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Mardi 24 janvier 2016, 17 h 39 : une dépêche AFP tombe... et précipite l'hyper favori François Fillon dans une chute infernale
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Bonnes feuilles

Mardi 24 janvier 2016, 17 h 39 : une dépêche AFP tombe... et précipite l'hyper favori François Fillon dans une chute infernale

François Fillon pensait déjouer les pronostics et l’emporter lors du sprint final. Mais éliminé dès le premier tour de la présidentielle, il précipite dans sa chute tous ceux qui, dans son camp, l’ont soutenu bon gré mal gré. Extrait de "François Fillon, les coulisses d'une défaite", de Mathieu Goar et Alexandre Lemarié aux Editions de l'Archipel (2/2).

Matthieu  Goar

Matthieu Goar

Matthieu Goar est journaliste politique au quotidien Le Monde.

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Alexandre Lemarié

Alexandre Lemarié

Alexandre Lemarié est journaliste au service politique du quotidien Le Monde.

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17 h 39. Une dépêche AFP tombe, résumant des révélations à paraître le lendemain dans Le Canard enchaîné : « Mme Fillon était rémunérée comme attachée parlementaire et par la Revue des deux mondes. » La bombe à fragmentation est dégoupillée. Dans les rédactions, les journalistes tombent de leur chaise. Penelope Fillon ? Cette épouse si discrète aurait joué un rôle politique auprès de son mari et serait mise en cause dans une affaire d’argent ? Comment est-ce possible ?

Dans un article intitulé « Pour Fillon, Penelope est un bon filon », l’hebdomadaire satirique affirme que l’ancien Premier ministre a employé sa femme comme assistante parlementaire entre 1998 et 2002, puis six mois en 2012. Elle touchait alors un salaire de 3 900 euros brut mensuels, puis de 4 600 euros. Entre 2002 et 2007, elle a aussi été collaboratrice de Marc Joulaud, le suppléant qui a occupé le siège de Fillon lorsqu’il est devenu ministre des Affaires sociales, puis ministre de l’Éducation nationale. Son salaire a alors augmenté, pour atteindre jusqu’à 7 900 euros brut. Le Canard enchaîné a calculé qu’au total « Penny » a perçu environ 500 000 euros brut en huit ans. Sur le papier, rien d’illégal. Les députés disposent en effet d’une enveloppe – 9 561 euros brut actuellement – pour employer des collaborateurs. Et ils peuvent embaucher leurs proches, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un emploi fictif. Or l’hebdomadaire satirique assure n’avoir guère trouvé trace des activités de cette femme sans profession connue et qui s’est toujours présentée comme une mère au foyer. Interrogée, Jeanne Robinson-Behre, ancienne collaboratrice parlementaire de Marc Joulaud, déclare « n’avoir jamais travaillé avec elle » : « Je n’ai pas d’info à ce sujet. Je ne la connaissais que comme femme de ministre. »

Dans son enquête, Le Canard révèle en outre qu’en 2012 et 2013 Mme Fillon a perçu 100 000 euros en tant que « conseillère littéraire » à la Revue des deux mondes, propriété de l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière, un ami de François Fillon. Vingt mois durant, elle touchait alors environ 5 000 euros brut par mois. Interrogé par l’hebdomadaire, le directeur de la revue, Michel Crépu, se dit « sidéré » : « Je n’ai jamais rencontré Penelope Fillon et je ne l’ai jamais vue dans les bureaux de la revue. » Il précise toutefois qu’elle a signé « deux ou peut-être trois notes de lecture ».

Mardi en fin d’après-midi, au moment où Le Canard arrive dans les rédactions, François Fillon ne laisse rien paraître. Il maintient un rendez-vous calé de longue date avec une journaliste du Point à son QG de campagne et prend son temps pour bavarder de tout et de rien, plus de quarante minutes, comme si de rien n’était. « Fillon rit, se laisse photographier, plaisante sur ses efforts pour se tenir droit. Détendu, presque détaché », témoigne-t-elle.

Un proche du candidat raconte à son tour l’avoir croisé « tout sourire et détendu » au QG le matin même. L’ex-Premier ministre, Anne Méaux et Patrick Stefanini savent pourtant depuis quatre jours que le « volatile » s’apprête à publier des informations sensibles. Mais au lieu d’organiser une réunion de crise pour définir une ligne de défense, Fillon affiche une sérénité sans faille. Et prend même le temps de partager une galette des rois avec son équipe de campagne. Comme une prémonition, un filloniste tombe sur la fève… qui se révèle être un chat noir !

Lorsque l’affaire sort, aucun des proches de Fillon n’est prêt à la riposte. Tous ou presque la découvrent en même temps que la presse. C’est notamment le cas du porte-parole, Thierry Solère, qui apprend la mauvaise nouvelle au détour d’un coup de fil avec Jean-Louis Borloo, vers 17 heures… Tous les fillonistes se murent dans le silence, laissant sans réponse les appels incessants des journalistes avides d’explications. En quelques minutes, Solère reçoit près de deux cents SMS… Seul un proche du candidat répond à un texto par un énorme smiley mort de rire, comme s’il ne mesurait pas la portée de l’affaire.

Vers 20 heures, après plus de deux heures de flottement, l’équipe Fillon finit par envoyer un message aux journalistes avec les premiers éléments de langage. « Mme Fillon a été la collaboratrice de François Fillon. C’est fréquent que les conjoints soient [le] collaborateur, à gauche comme à droite. » Il s’agit de minimiser l’ampleur de l’affaire. Et, pour justifier le peu de traces des activités professionnelles de « Penny » auprès de son mari ou à la Revue des deux mondes, son équipe répond : « Penelope Fillon a travaillé dans l’ombre car ce n’est pas son style de se mettre en avant. » L’entourage du candidat assure qu’elle a bien occupé ces postes, qu’il s’agissait de vraies activités et qu’il n’y avait là rien d’« illégal ni d’amoral ». « Elle n’était pas à Paris et faisait un travail en circonscription. Les hommes politiques ont parfois besoin de conseillers intimes qui ne leur cirent pas les pompes », déclare Benoist Apparu. Le porte-parole du candidat admet toutefois que les sommes citées « sont dans la fourchette haute » des rémunérations habituelles pour un assistant parlementaire.

Mais il y a un hic : Penelope Fillon a elle-même revendiqué à plusieurs reprises n’avoir jamais joué de rôle politique auprès de son mari. Après avoir suivi des études de français, d’anglais, d’allemand et de droit, elle aurait pu être avocate, mais n’a jamais exercé. Dans des entretiens à la presse, elle a souvent assumé son rôle de mère au foyer de cinq enfants. En 2007, dans une interview au journal anglais The Telegraph, elle déclarait ainsi avoir repris des études de littérature anglaise. « J’ai réalisé à un moment que mes enfants ne me connaissaient que comme une mère », expliquait-elle, après s’être décrite comme une « paysanne » préférant « s’asseoir au fond à l’arrière et écouter les autres ». Plus accablant encore, dans un reportage réalisé par le quotidien Le Bien public le 21 octobre 2016, elle déclarait : « Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais impliquée dans la vie politique de mon mari. » Elle confiait alors, pour la première fois, souhaiter participer à la campagne de son époux…

Extrait de François Fillon, les coulisses d'une défaite, de Mathieu Goar et Alexandre Lemarié aux Editions de l'Archipel

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