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Manger bio ou protéger l'environnement : cette étude qui montre qu'il va falloir choisir
©MYCHELE DANIAU / AFP

Consommation

Manger bio ou protéger l'environnement : cette étude qui montre qu'il va falloir choisir

Une étude publiée dans "Nature Communications" revient sur les émissions de gaz à effet de serre de la culture biologique et sur les potentiels effets néfastes de l'agriculture biologique sur le réchauffement climatique.

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein est rédacteur pour la revue Agriculture et Environnement. Il est l'auteur du livre "Panique dans l’assiette, ils se nourrissent de nos peurs". 

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Atlantico.fr : Une étude publiée dans Nature Communications met l'accent sur les niveaux importants d'émission de gaz à effet de serre de la culture biologique en Angleterre et au Pays de Galle. Quels sont les arguments développés par les auteurs ? En quoi remet-elle en question l'intérêt du modèle biologique dans le cadre d'une lutte contre le changement climatique ?

Gil Rivière-Wekstein : Cette étude, réalisée par des chercheurs de l'université de Cranfield (Grande-Bretagne) est certes nouvelle, mais les conclusions auxquelles sont parvenus les auteurs n'ont rien de surprenant. Elles confirment simplement ce qui a déjà été mis en avant dans diverses études, à savoir qu’en raison du manque de productivité de l'agriculture biologique, les effets sur l'environnement sont bien plus contrastés qu’on ne pourrait le croire. C’est le cas concernant les gaz à effet de serre, comme le démontrent ces travaux, mais aussi pour ce qui est de la biodiversité, par exemple.

Cependant, il serait erroné de généraliser ces conclusions, car l'agriculture ne se réduit pas à deux modèles : le conventionnel contre l’agriculture biologique. La réalité est plus complexe, avec des pratiques agricoles très variées tant en conventionnel qu’en bio. Cela étant dit, il est vrai qu’on observe en général une baisse de rendement d’environ 40% en moyenne entre ces deux types de modèle. Cela implique que lorsqu’on prend comme unité de mesure la quantité produite, il va de soi qu’avec un rendement inférieur, on a besoin de davantage de surface pour produire la même quantité. D’où la nécessité de transformer des prairies en surfaces agricoles, ou alors - dans le cas où on manque de prairies –, en important les denrées alimentaires de l'étranger. Dans les deux cas, il y a automatiquement une augmentation des gaz à effet de serre. En effet, lorsque des prairies sont converties en cultures, on libère le carbone qui y était séquestré. Et pour les importations, ce sont soit des prairies soit des zones forestières qui sont exploitées, libérant donc du carbone, auquel viennent ensuite s’ajouter les gaz à effet de serre dus au transport. 

Enfin, n’oublions pas que l'agriculture biologique se prive de tous les produits de synthèse. Y compris des engrais de synthèse. En AB, seuls sont autorisés les engrais organiques, qui viennent des élevages. Une augmentation considérable des surfaces cultivées en AB implique donc une augmentation dans les mêmes proportions du nombre d'élevages afin d’obtenir ce type d’engrais. C’est l'un des grands paradoxes de l’AB ! Car plus d'élevages impliquent également davantage de gaz à effet de serre.

Qu'en est-il de l'impact de l'élevage biologique sur les émissions de gaz à effet de serre ?

On retrouve le même dilemme que pour le reste de l’agriculture biologique, à savoir un faible rendement par unité de production. Or, une vache émet approximativement la même grandeur de gaz à effet de serre (principalement du méthane), quel que soit le mode de production. Ce qui implique que pour un litre de lait produit, il y a davantage de gaz à effet de serre produit par une vache en agriculture bio qu’en conventionnel. À cela s'ajoute la question de l’alimentation. Encore une fois, une vache biologique ayant besoin de céréales cultivées en mode biologique, elle nécessitera davantage de surface pour être nourrie. 

Bref, le manque de productivité intrinsèquement lié à l'agriculture biologique entraîne des effets négatifs, tant sur les grandes cultures que sur l'élevage. Certes, là aussi, il faut préciser de quel type d’élevage il s’agit, car si en France l'agriculture biologique s'interdit, ou limite, la nourriture pour l'élevage provenant d’une distance éloignée, tel n'est pas le cas dans des pays comme le Danemark, par exemple, qui n'a pas la capacité de produire suffisamment de céréales pour ses élevages. Ainsi, le porc AB danois est en grande partie nourri avec des céréales provenant d'Amérique latine, ce qui n’est pas le cas pour le porc AB produit en France. Les conséquences sur le climat pour l'élevage danois AB sont donc beaucoup plus importantes que pour l'élevage français.

Comment se fait-il que personne ne parle d'avantage des effets néfastes de l'agriculture biologique sur le réchauffement climatique ?

Aujourd’hui, il n’est pas politiquement correct de formuler la moindre critique sur l'agriculture biologique. Comme si ce type de modèle était le seul porteur d’avenir... Bien entendu, on est davantage dans la croyance que dans la connaissance, ce qui rend tout propos critique difficile à être accepté. On vous écoute, certes, mais on ne vous entend pas. 

J’ajouterai pour conclure que l’AB fait face à un autre problème important, que soulignent d’ailleurs les auteurs de l’étude britannique. En effet, pour que l'agriculture biologique perdure, il faut qu’elle devienne plus productive. Ce qui passe nécessairement par l'innovation, qui comprend notamment la sélection variétale. C’est ainsi que l’agriculture a progressé depuis un siècle. À titre d'exemple, dans les années 1920-1930, le rendement du blé était autour de 15 quintaux/hectare. Or, aujourd'hui, en France, on est en moyenne autour de 70 quintaux/hectare, grâce principalement aux progrès génétiques, apportés par les semenciers du monde entier. Et cela va continuer avec les nouveaux instruments de sélections variétales, qui permettent de travailler de façon encore plus précise et plus rapide. Sauf que les partisans de l’agriculture biologique « pure » veulent interdire l’accès à ces techniques, au motif qu’elles ne seraient pas « naturelles ». Si cette philosophe réactionnaire du « tout naturel » est adoptée par l’AB, les impasses techniques ne permettront pas de généraliser ce mode de production, qui restera alors très marginal. 

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