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Fumeurs de joints homosexuels,
la France a besoin de vous !
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Zone franche

Fumeurs de joints homosexuels, la France a besoin de vous !

Le mariage gay et la dépénalisation du cannabis ne sont pas des thématiques anecdotiques. Quand on commence à revisiter ses certitudes, on a du mal à s’arrêter.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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L’excellent Jean-Louis Bourlanges, intervenant dans l’excellente émission dominicale de l’excellent Philippe Meyer (L’Esprit public, de 11h00 à midi, juste après la messe) sur l’excellente France Culture, assurait s’attendre à une campagne présidentielle essentiellement centrée sur les « questions de société » ― mariage gay et dépénalisation du cannabis en tête.

« Hollande, Aubry & Co ont beau donner des gages aux fanatiques de la redistribution, ils savent bien que leurs marges de manœuvres budgétaires en cas de victoire seront faibles et que promettre de raser gratis, c’est un peu passé de mode, expliquait-il en substance. Comme c’est la même chose chez Sarko, autant se concentrer sur la partie du débat qui ne coûte pas un fifrelin mais clive au moins autant que l’ISF » (je cite de mémoire car même si j’apprécie beaucoup ce forum de « toutologues » distingués, une écoute hebdomadaire suffit à mon bonheur).

Cet ancien proche de François Bayrou (on se demande d’ailleurs comment un type de ce calibre est resté si longtemps en phase avec le Béarnais) n’a manifestement pas tort : le mariage gay et le cannabis, on n’en a jamais autant entendu parler. Et pas de doute, ça évite de raconter des fariboles sur les retraites, ça nous repose de l’interminable feuilleton sur les 35 heures et ça permet de faire passer les troisièmes couteaux qui font rire à la télé.

Là où je décroche, pour autant, c’est sur l'idée que ces sujets soient marginaux, voire anecdotiques. Ils concernent au contraire des libertés individuelles fondamentales (le droit de se marier avec qui l’on veut, celui de fumer ce que bon vous semble) dont le déni est finalement très jumeau du refus d'évoluer sur les thématiques jugées « sérieuses ».

Bien sûr, une société où l’on pourrait mener la vie d’adulte que l'on souhaite ne serait pas nécessairement une société plus rationnelle dans ses choix économiques : la Californie est simultanément l’État américain le plus mal géré et le plus en avance sur ces dossiers. Mais un débat inédit, où les arguments intelligents remplaceraient les dogmes et le prêt-à-penser, ne finirait-il pas par faire école et s’imposer à tout le reste ?

De fait, ces questions vont bien au-delà de leur enjeu de base. La possibilité de se marier pour les homosexuels ne rejoint-elle pas une réflexion plus universelle sur les pensions de réversion, l'impôt sur le revenu, la fiscalité sur l’héritage, etc. ? La dépénalisation du cannabis n’impose-t-elle pas de réévaluer la façon dont on lutte contre la délinquance urbaine, ou encore celle dont on stimule l'économie dans les banlieues ?

Ce n'est qu'une intuition, mais qui peut dire si un individu n'ayant jamais vraiment réévalué ses certitudes (le mariage, ben c’est un homme et une femme, non ? Fumer des pétards, mais c’est le début de la décadence terminale, non ?), une fois renseigné sur la différence entre un préjugé et une loi naturelle, ne finirait pas par s’interroger sur ses autres présupposés ? Dans le cas contraire, on aura juste obtenu le droit d'allumer un joint au mariage d'un couple de copains. Anecdotique ou pas, ça sera toujours ça de pris.

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