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Le mélenchonisme, un lepénisme convenable ?
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Zone franche

Le mélenchonisme, un lepénisme convenable ?

Voter Mélenchon, c'est souvent voter Le Pen en travestissant ses frustrations en générosité. Ce n’est certainement pas pire, mais ce n’est pas beaucoup mieux.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je ne suis pas vraiment surpris d’entendre qu’après Sarkozy en 2007, c’est au tour de Mélenchon de siphonner les voix du FN.

Ça ne me dérange pas plus que ça et même, pour dire la vérité, ça m’arrange un peu puisque tout ce qui contribue au dégonflement de la baudruche (je parle du parti, pas de la femme, pas d’ambigüité) est bon à prendre, mais ça demande qu’on s’arrête cinq minutes sur le phénomène.

Comme le FN, le Front de gauche est un machin à vocation grossièrement populiste, promettant tout et n’importe quoi aux « petits et aux sans grades », obsessivement binaire dans sa représentation du monde et fournisseur de solutions clés en main à l’ensemble des préoccupations du moment.

Le financement des retraites est devenu un problème ? « Faites payer les riches ! » propose l'un. « Expulsez les étrangers ! » suggère l'autre. Et ça marche avec à peu près tout, de l’emploi à l’éducation et du logement à la santé. Pour ne rien dire de la délinquance...

Mais se trouve-t-il vraiment, dans ce pays, une grosse minorité de gens convaincus que mettre les stars du foot à l’amende et/ou les immigrés sur un bateau serait la martingale universelle qui leur rendrait le sourire ? Un gros 30% de Français à ce point ignorants du réel qu’ils soient sincèrement, honnêtement, persuadés que subsiste une sorte de paradis gaulois latent, planqué sous la crise, que n’affectent ni la démographie, ni les ruptures technologiques, ni l’industrialisation de l’Asie, et que l’installation d’un Mélenchon ou d’une Le Pen à l'Élysée contribuerait à faire ré-émerger ?  

Bien sûr que non ! Bon, ils doivent bien exister à quelques centaines de milliers d’exemplaires tout de même, homologues bien de chez nous des créationnistes américains, mais 30% de l’électorat ?  No way !

Les frustrations qui s’exprimaient déjà chez Le Pen, transférées chez Mélenchon et agrégées à ce qui reste de la fulgurance trotskiste de 2002, permettent au moins de faire reculer le racisme et la xénophobie dans la protestation gauloise, de déguiser en générosité ce qui n’est souvent ― pas toujours mais souvent ― qu’un égoïsme chauvin standard et une vraie capacité au déni. Mais elles restent aussi peu constructives, bloquent tout autant l’éclosion d’un vrai débat sur ce que pourrait être le projet d’une puissance moyenne comme la France. 

Nous finirons par en sortir, parce qu'on ne dure pas mille ans sans quelques ressources mais, franchement, que de temps perdu.

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