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Selon Marine Le Pen, quinze villes sont "potentiellement gagnables" par le Front national
Selon Marine Le Pen, quinze villes sont "potentiellement gagnables" par le Front national
©REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Triangulaires

Municipales : les villes où le FN risque de venir jouer les trouble-fête

Selon Marine Le Pen, quinze villes sont "potentiellement gagnables" par le Front national les 23 et 30 mars prochains. Le parti pourrait être également à l'origine de triangulaires qui pourraient coûter cher aux candidats a priori favoris.

Xavier  Chinaud

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud est ancien Délégué Général de démocratie Libérale et ex-conseiller pour les études politiques à Matignon de Jean-Pierre Raffarin.

Aujourd’hui, il est associé du cabinet de stratégie ESL & Network.

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Atlantico : Il y a les villes "potentiellement gagnables" par le FN mais il y a aussi celles où le parti de Marine Le Pen pourrait être à l'origine de triangulaires qui pourraient coûter cher aux favoris. Quelles sont ces villes et qui sont ces candidats ? PS et UMP sont-ils concernés équitablement par le phénomène ?

Xavier Chinaud : Sous réserve que les candidats FN aient déposé leurs listes dans toutes ces villes (la publication des candidatures se fera le 11 mars) le FN sera probablement au 2eme tour, passant donc la barre des 10 % des suffrages exprimés, dans un certain nombre de villes de plus de 30 000 habitants et ainsi, de fait, influer sur le résultat du 2eme tour. Si les deux grands partis sont concernés, c'est différemment et sans doute d'avantage au détriment de l'opposition UMP/Centre

Il y a des cas ou le sortant (ou son successeur) UMP est menacé à la fois par la division et par la présence de l'extrême droite, comme à Aix-en-Provence ou à Nîmes et des cas ou la seule présence du FN au 2eme tour suffirait, comme  à Nancy, à Calais, à Melun par exemple.

Il est des cas ou la présence du FN au 2eme tour pourrait favoriser le sortant socialiste qui aurait pu perdre dans un face-à-face avec l'opposition, comme à Toulouse, Saint-Étienne, Tourcoing, ou  Amiens, entre autres.

Objectivement, dans un climat national délétère, entre discrédit et rejets, avec un gouvernement épuisé et décevant pour ceux qui l'ont élu, une UMP minée par les ambitions et l'actualité, ce sont l'abstention d'abord et les extrêmes  ensuite qui s'en nourrissent; au delà des effets mécaniques de rééquilibrage Gauche/Droite, l'opposition risque de ne pas enregistrer tous les succès qu'elle pouvait espérer et le FN y contribuera autant qu'il le pourra; dans certains cas, voter FN, sera voter à gauche. La démobilisation est le souci du PS, la mobilisation du FN est surtout celui de l'UMP.

Des alliances au second tour sont-elles envisageables ? Dans quels cas et entre quelles forces politiques ?

Les alliances entre les deux tours sont prévues par la loi électorale, entre des listes ayant passé la barre des 5 %, à gauche il y aura des alliances entre le PS, les Verts, le PC, des divers gauche, voir le Front de Gauche quand ils étaient séparés au 1er tour ; à droite, l'union de l'UMP avec le Centre étant quasi généralisée, les seules alliances envisageables sont avec des DVD quand il y en a.

Si les dirigeants nationaux de l'UMP ont clairement affirmé leur refus d'alliance avec le FN, et il ne peut en être autrement sous peine d'un double éclatement à la fois entre UMP et Centre et au sein de l'UMP,  il est à souhaiter qu'au cas par cas, des candidats, qui faute d'accord avec l'extrême droite auraient la certitude de perdre en triangulaire, qu'ils tiennent bon sur leur valeurs...

Quel pourcentage de municipalités pourrait être amené à composer avec des élus frontistes à l'issue des élections ? Avec quelles conséquences politiques ?

La réponse sur le pourcentage nécessite de connaître la réalité des listes déposées, il est donc un peu tôt pour le dire, mais sur le principe les conséquences sont connues; comme l'explique Jean Claude Gaudin à propos de sa ville de Marseille, l'absence d'une majorité claire dans une ville, issue d'une triangulaire ou quadrangulaire peut gêner l'exercice de la responsabilité de maire pendant 6 ans, tant les extrêmes préfèrent des postures idéologiques voire sectaires au pragmatisme et au réalisme nécessaire à l'exercice du mandat. La loi donne la majorité des sièges au sein d'un conseil municipal à la liste en tête au 2eme tour, mais quand celle ci est une alliance entre plusieurs formations ou ambitions, elle peut  révéler une majorité fragile...

La stratégie de conquête du pouvoir de Marine Le Pen passe par la constitution d'un important réseau d'élus locaux. Elle compte faire élire plus de 1 000 conseillers municipaux. Est-elle partie pour gagner son pari ?

Une stratégie de "conquête du pouvoir" ne peut reposer sur un tissus d'un millier d'élus municipaux sur plus de 500 000 élus locaux. Si des relais de terrain sont nécessaires pour former des comités de soutien à une candidature, il y aura d'autres "ingrédients" indispensables à Mme le Pen dans son ambition.

Nous avons en France moins de 300 villes de plus de 30 000 habitants, un millier environ de villes de plus de 10 000 habitant et donc sur plus de 36 000 communes, une immense majorité de petites voire très petites communes, dont la comptabilisation de l'étiquette politique pour chacun des conseillers municipaux est tout simplement impossible, il s'agit donc pour le FN, comme pour les autres partis plus modestes, d'un pari de communication plus que de raison.

Quel est pour le FN l'enjeu politique à mettre un pied dans ces villes de moyenne importance ?  

Se notabiliser, former des candidats pour les élections futures, s'assurer des parrainages pour l'élection présidentielle, communiquer, transposer localement les postures nationales, bref, poursuivre la stratégie de "banalisation" qui est celle de l'extrême droite depuis le passage de la flamme entre Jean-Marie le Pen et sa fille Marine.

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