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La gauche connaît une sevère défaite aux élections municipales.
La gauche connaît une sevère défaite aux élections municipales.
©Reuters

Premières analyses

Municipales 2014 : Hollande en quête de solutions pour relancer son quinquennat, pari gagné pour l'UMP, le FN face à son plus grand défi

Selon les résultats du ministère de l'Intérieur, à l'échelle nationale, au second tour des élections municipales, la droite remporte 45,91% des suffrages, la gauche 40,57%, l'extrême droite 6,84% et les candidats sans étiquette 6,62%.

Ce n'est pas une simple vague bleue, c'est un véritable tsunami qui a déferlé sur la France ce dimanche. Les résultats du second tour des élections municipales sont sans appel : le Parti socialiste a subi une véritable Bérézina. Un désaveu cinglant pour le gouvernement et François Hollande, deux ans après son élection. Dans le détail, selon des données provisoire transmises dimanche soir par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, la gauche a perdu 155 villes de plus de 9 000 habitants et le Front national en a gagné 11. A l'échelle nationale, la droite remporte 45,91% des suffrages, la gauche 40,57%, l'extrême droite 6,84% et les candidats sans étiquette 6,62%, selon les chiffres de la place Beauvau. Une défaite historique qui aura des conséquences.

La gauche KO debout : vers un remaniement rapide ?

Ce lundi matin, les motifs de satisfactions ne sont pas nombreux au Parti socialiste tant la débâcle est importante. En effet, évoquant une "défaite pour la gauche et le gouvernement", Manuel Valls a détaillé, dimanche, les pertes de son camp : 10 villes de plus de 100 000 habitants, 40 villes de 30 à 100 000 habitants et 105 villes de 9 à 30 000 habitants. Seuls lots de consolation : la socialiste Anne Hidalgo (53,34%) qui a devancé son adversaire UMP Nathalie Kosciusko-Morizet (44,06%), devient la première femme maire Paris, où elle succède à Bertrand Delanoë. Roland Ries conserve la mairie de Strasbourg. A Avignon, où le Front national était arrivé en tête du premier, Cécile Helle fait basculer la ville à gauche. A noter aussi que Lyon, Dijon, Nantes, Lille, Rennes ou encore Saint-Denis-de-La-Réunion demeurent des bastions socialistes. Mais c'est à peu près tout.

Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, a immédiatement reconnu l'ampleur des dégâts. La "responsabilité" est "collective" et "j'y prends toute ma part", a-t-il affirmé. Il s'agit d'un "message clair qui doit être pleinement entendu", a-t-il ajouté. "Ce soir est un jour de tristesse pour tous les socialistes", a déclaré François Rebsamen, proche de François Hollande, qui a donc été réélu à Dijon, tandis que Ségolène Royal, candidate à la présidentielle de 2007, évoquait "un avertissement très sévère".

Face à cette déroute électorale, un début de fronde souffle dans les rangs socialistes. En effet, quatre courants du PS ont donné rendez-vous aux députés ce lundi à l'Assemblée nationale. Ils vont  demander "une réorientation" de la politique menée et aborder la question de la confiance au prochain gouvernement. "Après ce sinistre politique majeur, la confiance n'est pas automatique", a averti le député PS Christian Paul. "Un message a été émis par les Français", qui ont une "demande de résultats sur l'emploi, une demande de justice sociale", a convenu le numéro un du parti, Harlem Désir. De son côté, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, s'est dit "circonspect" sur la nécessité d'un changement de politique.

Dès lors, après deux ans de mandat, François Hollande va devoir tirer les conclusions de son premier test électoral depuis son arrivée à l'Élysée. Le chef de l'État, à l'impopularité record, devrait rapidement annoncer un remaniement ministériel. A l'heure actuelle, les contours de ce changement demeurent inconnus, mais le président exclut tout changement de cap économique et social, exigé par une partie de la gauche. En effet, son entourage a admis durant l'entre-deux tours qu'il y avait "des corrections à apporter " et qu'il fallait "être plus efficaces, plus rapides et mieux organisés". Mais pas de grands bouleversements politiques à prévoir, si ce n'est un changement d'hommes.

Car à une semaine de la reprise des travaux parlementaires, le remaniement pourrait intervenir dès lundi, mardi étant le 1er avril et l'agenda gouvernemental s'annonçant chargé à partir de mercredi. Le président de la République recevra à 10H00 Manuel Valls, qui pourrait être nommé Premier ministre. Il déjeunera ensuite à 13H00 avec Jean-Marc Ayrault, selon l'agenda communiqué par l'Elysée. Ainsi, alors qu'une majorité des Français souhaite son départ de Matignon (79% selon un sondage réalisé de jeudi à samedi par Ipsos/Steria et publié ce dimanche), le chef du gouvernement est plus que jamais sur la sellette, plusieurs poids lourds de la majorité militant activement pour son remplacement. En attendant de voir ce que va faire François Hollande, pas de doute, le PS est sonné.

Pour l'UMP, le pari est gagné

Si à gauche on fait grise mine ce lundi, à droite c'est bien évidemment tout le contraire. "Le premier parti de France, c'est l'UMP, de très, très loin, en nombre de voix comme en nombre d'élus", s'est ainsi félicité dimanche soir sur TF1, le président du parti, Jean-François Copé. "Le message des municipales va bien au-delà d'une élection locale", a ajouté celui qui n'a cessé de dire que "pour gagner" la prochaine présidentielle, il fallait "d'abord gagner 2014". "Il s'agit vraiment des conditions d'une vague bleue", a-t-il répété à l'envi. "C'est une très grande sanction pour la gauche".

Il faut dire que le nombre de villes à basculer à droite est assez impressionnant. Les plus symboliques : Nevers, Belfort, Saint-Etienne, Reims, Caen, Chambéry, Angoulême, Tours, La Roche-sur-Yon et même Limoges, socialiste depuis 1912. A Toulouse, Jean-Luc Moudenc, qui avait été battu en 2008 par le PS Pierre Cohen, prend sa revanche et reprend la "ville rose". Un contraste saisissant avec la situation de 2012, où l'opposition entre fillonistes et copéistes avait mise à mal le parti.

Jean-François Copé sort d'ailleurs renforcé par ce triomphe électoral.  En effet, ces résultats devraient lui permettre de renforcer sa position, encore récemment ébranlée par l'affaire Bygmalion. Si une explication avec François Fillon devrait avoir lieu à ce propos, pour l'heure, les ténors du parti veulent surtout voir dans le "grand succès" de leur camp (selon François Fillon) une "sanction" de la politique de François Hollande. Tous, à l'instar de Jean-Pierre Raffarin, ont demandé "un changement de politique".

"Le président de la République doit répondre à la vague de protestation populaire qui le submerge", a martelé ce dimanche François Fillon, et "la réponse n'est pas le changement de gouvernement mais le changement de politique". Pour Alain Juppé, le résultat des municipales est "une gifle pour les candidats qui soutiennent le gouvernement". "Il faut changer de politique", a-t-il insisté, de sa mairie de Bordeaux où il a été réélu avec plus de 60% des suffrages dès le premier tour. Encore plus sévère, Bruno Le Maire, ancien ministre, a vu dans ces élections "une défaite personnelle et cinglante" du président de la République. "Je demande qu'il change lui-même, qu'il dise où il veut emmener les Français".

Autre satisfecit pour la droite, avec toutes ces victoires, elle devrait récupérer le Sénat.  "D'après nos calculs, le Sénat devrait repasser à droite en septembre, vu le nombre de villes de plus de 9 000 habitants, pourvoyeuses de grandes électeurs, qui ont basculé dans notre camp", a affirmé Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé. Concrètement, la Haute chambre sera renouvelée pour moitié à ce moment-là. Et comme 95% des votants sont des représentants des communes, les résultats de ce dimanche vont donc avoir leur importance.

Le FN, et maintenant ?

"Il faut désormais compter avec une troisième force politique dans notre pays", s'est réjouie Marine Le Pen. "Le vote FN-RBM (Rassemblement bleu marine) est maintenant un vote d'adhésion", a-t-elle souligné, précisant que le parti revendiquait "plus de 1 200 conseillers municipaux".

Dans le détail, après Hénin-Beaumont au premier tour, Béziers (Hérault), Fréjus, Cogolin et Le Luc (Var), Beaucaire (Gard), Le Pontet et Camaret-sur-Aigues (Vaucluse), Villers-Cotterêt (Aisne), Hayange (Moselle) Mantes-La-Ville (Yvelines) passent sous pavillon FN, soit 11 villes. "Le FN réussit le meilleur score de toute son histoire à une élection locale", s'est félicité le vice-président du parti frontiste, Florian Philippot, qui a pour sa part été battu à Forbach (Moselle), tout comme Louis Aliot, à Perpignan. Un retour en force dans les municipalités qui marque "une nouvelle étape pour le FN" selon Marine Le Pen.

Il faut dire que ce score est historique et bien supérieur à ce qui s'était passé en 1995 où le parti d'extrême droite avait conquis quatre villes : Toulon, Orange, Vitrolles, Marignane. Le FN s'implante aussi dans les conseils municipaux, battant son record avec 1 438 élus, selon les chiffres donnés dans la soirée par le ministère de l'Intérieur, contre 1 249 en 1995. Dès lors, les maires frontistes vont devoir désormais faire leurs "preuves", comme l'a indiqué Marine Le Pen. Les villes gérées "seront des modèles, des exemples", mais "nous ne voulons pas (y) faire de l'idéologie", a insisté tout la semaine dernière la présidente du Front national.  "Nous allons mettre à bas ce délire sur le danger pour la République que représenterait le FN. Nous allons démontrer que nos élus sont de bons maires. Nous allons démarrer note implantation locale, qui va croître et embellir", a-t-elle répété ce dimanche.

Forte de ces résultats et de la déroute de la gauche, la présidente du parti en a profité pour réclamer l'abandon du "pacte de responsabilité" proposé par François Hollande aux entreprises pour relancer l'investissement et l'emploi en France."Il faut enterrer ce pacte de responsabilité qui va entraîner 50 milliards d'euros (...) de pressions fiscales diverses et variées sur les classes populaires et les classes moyennes", a-t-elle déclaré sur France 2. Mais le FN a aussi en tête les prochaines élections européennes du mois de mai. Plusieurs sondages placent le parti au-dessus de 20%, devant le PS et l'UMP.

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