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Mauvaise foi, réclamations loufoques... et insultes : les curieux rapports entre parents d’élèves et directeurs d'école
©Pixabay

Bonnes feuilles

Mauvaise foi, réclamations loufoques... et insultes : les curieux rapports entre parents d’élèves et directeurs d'école

Depuis quarante ans que Patrice Romain les fréquente en tant qu'instituteur, directeur d'école puis principal de collège, il les connaît bien, ses parents d'élèves ! Une plongée fascinante, souvent hilarante, dans l'univers méconnu des rapports entre chef d'établissement et parents d'élèves. Extrait de "Quand un proviseur se lâche" de Patrice Romain aux Editions du Cherche Midi.

Patrice Romain

Patrice Romain

Instituteur, directeur d'école puis principal de collège, Patrice Romain a pris sa retraite fin 2020, désabusé par la gouvernance de "son" école publique. Il est l'auteur d'une dizaine de livres sur l'Éducation nationale, dont le best-seller Mots d'excuse. Son dernier ouvrage est  "Requiem pour l'Education nationale - Un chef d'établissement dénonce : parents et professeurs doivent savoir !" (2021) aux éditions du Cherche Midi.

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Dura lex, sed lex

Madame, Monsieur,

Votre culot et la verve de votre avocat forcent l’admiration.

Votre fils, qui a été surpris en train de frauder à l’examen du diplôme national du brevet, a été sanctionné par le rectorat. Vous avez immédiatement attaqué la  décision au tribunal administratif. Et vous avez gagné: le juge a en effet estimé que votre petit génie avait triché en toute innocence puisque les surveillants n’ont pas spécifié, en début d’épreuve, qu’il était interdit de frauder. Respectueusement.

Des calculs qui donnent la colique (néphrétique)

Madame,

Le professeur de mathématiques a entré les notes de votre fille dans notre logiciel. Ce dernier a calculé sa moyenne: 3,70 sur 20.

Mais, de son côté, votre matheuse émérite a trouvé 4,30. Furieuse de cette erreur et forte de votre confiance aveugle en votre progéniture, vous m’avez annoncé que vous alliez vous déplacer à l’inspection académique pour contester. Naturellement, vous avez employé le vocabulaire habituel: injustice, discrimination, racisme, etc.

J’avoue, madame, que j’ai un instant craint pour votre vie. Heureusement, le professeur m’a rassuré: le ridicule ne tue pas!

Respectueusement.

Mauvais joueurs

Madame, Monsieur, Je comprends votre légitime déception lorsque, en même temps que le bulletin trimestriel, le professeur principal de votre petit ange vous a remis un «avertissement de conduite».

Mais pourquoi, madame, avoir déchiré l’avertissement et l’avoir jeté à la tête de l’enseignant? Pourquoi, monsieur, avoir chiffonné le bulletin et l’avoir lancé dans la poubelle – panier à trois points, bravo? Pourquoi avoir renversé vos chaises et tourné les talons, incitant votre fils à faire de même?

Ce n’était pas après vous que les enseignants en avaient!

Respectueusement.

Instance supérieure

Madame,

Je prends bonne note que vous exigez finalement que votre fils passe en 2de générale, malgré une moyenne proche de zéro.

Lors de notre entretien, vous vous étiez pourtant rangée à mon avis.

Comme vous, je me plie donc à la décision du «conseil de famille» que votre mari a réuni en urgence pour statuer...

Respectueusement.

Mieux vaut tard que jamais

Monsieur,

En juin dernier, lorsque le conseil de classe avait proposé un passage en 5e pour votre fils alors que vous souhaitiez un redoublement – «Il en fout pas une, ce ramier, ça lui f’ra la nique», aviez-vous argumenté –, nous n’avons pas réussi à vous joindre car vous étiez, vous et votre petite famille, déjà partis en vacances.

Aujourd’hui, surpris de le voir dans la classe supérieure, vous exigez qu’il retourne en 6e.

Pas de problème, monsieur.

Un petit regret cependant. Il aurait été préférable, dans l’intérêt de votre enfant, que cette histoire se règle plus tôt: nous sommes déjà le 15 décembre... Respectueusement.

Scribe

Madame, Le mois dernier, vous êtes venue faire un scandale à l’administration du collège. Veuillez trouver ci-joint le mot que votre fille a affiché aujourd’hui sur la porte, lors de la pause méridienne: «Ces feignasses du secrétariat sont encore absentes.»

Ce n’était pas son écriture. Pourriez-vous m’aider à retrouver l’auteure de cette affichette, s’il vous plaît? J’aimerais saluer sa perspicacité.

Respectueusement.

Contrition

Madame,

Suite à la déclaration malvenue de votre fille à son professeur: «Fais chier, tu pues d’la gueule!», il lui a été demandé de rédiger une lettre d’excuses.

Vous avez contresigné sa missive.

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, madame! Peut-être auriez-vous pu suggérer à Miranda de faire preuve d’un peu plus de délicatesse. Ses excuses, formulées dans les trois premières lignes, ont en eff et été gâchées par sa dernière phrase: «Conclusion: je regrette d’avoir été grossière mais c’est vrai que vous sentez mauvais de la bouche.»

Respectueusement.

Gouverner, c’est prévoir

Monsieur,

Rappelez-vous: à l’issue du conseil de discipline de votre aîné, vous aviez manifesté votre désaccord – selon vous, votre fils avait été injustement condamné – en renversant une table et plusieurs chaises, en hurlant des grossièretés et en menaçant de mort plusieurs professeurs présents. Votre épouse avait fait semblant de s’évanouir sous le coup de l’émotion, nous accusant de lui provoquer un pseudo-arrêt cardiaque. Votre fils, lui, s’était contenté d’un sobre «bande de fils de putes» avant de sortir.

Comme je préfère la dignité et le flegme aux manifestations exubérantes et autres démonstrations spontanées, je tiens à vous avertir que la police municipale est prévenue de la tenue, ce soir, du conseil de discipline de votre cadet.

Respectueusement.

À question stupide...

Madame, J’ai bien reçu votre courrier, que le ministre nous a transmis via son cabinet puis via celui du recteur puis via celui de l’inspecteur d’académie. Concernant votre question «Pourquoi mon fils n’a-t-il pas été accepté en section européenne?», je vous informe que vous allez bientôt recevoir ma réponse, via le cabinet de l’inspecteur d’académie puis via celui du recteur puis via celui du ministre: «Parce que nous avions de meilleurs candidats.»

Respectueusement. 

Extrait de "Quand un proviseur se lâche" de Patrice Romain aux Editions du Cherche Midi

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