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La coalition menée par Jean-Luc Mélenchon prétend revenir aux fondamentaux de la gauche traditionnelle.
La coalition menée par Jean-Luc Mélenchon prétend revenir aux fondamentaux de la gauche traditionnelle.
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Les damnés de la terre

Mélenchon, Arthaud, Poutou : la France est-elle une exception européenne en matière d’extrême gauche ?

Plusieurs candidats d'extrême gauche ou de la gauche de la gauche concourent à l'élection présidentielle dans un style souvent proche du populisme. Un phénomène ancien en France qui se développe aussi ailleurs.

Christophe Bourseiller

Christophe Bourseiller

Christophe Bourseiller est écrivain, historien et journaliste.

Maître de conférence à l'Institut d'études politique de Paris, doctorant en Histoire à l'Université Paris I, Christophe Bourseiller  est spécialiste des extrêmes, de droite et de gauche. Il est l'auteur notamment de Mai 1981 raconté par les tracts (Hors collection, 2011) et de L’Extrémisme, enquête sur une grande peur contemporaine (CNRS Editions, 2012).

 

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Atlantico : Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon voire Eva Joly : la France compte au moins quatre candidats à gauche de la gauche – pour ne pas dire « extrême gauche » - sur dix prétendants à la présidentielle. S’agit-il d’une spécificité française ? 

Christophe Bourseiller : Tout d’abord il est important de préciser que la coalition menée par Jean-Luc Mélenchon ne doit pas être qualifiée d’extrême gauche mais de "gauche de la gauche" : elle prétend revenir aux fondamentaux de la gauche traditionnelle. Dans cette coalition, il y a des partis de la "gauche de la gauche", type PCF (Parti communiste français) ou Parti de gauche, mais également des partis propres à l’extrême gauche révolutionnaire, comme la Gauche unitaire exclue du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), les minoritaires du NPA, ou encore l’organisation néo stalinienne du parti communiste des ouvriers de France qui soutient Jean-Luc Mélenchon.

Cette précision étant faite, pour répondre à votre question : non, il ne s’agit pas d’une spécificité française. L’extrême gauche est présente dans de nombreux pays, de par le monde et en Europe.

Pour donner quelques exemples, on peut évoquer le cas de la Grande-Bretagne, où il existe une extrême gauche trotskyste très puissante qui s’est incarnée dans de nombreuses coalitions électorales, et notamment la coalition Respect-The unity coalition (coalition populiste qui prône l’alliance avec des islamistes, et défend le droit des femmes à porter le voile) qui tourne entre 7 et 10 % des voix lors des législatives. A noter également des "pics électoraux" en Ecosse pour l’extrême gauche.

Aux Pays-Bas, le PVV ou Parti pour la liberté de Geert Wilders fait de très bons scores, sans oublier le Parti socialiste. Celui-ci n’a rien à voir avec le parti français : il est post maoïste et tourne autour de 15% des votes. 

En Allemagne, il y a l’équivalent du parti de Jean-Luc Mélenchon : le Linkspartei d’Oskar Lafontaine, dans lequel sont présents de nombreux militants néo staliniens et trotskystes. 

En Espagne également, l’extrême gauche est assez puissante, notamment à travers la coalition politique Espacio Alternativo, où là encore elle réalise des scores aux élections compris entre 5 et 7% . Même phénomène au Portugal

L’extrême gauche est donc un phénomène en ascension un peu partout dans le monde,  Amérique latine et Asie comprises, et va parfois jusqu’à menacer le pouvoir en place. Ce n’est donc pas un phénomène purement franco-français.

Rappelons toutefois que même si les partis d’extrême gauche réalisent des scores importants, il ne s'agit la plupart du temps que de votes protestataires. Ainsi en France, il existe une phalange flottante de mécontents, qui se porte aujourd'hui sur Jean-Luc Mélenchon, sans adhérer forcément à l'ensemble du programme du Front de gauche. 

L’extrême gauche européenne constituerait-elle le revers de la médaille de la progression du "populisme " en Europe ?

Le populisme est un prisme politique qui ne doit pas être confondu avec l’extrême droite. Il est l’adoption d’un style politique basé sur une rhétorique démagogique à l’intention du peuple, et il y a des populismes ancrés à gauche. Ainsi, lorsque Jean-Luc Mélenchon crie "place au peuple", appelle à une révolution citoyenne ou à une insurrection civique, il endosse un style populiste.

Dans le même registre, si le Front National a connu un franc succès en défendant la lutte contre l’immigration à partir de 1983, n’oublions pas qu’en 1980-1981, le parti en France qui luttait contre l’immigration était le PCF (Parti communiste français) qui lançait les bulldozers contre les immigrés. Au fond, le populisme c’est plus une affaire de style que d’idéologie.

L’extrême gauche est-elle plus fragmentée en France qu’ailleurs ?

Non, c’est un phénomène mondial. L’extrême gauche est toujours divisée, elle est toujours tributaire de scissions historiques très anciennes, et elle est divisée dans tous les pays. Simplement vue de l’extérieur, on observe généralement uniquement les partis les plus puissants, type le Parti socialiste en Hollande, ou le Linkspartei en Allemagne, mais il y a d’autres partis, autant qu’en France. 

Ce qu’il faut noter, c’est que l’extrême gauche ne parvient généralement pas à fidéliser un électorat. 

Les partis d’extrême gauche en Europe insistent-ils tous sur les mêmes thèmes ? 

Dans l’ensemble, oui. Dans toute l’Europe, ce qui caractérise les mouvements d’extrême gauche, c’est leur capacité à surfer spécifiquement sur la défense des intérêts des travailleurs.

Il est évident que la question sociale a été largement délaissée par la droite. Les partis populistes issus de la droite mettent d’ailleurs en avant les thématiques de l’immigration au détriment de la question sociale.

Mais la gauche de gouvernement, sociale-démocrate, n’a-t-elle pas elle-aussi délaissé la question sociale ?

Il y a en effet un décalage très fort entre la "gauche de la gauche", frondeuse qui veut contester la suprématie du capitalisme, et la gauche traditionnelle qui incarne l’héritage de Michel Rocard ou Tony Blair.

François Hollande est obligé de tenir compte de cette vague de mécontentement qui s’est manifestée avec force lors des primaires socialistes par le soutien à Arnaud Montebourg. Il est contraint de faire le grand écart entre cette gauche radicale anti-capitaliste et le centre gauche plus sensible aux thèses sociétales. Par conséquent, de fait, son discours est parfois contradictoire.

 

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