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Christian Jeambrun : "C’est rassurant que son médecin améliore son travail, non ?"
Christian Jeambrun : "C’est rassurant que son médecin améliore son travail, non ?"
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Assurance maladie

Médecins : travailler mieux pour gagner plus

L’Assurance-maladie et les médecins libéraux ont signé un accord, dans la nuit de mercredi à jeudi, en vue d'une nouvelle convention médicale. Le texte propose la généralisation des primes à la performance : les médecins gagneront des points et donc plus d'argent en fonction des objectifs réalisés...

Christian Jeambrun

Christian Jeambrun

Christian Jeambrun est président du Syndicat des médecins libéraux (SML). Il pratique la médecine physique et la réadaptation fonctionnelle.

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Atlantico : En quoi consiste la nouvelle convention médicale entre l'Assurance maladie et les médecins libéraux ?

Christian Jeambrun : Il s'agit d'une obligation, dans le cadre de l’exercice professionnel de la médecine générale qui permet aux médecins de prendre en charge des patients. Cela se déroule ainsi tous les cinq ans. Cette convention, que nous avons acceptée cette nuit est le fruit d’un travail de près d’un an et demi.

Dans la convention, il y a une innovation : les nouveaux modes de rémunération, dont ce paiement à la performance. Jusqu’à maintenant, la rémunération des libéraux ne reposait que sur le paiement à l’acte, ces fameux 23 euros, invariables quel que soit le contenu de la consultation. On voulait une option qualité : engager les médecins dans des thématiques que nous avions proposées à la Sécurité sociale.

Premier thème : l’environnement du cabinet, c'est-à-dire l’accueil, le secrétariat, l’informatisation, le service rendu, la possibilité ou pas de recevoir des patients en urgence. Il s’agit de mesurer l’effort du praticien. On peut lui proposer des grilles et donc de gagner des points au fur et à mesures des objectifs définis.

Deuxième thème : l’efficience, c’est-à-dire étudier le nombre d’antibiotiques, d’hypnotiques et de génériques prescrits. C’est très mesurable.

Troisième thème : les indicateurs de prévention. Un médecin pourrait dire : « Dans ma clientèle d’hommes de plus de 60 ans, combien pourrait-on avoir de dépistages de cancer de la prostate ? Est-ce que je me rapproche de 75 % ? Ou est-ce que je ne m’y intéresse pas du tout ? »

Pensez-vous que cette nouvelle convention va réellement modifier les pratiques ?

C’est un pari. On propose aujourd’hui aux médecins de modifier leur mode de fonctionnement. Le Syndicat des médecins libéraux est satisfait de cette convention. On sait que ça va intéresser un nombre important de médecins.

Je me souviens des CAPI, ces contrats individuels que la caisse proposait unilatéralement aux médecins. 16 000 personnes étaient venues signer volontairement. C’était à minima de ce qu’on propose aujourd’hui. Il n’y avait pas de retour d’informations, le médecin ne pouvait pas contrôler l’évolutivité, son suivi.

Si on améliore l’outil, si on le rend interactif, si on donne du pouvoir aux médecins à l’intérieur de cet outil, ce serait curieux qu’ils ne soient pas au rendez-vous. Et en plus, il y a une rémunération, derrière. Selon les points acquis, ça peut atteindre entre 9000 et 10 000 euros par an…

Considérons l'un des points de la nouvelle convention : l'incitation à prescrire des médicaments génériques. Des génériques sont déjà vendus en pharmacie : quel est donc le mérite réel du médecin ? Il est gagnant à tous les coups...

L’objectif sur la mesure de prescription de génériques est parlant, mais ce n’est pas sur cela qu’on compte le plus. Souvent, c’est juste une substitution du pharmacien. Celui-ci vend le générique du médicament prescrit par le médecin, essentiellement pour des raisons… financières. Imaginez une personne âgée, habituée à prendre un certain médicament, le pharmacien lui en vend un autre, sans lui demander. Parfois, il y a des variations, des erreurs… Cela existe, on le sait.

Ce serait intéressant que ce soit le médecin d’emblée qui prescrit le générique. Le patient l’accepterait plus. Le consensus serait plus large.

Vous n’êtes donc pas assez satisfait des pratiques des généralistes à l’heure actuelle ?

Ce n'est pas cela le problème. On pense juste que le paiement à l’acte est un système usé. On le voit bien, la clientèle a besoin d’autres choses. Quand un généraliste reste une heure avec son patient en ayant des coups de fil à passer pour prévoir des rendez-vous tels qu’un scanner, ou seulement dix minutes, c’est le même tarif. Cela ne rime à rien.

Et pour le patient, quels vont être les changements ?

Son médecin s’engage dans un travail un peu plus particulier, dans une modification de son exercice pour un meilleur service médical rendu. C’est rassurant que son médecin améliore son travail, non ?

Comment financer ces primes qui pourraient atteindre 9 000 / 10 000 euros par tête chaque année ?

Une partie est financée par la dotation annuelle prévue par les caisses d’assurance maladie qui savent combien de dépenses elles auront à gérer pour les médecins. On dispose d'une enveloppe financière suite aux négociations. Si on atteint les objectifs en points, on va pouvoir dégager des marges, des économies nouvelles. Et on pourra autofinancer le système. Si on prescrit moins d’antibiotiques, si vous mettez en place des indicateurs évitant ainsi quelques problèmes, s’il y a une réflexion plus pointue sur la prescription, on dégagera des marges…

En revanche, vous n’avez pas obtenu la revalorisation du traitement à l’acte. Vous vouliez passer de 23 à 25 euros…

C’est dommage. Nous avions demandé un calendrier pour cette hausse du tarif. Passer à 24 au 1er janvier 2012 et, peut-être, à 25 euros, début 2015.

Ce n’est pas la caisse qui a la possibilité de donner deux euros de plus aux médecins. C’est politique, cela se joue au sommet de l’Etat. On a appris la leçon : le feu vert ne peut venir que de l’Elysée. On a déjà obtenu un euro de plus pour la consultation voilà un peu moins d’un an, environ (mesure effective le 1er janvier 2011). Pourtant, cela avait été programmé… en 2007.

La décision avait été repoussée de mois en mois. En particulier, à cause des indicateurs d’observance économique qui n’étaient pas bons. Et là, on attend un geste politique… Il faut montrer l’intérêt de la médecine libérale et je demande l’aide des pouvoirs publics pour cela. C’est essentiel pour que les jeunes puissent s’investir sur leurs métiers. Il faut une campagne de communication auprès d'eux pour leur dire que le généraliste exerce une profession de bonheur, d’honneur, et pas seulement un métier de dingue. Médecin généraliste c’est l'un des plus beaux métiers du monde.

Propos recueillis par Philippe Lesaffre.

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