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Mesures d’urgence contre le chômage : quand Manuel Valls veut aller toujours plus loin et toujours plus fort dans une politique qui ne délivre aucun résultat
©Reuters

Et s’il était temps de changer de diagnostic...

Mesures d’urgence contre le chômage : quand Manuel Valls veut aller toujours plus loin et toujours plus fort dans une politique qui ne délivre aucun résultat

Afin de répondre au malaise qui suit les élections régionales, le Premier ministre Manuel Valls envisage de mettre rapidement en place une série de mesures pour lutter contre le chômage. Pourtant, ce n’est pas en allant plus loin dans une politique qui ne délivre aucun résultat que le gouvernement parviendra à ses fins, mais en changeant de diagnostic.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Au soir des élections régionales, le Premier Ministre Manuel Valls prenait acte des résultats et annonçait la nécessité d’agir contre la hausse du chômage. « Tout cela nous oblige à entendre davantage les Français, à agir sans relâche, plus vite, pour obtenir plus de résultats ». Ainsi, le gouvernement serait en train de travailler « sur un ensemble de mesures nouvelles pour l’emploi », et celles-ci devant être mises en place rapidement. Si l’objet de ces réformes n’est pas encore déterminé, les propos de Manuel Valls, évoquant la « formation des chômeurs et l’apprentissage pour nos jeunes », permettent d’imaginer un périmètre d’action.

Pourtant, en limitant ces réformes à la seule approche nationale, et non européenne, le Premier Ministre continue sur la même voie, celle qui a d’ores et déjà scellé l’échec de la politique économique de François Hollande. En effet, après la mise en place des emplois jeunes, du contrat de génération, du CICE, du pacte de responsabilité, et finalement de la Loi Macron, le chômage n’a cessé de progresser en France, atteignant un record absolu au mois d’octobre 2015, avec plus de 3.589 millions de chômeurs et, accessoirement, plus de 6.8 millions bulletins de vote front national dans les urnes. Et malgré cet échec, le sentiment qui se dégage de cette nouvelle annonce gouvernementale serait que les réformes « vont dans le bon sens » mais que celles-ci ne vont pas assez vite et pas assez loin. Ce qui signifie qu’il n’est toujours pas question de modifier le diagnostic de crise dressé par l’exécutif, qui considère toujours que le pays est confronté à une crise de l’offre. Pourtant, en pointant du doigt les rigidités de l’emploi, le coût du travail, la formation des chômeurs etc…le gouvernement va d’échec en échec. 

Car malheureusement, ce diagnostic semble bien être de plus en plus fragile. Et ce, aussi bien du point de vue théorique qu’au travers de la comparaison internationale. Concernant le volet théorique, il s’agit tout d’abord d’identifier ce qu’est « la demande », par opposition à la politique de l’offre menée par le gouvernement, et de mesurer son état depuis la survenance de la crise, c’est-à-dire depuis 2008. Or, la « demande » correspond à l’ensemble des dépenses effectuées en France sur une période donnée, sans ajuster cet ensemble de l’inflation, ce qui revient à isoler le PIB dans sa forme « nominale ».

PIB nominal (PIB non ajusté de l’inflation) comparé à sa tendance de long terme entre 1999 et la mi- 2008. Source INSEE.

L’écart constaté entre la courbe du PIB et sa tendance précédente correspond au déficit de « demande » que connaît le pays depuis la mi-2008. Alors que le pays connaissait une croissance nominale soutenue de 4% par année entre la naissance de la zone euro et la crise, soit entre 1999 et 2008, la période suivante a vu cette moyenne décliner à un niveau de 1.2% par année. Ce qui signifie que la « demande » annuelle a baissé de 2.8% par rapport à la période antérieure, soit une perte totale de près de 22% de croissance nominale depuis la mi 2008. C’est ce qui s’appelle un choc de demande, pour ne pas dire un gouffre, et une politique de l’offre ne pourra pas y faire grand-chose. De plus, les symptômes d’un choc de la demande sont clairs : hausse du chômage, perte de compétitivité, hausse des déficits, hausse de la dette, crise bancaire etc. Et le gouvernement persiste à vouloir traiter les symptômes sans ne jamais s’attaquer à la cause. 

A l’inverse, si l’économie française était confrontée à un choc de l’offre, la situation serait clairement différente. En effet, un choc de l’offre pourrait être justement diagnostiqué si le niveau de la demande n’était pas mis en cause et que la croissance restait faible, voire inexistante. Ce qui se traduirait par une croissance proche de 0% et une inflation proche de 4% (dans l’hypothèse de la poursuite de la tendance observable entre 1999 et 2008 -puisque la demande = croissance + inflation). Or, le contexte actuel se caractérise par une inflation de 0% et une croissance très faible, c’est-à-dire un niveau de demande anémique. Manuel Valls cherche à changer les pneus d’une voiture dont le moteur est grippé. Puisque le diagnostic est erroné, il est peu probable que le traitement puisse produire des effets.

Puis, du côté de la comparaison internationale, les faits sont encore plus clairs. Les Etats Unis, le Japon et le Royaume Uni ont tous trois diagnostiqué un problème du côté de la demande, et y ont répondu. Après plusieurs années de traitement, les taux de chômage respectifs de ces pays sont de 5%, 3.1% et de 5.3%, alors que la France et la zone euro sont encore comptables d’un taux de chômage supérieur à 10%. Pour parvenir à de tels résultats, Etats Unis, Japon et Royaume Uni ont simplement agi par la voie monétaire, en soutenant leur demande intérieure au travers des actions de leurs banques centrales. Et c’est cette action qui a permis de tels résultats. Dès lors, l’enjeu pour Manuel Valls serait de changer de diagnostic et donc de provoquer un changement de régime au sein même de la politique monétaire européenne. Bien que le Président de la BCE, Mario Draghi, ait commencé ce travail, celui-ci reste encore largement entravé par les statuts trop rigides de l’autorité monétaire européenne. En effet, la BCE dispose d’un simple mandat de stabilité des prix, au contraire d’autres banques centrales ayant un mandat dit « dual », leur enjoignant de rechercher une situation de plein emploi. Ce qui n’est pas une priorité en Europe. C’est en frappant à ce niveau que l’exécutif français pourrait enfin obtenir des résultats convenables. Et finalement, il ne s’agirait que de respecter le programme électoral de 2012 de François Hollande, qui indiquait expressément dans son article 11 : « Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction ».

La renégociation du traité européen a été un échec dès 2012. Reste la réorientation du rôle de la BCE vers un mandat de plein emploi. Si François Hollande et Manuel Valls veulent des résultats, il n’est pas nécessaire d’aller chercher plus loin que la réalisation de leurs propres promesses. Parce que c’est ici que ça se passe. 

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