée de la société. Je ne suis pas sûr d'ailleurs que Villani soit au fond sur une ligne absolument macronienne. Il est un homme de gauche rallié à Emmanuel Macron. Griveaux, lui, qui n'a pas grande substance, colle à la ligne présidentielle. D'un côté, nous avons un savant venu à la politique, dans la tradition du XIXè siècle; de l'autre, la "voix de son maître".  

L’évocation d’un positionnement central ne contredit-elle pas la position du Président de la République, qui veut se placer au-dessus des clivages et ne se revendique pas du centrisme ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Chez Macron, il faut distinguer le discours et le comportement réel. Peu importe le discours, d'ailleurs. Nous avons affaire au président le plus bavard de l'histoire de la Vè République. Il ne restera pas grand chose, pour la postérité, de discours interminables et répondant à la formule du "en même temps". Le comportement, lui, est assez différent de l'apparente hauteur de vues: il est bien résumé par l'intervention directe du président de la République dans la campagne des européennes. Emmanuel Macron est le président le plus partisan qu'ait connu la Vè République. 

De la même manière, quand Benjamin Griveaux parle de l’écologie, il parle de son opposition à Europa city et à sa défense de la cause des maladies respiratoires des enfants. Comment expliquer le flou dans cette définition de la sensibilité « écolo », selon les mots du candidat ? En quoi est-ce révélateur de la position du parti sur ce point ? 

Ca ne mange pas de pain de critiquer Europa City quand il s'agirait de prendre position sur Paris intra muros. Anne Hidalgo est le maire le plus catastrophique que Paris ait jamais eu: elle ne cesse de faire pression sur les automobilistes pour qu'ils renoncent à la voiture mais elle n'a rien fait, rien négocié avec la Région pour mettre en place une offre supplémentaire de bus.Il faudrait les multiplier par deux ou par trois pour absorber la réduction des voies de circulation. Elle n'a rien fait pour négocier avec les communes limitrophes la construction d'aires de stationnement qui permettent aux automobilistes banlieusards de ne pas avoir à rentrer dans Paris. Une ville est un système. On ne peut pas servir l'écologie sans penser l'ensemble des réactions en chaîne qu'entraîne une mesure écologique. Faute de porter une vision globale, Paris est devenue une ville polluée au-delà de l'imaginable. Si l'on ajoute l'amateurisme du nettoyage urbain, on a une ville où la qualité de vie ne cesse de se détériorer, avec des voies de vélo et de bus assez vides alors qu'elles occupent les trois quarts de la chaussée tandis que les files d'embouteillages sont permanentes. Ni Griveaux ni Villani n'ont de réponses car ils ont peur de perdre l'électorat bobo, qui vit dans sa dystopie de la ville sans voitures, qui est à terme une ville sans habitants.....  

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