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Les déboires de la banque Dexia ont déjà coûté 6,6 milliards d'euros à la France.
Les déboires de la banque Dexia ont déjà coûté 6,6 milliards d'euros à la France.
©Reuters

Rien que ça

Méga augmentations de dirigeants chez Dexia : ce qui rend encore possible les excès dans la banque qui a coûté des milliards aux contribuables

Après deux sauvetages et près de 400 licenciements, la banque franco-belge Dexia vient d'augmenter le salaire de trois de ses dirigeants, les faisant passer de 340 à 450 000 euros annuels. L'une des raisons invoquées serait celle de leurs faibles perspectives de carrière dans une société appelée à disparaître.

Alain Piffaretti

Alain Piffaretti

Alain Piffaretti est journaliste et collaborateur à l'Express. Il est l'auteur de "Le scandale Dexia : Enquête sur la plus grosse faillite bancaire européenne".

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Atlantico : Selon le Journal du Dimanche, trois dirigeants de Dexia viennent de bénéficier d’une augmentation de salaire de 30 % (de 340 000 à 450 000 euros). Pourtant, la banque franco-belge a été sauvée de la faillite par les Etats belges et français en 2008, puis de nouveau en 2011. Comment expliquer cela alors que la banque est en cours de démantèlement ?

Alain Piffaretti : Cette augmentation est effectivement très surprenante dans le contexte actuel. Dexia est une "bad bank" qui a déjà coûté fort cher aux contribuables français et belges ! Je crois que la direction de Dexia explique cette hausse par la nécessité de trouver des profils "pointus" pour gérer l’extinction de la banque. Et par le fait qu’elle ne peut offrir de larges perspectives de carrière à ses dirigeants. Mais ces arguments sont  difficilement recevables. La mission des dirigeants de Dexia n’est certainement pas simple… Mais on a du mal à penser que 340 000 euros annuels semblent insuffisants pour cela ! Rappelons également que Karel de Boek l’actuel "CEO" de Dexia, c’est-à-dire son principal dirigeant, perçoit une rémunération de 600 000 euros annuels, nettement supérieure au plafond fixé par la France pour les dirigeants d’entreprises publiques. Et supérieure également au plafond fixé, plus tardivement, par la Belgique.

Selon la Cour des comptes, les déboires de la banque ont déjà coûté 6,6 milliards d'euros à la France. N'aurait-on pas été en droit d'attendre un peu plus de retenue de sa part en matière de rémunération de ses dirigeants ? 

6,6 milliards d’euros, c’est déjà la somme, tout à fait provisoire, qu’a couté la faillite de Dexia au contribuable français. Et encore s’agit-il d’une estimation basse . Sans compter les pertes liées aux emprunts toxiques qui grèvent les comptes de nombreuses communes et hôpitaux. N’oublions pas aussi que l’État français, via, la Sfil,  a remis au pot pour assurer le financement des collectivités. Et une recapitalisation de la Sfil dans les prochaines semaines ou prochains mois n’est pas exclue !

Enfin, il faut savoir qu’une véritable épée de Damocles est suspendue au-dessus des contribuables français et belges. La "bad bank" Dexia possède toujours un bilan proche de 250 milliards, dont une très large part totalement invendable ! La France et la Belgique ont d’ailleurs accordé une garantie de 85 milliards à la banque pour lui permettre de se refinancer. Si la situation le nécessitait, elle devrait être actionnée en quelques jours!

Tout ceci devrait peut-être effectivement entraîner les dirigeants à un peu plus de  "retenue". Or tout se passe comme si les responsables de la banque nationalisée ne se rendaient pas véritablement compte de ce contexte.

Ces augmentations de salaire se font-elles sur les deniers de l'Etat ?

Pas de façon directe. Dexia possède son propre budget. Mais comme il est assez probable qu’il faille un jour ou l’autre recapitaliser la banque en puisant dans les fonds publics, on peut estimer que cette augmentation s’effectue plutôt au détriment des finances de la France et de la Belgique. Ceci étant dit, ces augmentations de salaire ne représentent qu’une goutte d’eau sur les milliards qui sont en jeu ici… Mais cela refait ainsi penser à la retraite chapeau versée à plusieurs dirigeants historiques de la banque, notamment Pierre Richard, son fondateur. La Cour des Comptes a pourtant indiqué en juillet 2013 que cette situation était totalement anormale… Mais pour l’instant rien ne se passe.

Propos recueillis par Marianne Murat

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