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Ministre de l’écologie : le (bon) casting impossible
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Pragmatisme écologique

Ministre de l’écologie : le (bon) casting impossible

Avec la démission de François de Rugy, le gouvernement s'est retrouvé face à un dilemme. Faut-il choisir un ministre résolument écologiste mais divergeant de la ligne du gouvernement ou privilégier la cohérence politique ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Entre le risque de prendre un ministre à la verdure un peu gadget et celui de prendre un écologiste très engagé mais susceptible de claquer la porte parce que le gouvernement n’en fait pas assez, le bon choix existe-t-il ? 

Edouard Husson : En choisissant Elisabeth Borne, le président de la République et le Premier ministre ont choisi finalement d’afficher un profil technique et pas très gadget. Mais il y aura des critiques, évidemment. Certains diront que ce n’est pas très approprié d’avoir pris le ministre qui a porté la réforme de la SNCF. D’autres jugeront le profil trop technocratique. Les adeptes de l’écologie-spectacle ou les tenants du catastrophisme climatique diront que ce n’est pas un choix à la hauteur des défis. En fait, ce qui caractérise le domaine, c’est la grande incertitude de nos connaissances.

Contrairement à ce que veut nous faire croire l’idéologie ambiante, il n’y a aucun consensus parmi les scientifiques sur les différentes facettes de la question. Le terrorisme intellectuel est d’autant plus fort que personne n’est d’accord sur l’ampleur des variations climatiques ni sur leurs causes. On confond allègrement ce qui touche au climat, ce qui relève des sujets environnementaux et l’écologie. Le gouvernement lui-même, en voulant faire passer au nom de l’écologie une fiscalité sur le diesel qui n’avait en fait pour but que de remplir un peu les caisses de l’Etat, a contribué à la grande confusion des esprits. 

 

Les questions d’environnement et plus spécifiquement celles sur l’avenir de l’humanité face au défi du dérèglement climatique sont devenues centrales et particulièrement émotionnelles dans les débats actuels. Pour autant, n’y a t il pas une forme d’hypocrisie ou de schizophrénie chez les Français sur ces sujets : dit autrement, le poids politique réel de l’écologie est-il aussi important qu’il en a l’air ?

Le problème vient du décalage entre un discours général sur les dangers auxquels nous devons faire face et la réalité quotidienne des individus. A un bout de l’échelle, vous avez l’imposture Greta Thunberg. On peut avoir du respect pour les rares parlementaires qui boycottent les invitations à venir écouter cette lycéenne absolument incompétente sur les sujets dont elle est censée parler. Cela en dit long, d’ailleurs, sur le mépris dans lequel les gouvernements, les médias et le réseau de promotion de Miss Greta tiennent les parlementaires et les assemblées ! On n’aurait jamais imaginé une telle mascarade sous la IIIè République, quand l’Assemblée nationale était l’espace sacré d’une délibération nationale pour le bien commun. Il est vrai que, dans une Europe où une Chancelière allemande est capable de décider de la sortie de l’industrie nucléaire civile sur un coup de tête, où une candidate à la présidence de la Commission Européenne est obligée de d’en rajouter sur ses objectifs écologiques pour être élue par le Parlement Européen, où un gouvernement français fait matraquer les foules révoltées qui protestent contre la fiscalité verte, où des milliers d’individus brûlent des millions de litres de kérosène pour se rendre à des conférences sur l’avenir de la planète où l’on développe des objectifs dignes du planisme soviétique de la grande époque, on peut bien accepter que des parlementaires se prosternent devant une enfant ignare. Le vrai défi est ailleurs. Il y a en France et dans le monde d’authentiques spécialistes de l’environnement. Je pense par exemple à Isabelle Delannoy, auteur de ce livre authentiquement  révolutionnaire qu’est « L’économie symbiotique ». Elle nous montre la voix d’une écologie fondée sur l’innovation technologique, l’économie régénérative, l’émergence d’une nouvelle économie de marché, locale. Mais du coup on comprend bien que nous n’avons pas besoin d’un ministère de la Transition écologique, à dire vrai. 

 

Le titre exact de François de Rugy était ministre de la transition écologique eh solidaire. Quels que soient les qualités des personnalités pressenties, cet enjeu là, qui recouvre aussi bien des problématiques sociales que scientifiques ou diplomatiques, peut-il être géré au niveau d’un ministère ?

Logiquement, il faut une préoccupation écologique dans tous les secteurs. Par exemple vous avez une direction du développement durable, désormais, au Ministère des Affaires étrangères. Il vaudrait mieux un Commissariat Général à l’Ecologie, capable de coordonner l’action des différents secteurs ministériels concernés. Par exemple, peut-on imaginer une action efficace pour l’environnement sans un soutien à l’innovation. Si l’on veut avoir une fiscalité favorable à l’écologie, il faut faire un effort particulier pour les entreprises qui innovent dans le secteur. Mais on pourrait prendre d’autres exemples: comment enseigner l’écologie aux générations d’enfants qui devront faire un peu mieux que Greta Thunberg si nous voulons éviter une régression vers la préhistoire? Comment éviter une « instruction écologique » qui ne tourne pas à la propagande? Le livre d’Isabelle Delannoy sur l’économie symbiotique implique un immense effort éducatif: culture scientifique, compréhension de l’économie, compréhension des mécanismes locaux de décision; comment traduit-on cela dans l’éducation scolaire? 

Il est certain que la nomination d’Elisabeth Borne, par contraste nous dit une chose: dans une période de grande incertitude, l’Etat pense choisir une valeur sûre, une polytechnicienne certainement capable de penser merveilleusement et a priori tous les défis de notre époque? Mais cela fera-t-il une politique durable au service de l’environnement?  

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