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Maroc : à nouvelle constitution, nouveau pays ?
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Révolution douce

Maroc : à nouvelle constitution, nouveau pays ?

Les Marocains auront-ils envie de s'investir dans la politique avec la réforme constitutionnelle proposée par Mohamed VI ? Première réponse le 1er juillet prochain, avec le taux de participation au référendum annoncé par le roi. L'analyse d'Idriss Alaoui Mdaghri, ancien ministre marocain.

Driss Alaoui Mdaghri

Driss Alaoui Mdaghri

Driss Alaoui Mdaghri a occupé plusieurs portefeuilles ministériels au Maroc, lors des 30 dernières années.

Ancien ministre de la Communication, c'est lui qui avait autorisé la publicité pour les paris sportifs à la télévision.

Il est également auteur de nombreux ouvrages et Président de la fondation des Cultures du monde.

 

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Après trois mois de travaux studieux, émaillés de discussions avec les partis politiques, la société civile, ainsi que les forces vives de la nation, l’équipe de juristes marocains chargée d’amender la constitution a finalement rendu sa copie au Roi Mohammed VI, ouvrant la voie à une consultation référendaire cruciale qui devrait se tenir en Juillet.

Durant les longues semaines pendant lesquelles la commission a planché sur les amendements constitutionnels, l’on a assisté à un phénomène nouveau - que beaucoup croyaient ne plus être possible - à savoir un regain d’intérêt des Marocains pour la politique.

Dans les journaux, la presse, les médias,  mais également dans les foyers et les cafés, la société marocaine s’est surprise à débattre des subtilités juridiques de tel article constitutionnel, de la reconfiguration programmée des pouvoirs, d’indépendance de la justice, de liberté de la presse, d’identité religieuse et culturelle, et de bien d’autres débats de fond qui avaient désertés la réflexion collective sur l’avenir du pays.

Un renouvellement démocratique en trois étapes

Ce retour en grâce de la politique, résultant de la combinaison du « printemps arabe » et de la démarche impulsée par Mohammed VI pour la refonte de la constitution, met la classe politique et le pays dans son ensemble face à des responsabilités nouvelles. La remise de la copie de la commission présidée par Abdellatif Mennouni n’est en réalité que le premier acte d’un scénario démocratique qui doit se dérouler en trois temps, et au sein duquel les 30 millions de marocains occuperont de toute évidence le premier rôle.

Le premier acte sera bien entendu le futur référendum constitutionnel, lors duquel le taux de participation devrait être un élément important d’appréciation de l’adhésion des Marocains à la réforme. Tout indique aujourd’hui que ce taux sera important, susceptible d’administrer la preuve que les Marocains, dans leur manière d’appréhender le changement souhaitent utiliser le canal le plus approprié et finalement le plus efficace : le bulletin de vote.

Le second acte est représenté par les élections législatives qui interviendront à la suite de ce référendum, qu’elles soient anticipées ou qu’elles se déroulent à leur date prévue à l’automne 2012. Elles devraient permettre de faire émerger une carte politique marocaine totalement inédite qui débouchera sur un gouvernement aux pouvoirs et responsabilités jamais égalés dans l’histoire du Royaume.


Le troisième acte, de loin le plus important, sera la manière dont cette réforme et cette élection affecteront toutes deux la gestion de la chose publique au Maroc, et les réglages entre les différents acteurs pour prendre la place qui leur échoit normalement.

En cette matière, il y a bien entendu le texte, mais également l’esprit du texte, et le référendum comme les élections ne sauraient remplacer la pratique de l’exercice du pouvoir dans ce nouvel espace politique marocain, qui sera façonné jour après jour par cette tectonique. Inévitablement, cette mise en oeuvre suscitera le débat, voire la confrontation dans certains cas, mais l’essentiel, c’est que les Marocains ne perdent pas l’esprit qui prédomine en ce moment, à savoir leur implication accrue dans la vie publique et dans le débat de société qui s’y déroule.

Comment maintenir l'intérêt des Marocains pour la politique ?

En effet, l’un des enjeux majeurs qui découle de la présente réforme constitutionnelle sera la question du maintien de l’intérêt des jeunes pour la chose publique, afin qu’ils y apportent le dynamisme de leurs convictions et parfois l’impertinence de leurs propositions.

Corollaire de ce maintien d’intérêt, se pose la question de l’attractivité de la vie publique pour les élites nationales, qui lui préfèrent depuis longtemps les métiers de la finance et de la banque, entre autres, estimant qu’ils n’ont « rien à faire en politique ». Avec la nouvelle constitution, cet argument ne sera plus recevable dans la mesure où la distribution des rôles est clarifiée : le Roi règne et arbitre, le chef du gouvernement assure  la direction de l’exécutif, le parlement légifère et contrôle, et enfin la justice gagne une indépendance réelle qui lui permettra d’avoir plus de crédibilité aux yeux de nos concitoyens.

Bien entendu, la réforme de la constitution n’est pas une solution à l’ensemble des défis qui se dressent devant le Maroc, dont on pourrait ici énumérer les plus importants : lutte contre la corruption, amélioration de la bonne gouvernance, réforme de l’éducation ou encore combat pour éradiquer la grande pauvreté et réduire les disparités. Néanmoins, l’exercice référendaire est crucial dans la mesure où il donne un cadre et fixe un cap qui devrait permettre de franchir un palier significatif dans le processus de démocratisation.

Ceci permettra au Maroc de consolider son arrimage à l’Europe mais également son ancrage régional, qu’il soit immédiat (au sein de l’Union du Maghreb Arabe), ou un peu plus lointain (en tant que membre possible du Conseil de Coopération du Golfe). En effet, il ne faut pas ici oublier la dimension de la réforme en termes de déploiement spatial du Maroc que prévoit le nouveau texte. Ceci affectera profondément le Maroc tant  au niveau interne à travers le processus de régionalisation, qu’au niveau externe en permettant au pays de tendre vers des modèles démocratiques plus avancés.

Il y a donc un triple bénéfice à accompagner, encourager et soutenir le processus en cours. A travers un exercice de réforme constitutionnel profond, le Maroc est en train de prendre rendez vous avec sa jeunesse, et donc  avec son avenir. Donnons-lui les moyens d’y parvenir en allant tous voter.

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