"Modérés" contre "conservateurs" : Mitt Romney réussira-t-il à empêcher l'implosion du Parti républicain ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
"Modérés" contre "conservateurs" : 
Mitt Romney réussira-t-il 
à empêcher l'implosion 
du Parti républicain ?
©

Trans Amérique Express

"Modérés" contre "conservateurs" : Mitt Romney réussira-t-il à empêcher l'implosion du Parti républicain ?

Ce mardi, dix Etats américains ont voté dans le cadre de la primaire républicaine. Malgré sa victoire, l'ancien gouverneur du Massachusetts peine à fédérer les suffrages au sein de son propre parti. Une nécessité pour être un concurrent crédible face à Barack Obama.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

Voir la bio »

Ni surprise, ni KO ! Les scrutins du "Super Mardi" ont conforté ce qu’on savait déjà : Romney demeure favori, mais la campagne sera longue et l’unité du camp républicain reste menacée.

Il y a trois leçons à tirer du "Super Mardi" qui vient de se dérouler aux États-Unis. La première, c’est que la campagne des primaires va devenir une longue guerre d’usure ; la seconde c’est que Mitt Romney en sortira sans doute vainqueur ; la troisième c’est que cette victoire n’évitera peut-être pas au parti républicain de se diviser. 

Les résultats des dix scrutins qui se sont tenus ce 6 mars, sont conformes aux attentes. Mitt Romney remporte six Etats : L' Alaska (33%), le Massachusetts, très largement (73%), le Vermont (40%), l’Idaho (47%), la Virginie (59%) et l’Ohio (39%). Rick Santorum remporte trois victoires, deux dans le sud, Oklahoma (34%) et Tennessee (37%), l’autre dans le Dakota du Nord (40%), Etat rural du « midwest ». Newt Gingrich gagne en Géorgie (47%), l’Etat dont il fut le représentant au Congrès. Ron Paul ne remporte rien.

Romney conforte donc sa position de leader au décompte des délégués. Il en possède 354, contre 147 à Rick Santorum, 87 à Newt Gingrich, et 57 pour Ron Paul. Mais il en faut 1144 pour obtenir la nomination. Romney est loin du compte. La course n’en est qu’à son premier tiers. La route va être longue et tortueuse .

C’est la première leçon du scrutin. Une longue guerre d’usure attend les candidats. Ceux qui espéraient une victoire rapide d’un des prétendants pour que le camp républicain se tourne vers son véritable adversaire, Barack Obama, en sont pour leurs frais.

Les Etats les plus peuplés votent tard, New York le 22 avril, le Texas le 29 mai et la Californie le 4 juin. A eux seuls ces trois-là rassemblent 450 délégués, le vainqueur ne sera pas déterminé avant qu’ils aient voté.

En attendant, l’allocation des délégués à la proportionnelle permet aux candidats de marquer des points, tout en perdant. Le financement des campagnes électorales ayant été déplafonné, les candidats peuvent rassembler plus de fonds qu’auparavant et donc tenir plus longtemps. Même si leurs soutiens sont peu nombreux. Rick Santorum doit énormément à un seul homme, Foster Friess, milliardaire du Wisconsin et « born again christian» qui finance près de la moitié de son « super-pac ». Newt Gingrich a bénéficié d’un don de dix millions de dollars d’un seul individu, Sheldon Adelson, magnat des casinos de Las Vegas.

En 2008, chez les démocrates, le face à face entre Hillary Clinton et Barack Obama s’était lui-même prolongé jusqu’à la fin juin. Jusqu’à ce qu’Obama atteigne le « magic number », seuil de délégués lui assurant la nomination. Mitt Romney devra lui aussi attendre en espérant parvenir à ce « magic number ». C’est ce qu’il a dit à ses supporters de Boston le mardi 6 au soir : « La bataille continue, elle va continuer ainsi, un jour après l’autre, un pas après l’autre, une porte après l’autre, un cœur après l’autre.»

Car, et c’est la deuxième leçon du 6 mars,Romneyreste le favoris et le leader de la course.

Selon un sondage de l’Institut Rasmussen, 65% des Américains s’attendent désormais à ce que Romney soit le candidat républicain. Contre 54% il y a une semaine. Un gain de onze points qui illustre l’inévitabilité qui s’installe autour de son nom. En comparaison seuls 14% des Américains pensent que Santorum l’emportera.

Mitt Romney a servi sa cause en remportant l’Etat de l’Ohio. C’était l’enjeu majeur des scrutins. L’Ohio, Etat industriel en bordure des Grands Lacs, est ce que les spécialistes appellent un « swing state ». Un Etat dont le cœur balance, et qui peut faire basculer le scrutin dans un sens ou dans l'autre. Il constituera un des points chauds de novembre. Voici dix jours Romney accusait un retard de dix points sur Santorum dans les sondages. Il a refait ce retard pour coiffer son adversaire sur la ligne, 39% contre 38%.

Comment ? En parlant économie, sujet de préoccupation numéro un des électeurs de l’Ohio. Et de tous les Américains. Démontrant ainsi sa capacité à convaincre les « cols bleus », ces ouvriers aux revenus modestes, que son statut de millionnaire de la finance était censé repousser ; et sa légitimité à affronter Barack Obama. C’est le point le plus important. Car six Américains sur dix se disent toujours « déçus » par la façon dont Obama gère l’économie américaine.

L’élection de novembre se jouera sur le terrain de l’économie. Pour l’emporter les Républicains devront présenter un front uni, et espérer une conjoncture pas trop favorable au Président sortant. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas d’emprise sur la conjoncture, et ils risquent fort de se désunir d’ici là.

Car le Parti Républicain est de plus en plus tiraillé aux extrêmes et risque même d’éclater. C’est la troisième leçon de Super Tuesday.

Les trois victoires de Rick Santorum, dans l’Oklahoma, le Tennessee, et le Dakota du Nord, ainsi que le résultat serré de l’Ohio, témoignent de son emprise sur la « bible belt », ces Etats où la religion compte plus qu’ailleurs, et sur l’aile «conservatrice » du Parti Républicain. Cette fameuse aile convoitée par Romney, mais qui se refuse à lui.

Le parti républicain a toujours rassemblé « conservateurs » et « modérés ». S’ils différaient sur les questions sociales, ils s’accordaient sur les questions économiques. La primauté accordée à ces dernières assurant l’unité du parti. C’est cette alchimie particulière qui a fait le succès d’un Ronald Reagan.

Or les conservateurs sont plus nombreux que jamais au sein du parti. Désormais, 71% des républicains se disent “conservateur”, contre 62% il y a dix ans. Les modérés représentent 23%, contre 31% en 2002. Avec la montée en puissance des Tea Parties depuis 2008, ces conservateurs se montrent plus intransigeants. Ils rejettent toute forme de compromis. Avec les démocrates du Congrès, ce qui peut se justifier. Mais aussi avec leurs collègues républicains, plus modérés, ce qui pose problème. Obama ou Romney c’est, disent-ils, « tweedle-dee et tweedle-dum », les jumeaux d’Alice au Pays des merveilles…

La perspective d’un rejet du candidat sorti vainqueur des primaires, par les militants de base, épée de Damoclès suspendue au-dessus des Républicains depuis le début de la campagne, menace toujours.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !