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Ministère des familles, secrétariat d’Etat à l’Egalité réelle, profession de foi féministe... les dernières pirouettes de François Hollande qui en disent long sur ce qu’il reste de la gauche
©Torange

Tou-t-e-s égal-e-s !

Ministère des familles, secrétariat d’Etat à l’Egalité réelle, profession de foi féministe... les dernières pirouettes de François Hollande qui en disent long sur ce qu’il reste de la gauche

Dans une interview accordée au magazine féminin "Elle", François Hollande a annoncé son intention de rebaptiser le ministère de la Famille en "ministère DES Familles". Ce nouvel intitulé doit permettre de " reconnaître toutes les familles ", qu’elles soient "monoparentales ", " recomposées " ou " de même sexe ".

Zohra Bitan

Zohra Bitan

Membre fondatrice de La Transition, Zohra Bitan est cadre de la fonction publique territoriale depuis 1989, ancienne conseillère municipale PS de l'opposition àThiais (94), et était porte-parole de Manuel Valls pendant la primaire socialiste de 2011. Militante associative (lutte contre la misère intellectuelle et Éducation), elle est l'auteur de Cette gauche qui nous désintègre, Editions François Bourin, 2014.

 
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François Miclo

François Miclo

Philosophe de formation, François Miclo est rédacteur en chef de tak.frhttp://www.tak.fr/author/fmiclo

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Atlantico : Pourquoi le Président juge-t-il soudain nécessaire d'affirmer que la notion de "famille" recouvre des réalités diverses ? Est-ce nouveau ? Ce changement d'appellation change-t-il quoi que ce soit concrètement ?

Zohra Bitan : Sur le principe, c’est une réalité il y a DES familles, mais toutes ces familles s’appellent la famille, cellule qui existe depuis la nuit des temps et qui a fait l’objet de mépris de la part du gouvernement lors des manifestations de la Manif pour tous, même si les revendications sont discutables. Mais ce changement d’appellation ne va bien-sûr rien changer. Le quinquennat de François Hollande est un quinquennat de proclamations qui, un jour court après la droite, le lendemain après le FN et qui fait des déclarations en fonction de la situation de notre pays et la colère des Français. On répond à cette colère non pas par des annonces mais par des actes. Reconnaitre les familles dans leur diversité est un fait partagé par l’ensemble des Français qui n’ont pas besoin d’entendre François Hollande le dire. Tout le monde sait que les familles sont diverses et variées. Les reconnaitre, c’est encore de l’ordre du symbolique. Ce qui aurait été pertinent, c’est que le président nous dise quelles mesures précises et concrètes mettre en place pour la famille, la petite enfance, les crèches, la maltraitance des enfants, l’accès au pédo-psychiatre, les centres médico-pédagogiques, le relogement des familles récompensées, etc. Or, sur tous ces sujets cruciaux, François Hollande reste mutique. La famille n’est pas une priorité de ce gouvernement sinon ça se saurait !

François Miclo : Un principe : méfions-nous toujours de ceux qui nous collent du pluriel partout ! Depuis Joseph de Maistre, qui ne voyait "point d'homme dans le monde", mais "des hommes", le pluriel est, en politique, la marque la plus explicite de la réaction. Or, cette marque jugée autrefois infamante est devenue, depuis le début des années 1980, le nec plus ultra de la pensée de gauche. C'est problématique, car c'est la négation de toute pensée rationnelle. La famille est un universel anthropologique. Sous toutes les latitudes et à toutes les époques, l'être humain, écrit Claude Lévi-Strauss, s'inscrit dans un réseau de parenté qui se caractérise a minima par "quelques propriétés invariantes". En un mot, la famille a toujours existé, même si elle a recouvert, au cours de l'histoire, des réalités extrêmement diverses. Relisons Elisabeth Badinter pour nous convaincre qu'au XVIIe siècle, les paysans, qui gardaient leur nouveau-né auprès d'eux, et les aristocrates, qui le plaçaient aussitôt né en nourrice, formaient tous deux une famille. Que l'Histoire et la raison soient bafouées est, en vérité, très peu de choses. Le pire est que François Hollande fait ici montre d'une effroyable contradiction dans les termes mêmes de sa politique. Il a institué le "mariage pour tous", au nom du principe d'égalité, c'est-à-dire d'universalité du droit. Or, en annonçant qu'il va transformer le ministère de la Famille en ministère des Familles, il nie le principe qu'il défendait hier encore. Même dans ses meilleurs jours, Gribouille n'aurait pas mené autre politique que celle-ci.

Cette décision n'est-elle pas tout simplement une manière de compenser la fusion du ministère des Droits des femmes et de celui de la Famille, qui avait été perçue par la gauche "sociétale" et les féministes comme réactionnaire ? 

Zohra Bitan : François Hollande ne fait que des annonces qui ne sont que des annonces. Coupler le ministère des Droits des femmes à celui de la Famille, c’est purement réduire les droits des femmes à la famille alors qu’une femme à des droits en dehors de la famille, et que la famille ne constitue pas pour la femme son alpha et omega. Une femme existe en dehors de la famille ; elle est d’abord une femme avant d’être une épouse et une mère. Après, cette reconnaissance des familles est purement symbolique. François Hollande se doit d’être en phase avec la société, mais le problème, c’est que ses annonces ne sont pas suivies de résultats. On a pas besoin d’un président de la République pour savoir qu’il y a des familles, on le sait, on le voit tous les jours. On a besoin d’un président de la République qui explique aux Français comment dans notre société la famille doit être un lieu de bonheur, d’épanouissement qui offre des conditions de vie décente. Et ce n’est pas le cas du tout ! Cette création du ministère des Familles est du même acabit que la mesure sur la déchéance de la nationalité ou que la loi travail de Myriam El-Khomri. Ce gouvernement fait semblant de réformer : il annonce des bombes mais ne finit par que lâcher des pétards. 

François Miclo : Exactement ! Mais il ne faut jamais prêter à François Hollande, surtout quand il prend une décision, une pensée politique digne de ce nom. Le président de la République ne sert, en réalité, aucune idéologie, ni aucun autre intérêt que le sien. Le bien commun lui importe autant qu'à un président du Conseil de la IVe République dont les jours sont comptés. Seuls les petits calculs politicards le guident. Il a créé un "ministère de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes" non pour conduire une politique familiale digne de ce nom, ni même pour protéger l'enfance ou faire avancer les droits des femmes, mais juste pour y caser Laurence Rossignol, dont le grand centre d'intérêt politique est l'environnement… Quand le Président s'est aperçu qu'il avait commis une légère bévue en fourrant dans le même intitulé ministériel la famille, les enfants et les femmes, un choix s'offrait à lui : y rajouter le ménage, les courses et la couture, ou alors mettre un pluriel au mot "famille". Mais il se meut ici dans un nominalisme de pur forme : il se paie de mots ! Et c'est, au final, assez désespérant. Car l'art achevé de la combinazione que pratique François Hollande ne règle aucun des problèmes que connaît le pays.

Toujours à l'occasion du dernier remaniement, on a appris la création d'un secrétariat d'Etat à l'Egalité réelle. Finalement, ces mesures sociétales fondées sur les études du genre et autres droits des minorités sexuelles ne sont-elles pas devenues le dernier marqueur de gauche, alors qu'elle a abandonné tous ses combats traditionnels ?

Zohra Bitan : Le gouvernement peut emballer les problèmes avec tous les papiers cadeaux qu’il veut, il ne fera pas disparaitre pour autant le problème numéro 1 qui est le chômage, la pauvreté, la précarité, et l’exclusion. Mais toutes ces mesures sociétales annoncées tambours battants comme si c’était la panacée de notre société, ne font que susciter encore plus de critiques, et le gouvernement socialiste se fait encore plus dézinguer. C’est un gouvernement hors-sol qui ne se rend pas compte que les Français, qui finissent leur fin de mois dans des conditions déplorables, n’accordent que peu d’importance à ces mesures symboliques. Pour cacher leur inefficacité économique dans la lutte contre le mal logement, la précarité et le chômage, il fait des fanfaronnades sur le sociétal. Le quinquennat de François Hollande voulait changer les choses dans la société sans s’apercevoir que les Français sont déjà dans le changement. Ils savent qu’il y a des familles monoparentales, des couples homosexuels, des transgenres… Ce n’est pas François Hollande qui va mettre la société au goût du jour. Ce que les Français lui demandent, c’est de faire reculer le chômage. Or, toutes ces mesures sociétales annoncées pour brosser dans le poils l’électorat de gauche n’inversent en rien la côte de popularité de François Hollande en berne depuis des mois. Cette gauche a perdu tous ses repères depuis longtemps et pas que depuis le quinquennat. Cette gauche qui nous désintègre, si je reprends le titre de mon dernier livre , est une gauche misérabiliste qui pense qu’en étant moderne avec le mariage gay, elle va devenir meilleure. Mais c’est fini ça.

Le parti socialiste a fait référence à plusieurs reprises à cette égalité réelle notamment lors du congrès de Reims. Mais qu’est ce qu’on entend par égalité réelle? Mettre en place l’égalité réelle revient à ne pas concentrer les enfants en difficultés dans les ZEP, de casser les ghettos, permettre à ceux qui ont le moins d’avoir le meilleur. Or, ce gouvernement ne fait que niveler par le bas. Est-ce que l’égalité réelle doit-elle se traduire par la médiocrité ? Est-ce que l’égalité réelle, c’est de poursuivre une politique du logement qui continue de ghettoïser ? On ne peut pas être contre plus d’égalité mais comment se traduit très concrètement cette égalité réelle dans les faits? Or, il semble que ce gouvernement agisse à l’encontre des buts recherchés. Par exemple, lorsqu’on entend un Manuel Valls qui suggère de mettre en place des cours de " stand up " dans les écoles ou encore un diplôme de hip-hop alors que ses enfants à lui suivent des cours de violon ! Ou encore, lorsque des personnalités de gauche viennent faire des conférences sur le langage des gamins des cités en mettant en avant l’existence d’une autre culture, alors qu’elle est l’expression de la défaillance du système scolaire, la manifestation d’une incapacité à parler correctement français. Ce genre d’exotisme les amuse, mais ils font en sorte que leurs enfants à eux apprennent à s’exprimer dans la langue de Molière. Sous prétexte qu’il y a tout un pan de la société qui a du mal à passer de la cave au rez-de-chaussée, on met tout le monde à la cave pour mieux lutter contre les inégalités. L’enfer est pavé de bonnes intentions, c’est l’ADN de cette gauche qui ne croit ni à la méritocratie, ni à l’effort car elle considère que la condition sociale rend incapable à l’excellence.

François Miclo : Non, je ne suis pas d'accord avec vous ! Rien n'est ici fondé sur rien. C'est un mauvais procès que l'on fait à François Hollande de dire qu'il établit sa politique sur les "gender studies" – il n'y connaît rien – ou les droits particuliers des uns ou des autres. Toutes ses décisions se fondent, en réalité, sur des causes tout à la fois particulières et générales. Des causes particulières : François Hollande a formé son nouveau gouvernement non pour l'action déterminée et résolue – elle ne l'intéresse pas, elle ne l'a peut-être jamais intéressée – mais pour l'élection présidentielle de 2017 – un peu d'écolo, de radical de gauche, mélanger au shaker et ça va passer. Des causes générales ensuite : François Hollande procède de l'affaiblissement général de la puissance publique. Il ne croit plus que la politique puisse changer le monde.Il croit juste – c'est son côté le plus chiraquien – que l'Etat n'existe que pour constater, à grand renfort de vaines paroles, les grands bouleversements que nos sociétés connaissent. Comme tant d'autres, à gauche et à droite, il s'est habitué à l'idée que désormais, le sort et la fatalité doivent nécessairement régler les affaires humaines. Vu les circonstances, nous attendions Jaurès, Blum ou de Gaulle. Guy Mollet aurait suffi. En François Hollande, Henri Queuille s'est pointé, l'air goguenard, rigolard, désabusé, poussant l'audace absolue jusqu'à parfois user de bons mots. "Egalité réelle", "ministère des Familles" : ce ne sont que des mots dans une politique qui ne veut plus rien dire.

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