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Samaras, le bourreau grec, va au chevet de l'inconsolable gardien ivoirien qu'il vient d'envoyer aux enfers...
Samaras, le bourreau grec, va au chevet de l'inconsolable gardien ivoirien qu'il vient d'envoyer aux enfers...
©Reuters

Carnet d'un fou du foot

Mondial 2014 : le but de l’ultime minute, cette autre version de la tragédie grecque

Cruel destin pour la Côte d'Ivoire dans cette Coupe du monde, éliminée à la dernière minute par la Grèce. La génération Drogba est maudite...

Vincent Roger

Vincent Roger

Vincent Roger est Conseiller du 4ème arrondissement de Paris et conseiller régional d'Ile-de-France.

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Hier soir sur la pelouse de Fortaleza, à la 92e minute, le Grec Samaras réussit de justesse un penalty – sans doute contestable  et envoya ainsi l’équipe hellénique au firmament : les huitièmes de finale (une première pour eux). Quelques secondes plus tôt, la situation était inverse : les Ivoiriens se trouvaient, pour la première fois de leur histoire également, au paradis et les Grecs en enfer, celui de l’élimination. L’intensité de cette ultime minute n’a pas d’égale : là réside la beauté du football, sa magie et, sans doute, sa folie. Qui n’a pas vécu une telle émotion ne peut la comprendre : en une fraction de seconde, comme joueur ou supporter, vous pouvez passer de la plus grande joie à une immense détresse. 

Le but décisif de l’ultime minute détient tous les ingrédients de la tragédie grecque. Avec lui, le football moderne n’a rien à envier à Sophocle ou Euripide ; comme eux, il peut narrer des coups de théâtre aussi incroyables qu’imprévisibles. Ce but définitif lors des arrêts de jeu porte en lui le fait qu’à la fois il change tout et que tout s’arrête : il est incurable ! 

Le propre d’une telle situation, c’est qu’elle est irréversible. Inutile d’implorer les dieux de l’Olympe : les Ivoiriens, hier soir, à genoux s’y sont essayés en vain. Inutile aussi de vouloir se remettre en selle, quoique vous espériez, puisque l’arbitre va siffler la fin du match. Avec le but de l’ultime minute, le temps est suspendu. Le cœur s’arrête. Le sang ne circule plus. Vous êtes soit vainqueur ou soit footballistiquement mort. Aucune résurrection n’est possible. Vous trouvez que j’exagère ?

Alors demandez aux Portugais, trente ans après, comment ils vécurent la chevauché fantastique sur l’aile droite de Jean Tigana… Lui qui, à la dernière minute des prolongations de la demi-finale de l’EURO 84, centra pour Platini permettant à ce dernier de crucifier, à bout portant, le gardien lusitanien pour donner la victoire aux Bleus. C’était à Marseille, le stade Vélodrome en chavira de bonheur et avec lui, la France entière. 

Interrogez, ceux qui se trouvaient au Parc des Princes, j’en étais, un soir de novembre  93, lorsque Emil Kostadinov, à la 93e minute, envoya la Bulgarie en Amérique et transforma le Parc en une vaste cathédrale silencieuse. La pelouse devint le cimetière des illusions perdues du football français : Eric Cantona et Jean-Pierre Papin, pourtant au sommet de leur art, furent ainsi privés de Mondial.  

Sommez les italiens  quoique depuis hier, il serait aimable de les laisser tranquilles  de vous raconter le but égalisateur de Sylvain Wiltord à la dernière seconde du temps réglementaire de la finale de l’Euro 2000. Thierry Roland en eut ce commentaire : "C’est incroyable, c’est irrespirable mais la France revient". 13 minutes plus tard durant les prolongations, d’une demi-volée magistrale, David Trezeguet marqua le second but en or de l’histoire du football français : ce jour-là, les Italiens apprirent à reboucher une bouteille de champagne.

Voyez, enfin, avec nos amis anglais ce qu’ils pensèrent d’un certain 13 juin 2004, première rencontre de l’Euro, où l’Angleterre menait 1 à 0 à la 91e minute : 60 scondes plus tard, la France l’emporta  2 à 1 ! En soixante secondes, Zidane, en provenance de la planète des génies, mit un incroyable coup franc et transforma un penalty.  

C’est dans ce qu’il a d’incroyable que "le football est beaucoup plus que le roi des sports, c’est le roi des jeux". Cette juste formule n’est pas de moi mais de Jean Giraudoux, grand dramaturge des années trente. Je vous le dis, le football, c’est une affaire de dramaturge : cette Coupe du Monde comme les précédentes n’y échappera pas !

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