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Manuel Valls a soigneusement choisi les comparses et les figurants qui ont posé pour la photo de l'annonce de sa candidature. L'image est harmonieusement colorée.
Manuel Valls a soigneusement choisi les comparses et les figurants qui ont posé pour la photo de l'annonce de sa candidature. L'image est harmonieusement colorée.
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

La mémoire qui flanche

Manuel Valls se souvient-il de sa phrase "Tu me mets quelques Blancs, quelques whites, quelques blancos" ?

Sans doute que non. C'était il y a sept ans. Et sept ans, c'était il y a longtemps…

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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En 2009, la campagne pour la primaire socialiste battait son plein (déjà !). Alors qu'il visitait une brocante sous l'œil des caméras, le maire d'Évry s'avisa que l'assistance était très, très colorée. Bigarrée, multicolore. Mais une couleur manquait à l'appel. Et Manuel Valls lança à l'un de ses collaborateurs : "Belle image d'Évry ! Tu me mets quelques Blancs, quelques whites, quelque blancos !". La phrase fit hurler dans son propre camp : un homme qui n'aimait pas la diversité ne pouvait en aucune manière – n'est-ce pas ? – être de gauche !

Depuis, Manuel Valls a appris deux ou trois choses. Et surtout à bien connaître les siens dont il brigue – nouvelle primaire – les suffrages. Il n'allait donc pas recommencer son erreur de 2009. Ainsi, il a soigneusement choisi les comparses et les figurants qui ont posé pour la photo de l'annonce de sa candidature. L'image est harmonieusement colorée, et quand on la regarde, nul doute que Manuel Valls a dit à l'un de ses collaborateurs : "Tu me mets quelques blacks et quelques rebeus !". Car le peuple de gauche aime ça : une France mélangée, métissée ; pas une France blanche, bonne pour Nadine Morano, Marine Le Pen ou François Fillon.

Le discours de Valls était d'ailleurs tout imprégné de ces couleurs. Il a parlé de la ville d'Évry telle qu'on la voyait sur la photo : ville "jeune", "populaire", "diversifiée". Il a évoqué une France fraternelle refusant qu'on "stigmatise les musulmans". Un parfum voisin de "l'identité heureuse" qui fut fatale à Alain Juppé. Mais à gauche, on aime bien "l'identité heureuse". Et pour l'ancien Premier ministre, il s'agit de gagner la primaire où cette identité est une carte maîtresse. Pas de gagner l'élection présidentielle où les mêmes mots sont synonymes de débâcle et de défaite.

On peut comprendre les petites motivations électoralistes de M. Valls. Mais ses calculs ajoutent au discrédit de la parole politique. À gauche, il y avait un homme qui disait "voyous" au lieu de "jeunes" : c''était lui. À gauche, il y avait un homme qui dénonçait la violence inacceptable dans les banlieues : c'était lui. À gauche, il y avait un homme qui disait se dresser contre le salafisme et l'islamisme : c'était lui. À gauche, il y avait un homme qui se portait garant de la laïcité et faisait fermer les moquées fondamentalistes : c'était lui.

De ces discours, Manuel Valls a fait aujourd'hui table rase. Tout comme il ne doit pas vouloir se souvenir de ce qu'il avait dit en 2009. Tout ça pour avoir la peau de Montebourg, Hamon, Filoche, etc. C'est, nous dira-t-on, la politique. Eh bien, si la politique c'est ça, elle est bien médiocre. 

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