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Mladic, victime collatérale 
de la crise financière ?
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Criminel de guerre

Mladic, victime collatérale de la crise financière ?

L'arrestation de Ratko Mladic soulève de nombreuses questions. Est-il l'instigateur du massacre de Srebrenica ? La Serbie l'a t-elle livré en raison de la crise économique qu'elle aimerait juguler en intérgrant l'UE ? Entretien avec un romancier bien informé...

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers, est un journaliste, écrivain et éditeur français. Il est diplômé de l'IEP Paris et de l'ESJ Paris. Il a été reporter à Rivarol, Paris-Presse, France-Dimanche. Il est célèbre dans le monde entier pour ses romans d'espionnage S.A.S, traduits en plusieurs langues. Son dernier ouvrage, récemment paru, s'intitule Le chemin de Damas[1].


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Atlantico : Vous avez suivi et écrit sur la traque des criminels de guerre en ex-Yougoslavie. Carla del Ponte, procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), aurait même reconnu que les meilleurs renseignements qu'elle ait obtenus venait de la lecture d'un SAS... Comment avez-vous été si bien informé ?

Gérard de Villiers : J'avais eu beaucoup d'informations par le général Rondot qui a traqué Radovan Karadzic pendant un long moment. Mladic n'a jamais quitté la Serbie. Vers 1999, Mladic était à Belgrade, on savait même dans quel café il allait. Il est resté protégé par les militaires pendant très très longtemps. Vraisemblablement, pour des raisons qu'on ignore, les militaires l'ont un peu laissé tomber. Ou bien lui a décidé d'aller ailleurs de son propre chef. Il est allé vivre pas très loin de Belgrade, d'ailleurs. Il est bien évident que les services serbes savaient où il était. A ne fait pas l'ombre d'un doute. Cela signifie que la Serbie a décidé de rentrer dans l'Europe. Tadic [président de la Serbie depuis 2004, NDLR] n'a plus peur maintenant de l'opposition nationaliste. Karadjic est à La Haye. La seule raison pour laquelle Tadic n'a pas bougé, c'est qu'il avait peur de se faire tuer. C'était une menace tout à fait réelle.


A quel moment situez-vous ce changement d'attitude ?

Avec l'arrestation de Radovan Karadzic en 2008, les nationalistes ont perdu leurs leaders, ils sont donc beaucoup moins virulents. La Serbie traverse également une crise économique épouvantable. Tadic a donc décidé de donner un gage à l'Union européenne. Il savait bien qu'il ne pourrait pas intégrer l'UE tant que Mladic n'était pas arrêté.


Y-a-t-il eu complicité de la part des services occidentaux ?

Je connais ce côté là car Philippe Rondot s'en est beaucoup occupé. Quand ils étaient en Serbie, la seule chose qu'ils pouvaient faire était de se fier à leurs homologues serbes. Eux n'avaient pas les moyens de mener une enquête, d'avoir des sources, etc. Ce qui fait que quand les Serbes voulaient qu'on arrête quelqu'un, ils les menaient directement aux services occidentaux... Sinon , il n'y avait rien à faire.

Reste-t-il des criminels à traquer en ex-Yougoslavie ?

Ante Gotovina, l'ancien patron des services secrets croates, a été arrêté en Croatie... Karadjic et Mladic sont arrêtés. Toute une génération est partie. Je pense que la Serbie a vraiment tourné la page. Pendant longtemps, le dogme était la réunification ou l'unification avec la Bosnie serbe. Ils ont fait une croix dessus. Et les Serbes bosniaques se retrouvent "orphelins" : ils sont les plus dangereux. Mais ils ne peuvent rien faire.

Mladic est-il une victime colatérale de la crise ?

En quelque sorte. Le président Tadic était pris à la gorge par la crise économique avec un taux de chômage effrayant. Mladic est un peu le dindon de la farce. D'ailleurs, Mladic a toujours obéi à Milosevic qui représentait l'Armée serbe. A la différence de Karadjic, qui était un Bosniaque serbe et qui avait donc ses propres idées, Mladic était un général de l'armée serbe. Il a obéi à l'État major serbe. Le procès démontrera sans doute que Srebrenica n'était pas une initiative de sa part.

Si on aborde la question de responsabilité, on pourrait aussi parler du contingent de Casques bleus hollandais qui n'a rien fait. J'ai un ami qui y était : ils ont été au-dessous de tout. Et ca n'a pas été anodin car si les soldats de l'Onu s'étaient opposés à Srebrenica, les Serbes n'auraient pas engagé de combat contre des Casques bleus...

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