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Plus fort que Cheminade : Mélenchon veut françaformer la Terre
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Zone franche

Plus fort que Cheminade : Mélenchon veut françaformer la Terre

Mélenchon n’entend plus circonscrire la révolution à la France, mais remodeler carrément le monde à son image de « belle rebelle ». Et tous ces gens qui se moquent de Cheminade, qui veut juste terraformer Mars...

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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A la longue, on va sans doute m’accuser de faire ouvertement campagne contre Mélenchon et, pour dire la vérité, on aura raison : je fais effectivement ouvertement campagne contre Mélenchon. Je suis même en train de passer de l’agacement amusé à l’égard du dernier tenant gaulois de la lutte des classes, de la tabula rasa révolutionnaire, etc., à l’allergie pure et simple.

C’est que je suis un bourgeois cosmopolito-libéralo-atlantiste propriétaire d’un appartement parisien et disposant de quelques économies, moi... Pas un damné de la terre prêt à tout pour faire exploser le système et se balader aux Tuileries avec le teston d’un trader de la SocGen au bout d’une pique !

Notez que l’allergie est moins liée à l’éventualité d’une arrivée au pouvoir d’un néo-marxiste l’Opinel n°12 entre les dents (c’est pas demain la veille) qu’à la banalisation et la promotion d’un baratin hyper-altermondialisme jusqu’à présent confidentiel (le Monde Diplo, combien de divisions ?). Car je ne sais pas si vous l’avez écouté pour de bon, le discours de Toulouse, mais il y dedans deux-trois trucs qui font passer la confiscation des salaires supérieurs au prix d’une Mercedes Classe C toutes options pour les suggestions de bon sens d’un ex-sénateur PS sans histoire.

Non, là où le Mélenchon est franchement flippant, c’est lorsqu’il développe sa vision des relations internationales et la fait applaudir par quelques dizaines de milliers de fans enamourés juste avant d’entonner l’Internationale et d’agiter son fanion à faucille et marteau.

« La France n’est pas une nation occidentale »

« La France, explique-t-il en préalable et au mépris de tout ce que les profs de géo s’escriment à faire gober à des gamins de sixième gavés de jeux vidéo, n’est pas une nation occidentale ».  

Ah bon ? Mais comment ça ?

« La France n’est pas une nation occidentale. Elle ne l’est ni du fait de son peuple bigarré, ni du fait qu’elle est présente dans tous les océans du monde, du fait qu’elle est, existe, vit et rayonne à proximité des cinq continents, de la Nouvelle Calédonie, la Polynésie, la Réunion, Mayotte, les Caraïbes, la Guyane... Non, la France n’est pas une nation occidentale, elle est une nation universaliste ».

En gros, la France n’appartient pas à une sphère géographique, politique, culturelle et historique donnée, qui plus est associée à tout ce que les hommes de progrès sont censés abhorrer (« l’Occident », quelle horreur !), mais peut au contraire se réclamer d’un universalisme adossé à, hum, ce qui reste de son empire colonial...

C’est intéressant. Un peu schizo, mais intéressant tout de même.

Françaformer la Terre !

« Nous sommes et nous voulons être le premier modèle de nation universaliste, ajoute-t-il, il nous faut donc être à la hauteur de ces principes et c’est à cette tâche que vous êtes appelés et non au misérable "gloubi glouba" [tss... Il n’y connaît manifestement rien en Casimir, le Méluche] du PMU politicien auquel vous appellent des chefs à la ramasse ! »

« Une fois de plus, il va nous falloir être ce cratère brûlant d’ou va jaillir de nouveau la flamme des révolutions qui, par contagion, deviennent la cause commune de toutes les nations d’Europe. Nous allons ouvrir la brèche, nous n’avons besoin des conseils et des autorisations de personne (...) Nos révolutions n’ont jamais été des révolutions pour les Français mais pour l’humanité universelle ».

Traduction :  la France n’est pas qu’une puissance moyenne vieillissante, empêtrée dans ses réformes, noyée dans ses déficits et tentée par l’isolement économique et commercial, mais bien le phare du monde civilisé ― le centre d’où naîtront les idées-forces du prochain siècle.

Ça n’est plus juste schizo, là... Mégalo semble un poil plus pertinent. Et l’on s’en voudrait presque de s’être gaussé aussi bruyamment de l’ami Cheminade et de son idée de terraformer Mars. Françaformer la terre, ça mérite au moins autant de passer au zapping de Canal +.

« La France doit quitter, et le commandement intégré de l’OTAN, et l’alliance elle même. Elle doit proposer au monde conformément à son histoire une nouvelle alliance altermondialiste indépendante des États-Unis d’Amérique ».

La France, aux côtés des nations latino-américaines qui inspirent tant Manu Chao ― la Bolivie, le Venezuela, Cuba ―, doit donc rompre avec un Nord exsangue et ses vieilles lubies de choc des civilisations pour prendre la tête des nouveaux non-alignés. Et si le reste de l’Europe est un encore un peu à la traîne, avec ses crises monétaires qu’un peu d’inflation réglerait en deux coups de cuillère à pot, que Die Linke fasse un tabac outre-Rhin et on verra ce qu’on verra !

« Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Ennemis ? Quels ennemis ?

Bon, je sais bien qu’il ne faut pas prendre tout le bien que Mélenchon a à dire de Castro, de Morales ou de Chavez pour euro comptant. Sur l’Iran, par exemple, il y a des bémols  (même si on les attend encore sur la Syrie, depuis que l’omnipresidente vénézuélien soutient Assad) :

« Je ne suis pas d’accord [avec Chavez sur l’Iran, qui parle de complot US]. Cette théorie de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » n’est pas acceptable. En Europe, on a payé cher ce genre d’idées ».

Dont acte. Mais qui sont au juste « ces ennemis de nos ennemis », maintenant que nous sommes virtuellement sortis de l’OTAN et de l’Occident ? Israël ? Les États-Unis ? La Grande-Bretagne ? L'Allemagne de Merkel, l’Espagne de Rajoy et l’Italie de Monti ? On aimerait savoir...

« Oui, nous sommes au mois de Germinal, les bourgeons gonflés de vie éclatent déjà en fleure, et avec elles s’annoncent la promesse des fruits d’une France belle et rebelle ».

Mélenchon, probablement encore plus surpris par son impact sur la campagne que Bayrou par son dégonflement concomitant, se sent pousser des ailes. L’insurrection citoyenne qu’il flaire, qu’il espère, il aimerait, comme Le Pen avant lui, feindre d’en être l’organisateur si elle doit se produire. Et faire battre Hollande, ou même lui extorquer un maroquin en cas d’échec, ce n’est même plus son problème. Il est ailleurs. Il flotte au-dessus du débat.

Punaise, les Martiens ont vraiment plus de pot que nous...

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