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La déroute des marchés emportés 
par la psychose de la peur
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EDITORIAL

La déroute des marchés emportés par la psychose de la peur

La dette terrifie les marchés mais aussi et surtout les citoyens qui prennent conscience que les États peuvent faire faillite.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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C’est le retour de la grande peur en Occident. En quelques semaines, le climat a changé avec la prise de conscience d’un nouveau danger prêt à s’abattre sur les citoyens, avec un mot du langage courant qui a pris soudain une allure maléfique à la une des journaux, la dette. On n’y attachait pas trop d’importance avant la crise, on  s’était habitué à vivre avec elle depuis des décennies, bien qu’elle augmentât régulièrement. Mais on ne se préoccupait pas de son financement, car l’État était là, garant en dernier ressort.

Et puis la crise de 2008 a changé brusquement le cours de l’histoire. Pour faire face à la paralysie du crédit, à la suite de la faillite de la banque Lehman Brothers, les gouvernements ont recouru massivement à la planche à billets, pour aider les banques et les entreprises à franchir la mauvaise passe.

La hausse brutale de l’endettement a eu une conséquence imprévue, mais redoutable : elle a fait disparaître un vieux tabou selon lequel les États ne pouvaient faire faillite. Le rempart absolu derrière lequel pouvait se reposer l’opinion publique s’est effondré, amenant pour la première fois les citoyens à prendre conscience qu’ils pouvaient être appelés à venir en aide à une puissance publique incapable de faire face aux difficultés de l’heure.

Le débat lamentable que vient de connaître l’Amérique sur le relèvement du plafond de la dette n’a fait qu’aviver les inquiétudes au sein de la population des Etats-Unis. Quant à l’Europe, elle évolue sans direction précise, paralysée par les égoïsmes nationaux et l’évolution divergente de ses membres. Pas étonnant dans ces conditions que le moral du public soit en berne, d’autant que les gouvernements annoncent des mesures d’austérité qui ne peuvent qu’inciter au repli sur soi. C’est la stratégie de la peur qui l’emporte aujourd’hui. Le monde est seulement engagé dans un ralentissement des perspectives de croissance, mais l’on agit déjà comme s’il était entré en récession. Alors on jette par dessus bord tout ce qui est négociable, en particulier les actions, pour se précipiter sur les actifs considérés comme les plus solides : l’or au premier chef, les devises telles que le franc suisse et le yen, les terres agricoles. Mais, en même temps, les banques répugnent de plus en plus à se prêter entre elles par crainte du retour de la situation de 2008, obligeant les banques centrales à intervenir et à supporter seules le fardeau, face à la carence des politiques.

Et pourtant la croissance est toujours là : elle devrait atteindre au moins 3% dans le monde l’an prochain. Les fusions acquisitions ne connaissent pas de trêve, signe que pour les plus audacieux l’effondrement des cours de Bourse offre des opportunités car ils gardent confiance dans l’avenir, d’autant que  les pays asiatiques devraient jouent un rôle d’amortisseur. L’Occident a besoin avant tout d’un gourou pour remplacer les lunettes noires de la déprime  par des roses, tant la psychologie gouverne la crise présente.

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