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Moi Re-Président
©Reuters

Merci Salmane, merci Mario, merci Nicolas

Moi Re-Président

Une tribune de Jean-Paul Betbèze président de Betbeze Conseil SAS et professeur d'économie et de finance au Magistère Banque Finance de l'université de Paris II.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Bien sûr, ce n’est pas fait, mais j’aimerais tant. Prenons donc les devants ! Merci Salmane, merci Mario, merci Nicolas : je vous dois tout !

Merci Salmane, oh pardon ! Merci Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, Roi d'Arabie saoudite ! Quelle géniale idée vous avez eue de profiter du ralentissement économique venu de Chine pour accélérer la baisse du prix du pétrole ! Quand la Chine a toussoté, vous avez dit que vous vouliez maintenir « votre part de marché mondiale en pétrole ». Quelle phrase ! Tout le monde a alors compris que vous ne réduiriez plus votre production, comme vous le faisiez avant. C’était le pétrole de schiste américain que vous aviez en première ligne de mire. « Quoi, les Américains se mettraient à changer la loi pour pouvoir exporter du pétrole, alors que ceci leur est interdit pour des raisons stratégiques ! Quoi, ils viendraient sur le marché mondial ! Mon marché mondial ! Eh bien, ils vont voir, avec leur pétrole à 80 dollars à extraire contre le mien à 5 ! ». Bien sûr, cette politique vous coûte, avec un déficit budgétaire proche de 20 % du PIB, mais au moins vous avez fait boucher les puits américains. 

Et ce n'est pas fini, cher Roi, puisque vous voulez réduire les revenus futurs de l'Iran, quand ils se mettront l'an prochain à s’attaquer au marché. Pardon : « votre marché ». D’ailleurs, vous venez de le dire à Vienne, dans une chaude réunion de l’OPEP, où l’Iran est venu annoncer qu’il allait vendre plus, sur un marché déjà pléthorique.

Mais pourquoi donc dois-je vous remercier de préparer ma réélection ? Eh bien parce que ce prix du pétrole en baisse, c'est 500 euros par an et par ménage français de plus, quand je leur en ai prélevé 200 en impôts l’an dernier ! Et ce n'est pas tout ! Quand le prix du pétrole baisse, les prix des autres matières suivent. Donc j'importe tout moins cher. Donc mon commerce extérieur s’améliore. Mieux encore, comme l'inflation s'arrête, les revenus réels des français augmentent. Ils consomment plus et la croissance peut repartir.

Ensuite, merci Mario (Draghi) ! Avec ces taux à court terme que vous tenez si bas, mes banques font des crédits à court et moyen terme à des conditions défiant toute concurrence. Le crédit est moins cher, pour consommer et investir, au moment où la reprise patine sous les effets des attentats du 13 novembre. Et mieux, mon cher Mario, vous m’achetez une part de ma dette, jusqu’au tiers à chaque émission. Or j’en suis le deuxième émetteur en zone euro, derrière votre chère Italie ! Grâce à vous, j’ai un débouché garanti sur un an et demi, à d’excellentes conditions ! Pensez : à peine plus que l’Allemagne ! Et mieux encore, vous faites tout pour garder l’euro faible par rapport au dollar, donc pour soutenir un peu plus mes exportations. Voilà pourquoi je dois vous remercier par avance de contribuer à ma réélection.

Enfin, merci Nicolas, de m’avoir appris à quel point il faut diviser pour régner, par exemple en collant les régions pour diviser mes opposants et forcer mes « alliés » à se regrouper au plus tôt (avec toutes leurs rancœurs) ! Merci de m’avoir appris que, si l’on ne parvient pas à se faire aimer, au moins peut-on tenter de se faire craindre. Regardez-moi en chef de guerre !

Grâce à vous trois, chers Salmane, Mario et Nicolas, le revenu des Français tient, l’inflation est nulle, les taux d’intérêt sont bas. La France consommerait plus – si elle n’était pas si inquiète. C’est là mon rôle nouveau, celui du Président qui fait usage de l’autorité de l’Etat ; armée, police, état d’exception, interventions militaires… Et ceci va me servir dans les mois qui viennent.

Bien sûr, je connais la suite. Vous avez vu que je freine les réformes et reviens sur mes malencontreuses décisions du début, notamment fiscales. Vous avez vu que nombre d’économies de dépense publique commenceront en 2017. Le nouveau code du travail sortira en 2018. A ce moment-là, j’aurai plus de charges à payer, plus de tensions sociales et moins de croissance, si les réformes patinent.

Donc vous, Salmane, gardez aussi longtemps que possible vos prix bas. Cherchez un accord avec l’Iran : 25 dollars en 2018 serait parfait ! Vous, Mario, continuez à acheter des bons et même des obligations locales. Jusqu’en 2018 serait parfait !

Je sais bien, cher Salmane, que je ne puis vous demander de poursuivre au-delà. Je sais bien, cher Mario, qu’il vous faudra revenir ensuite doucement à la normale.

Et à vous, merci encore, car vous m’avez tout appris, cher Nicolas… Machiavel !

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