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Mais pourquoi l’Etat vient-il de brader 5% du capital de Renault ?
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Bijoux de famille ?

Mais pourquoi l’Etat vient-il de brader 5% du capital de Renault ?

L'Etat vient de céder près de 5% du capital de Renault et engrange ainsi une plus-value fort modeste : + 55 millions d'euros. Pâle succès en ces temps d'euphorie boursière confirmée.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Après être monté à près de 20% du capital lorsque Emmanuel Macron était ministre de l'Economie, l'Etat revient à 15,01%, donc à parité actionnariale avec Nissan ( à 0,1% près ) ce qui contribuera à pacifier les rapports avec le constructeur nippon, clef de voûte de " L'Alliance ".

Cette opération s'inscrit dans un programme de cessions de participations d'environ 10 milliards qui a démarré début septembre par la vente de 4,5% de Engie ( Ex-Suez Gaz de France ). Elle devrait se poursuivre par des cessions de titres concernant potentiellement Orange, ADP ( Aéroports de Paris ), FDJ ( Française des Jeux ).

Cet ensemble de ventes pour 10 milliards correspond arithmétiquement au coût de la trop fameuse invalidation constitutionnelle de la taxe sur les dividendes. Autant dire, même si ces deux points ne sont pas juridiquement liés, que l'Etat procède à des ventes contraintes plutôt qu'à des cessions stratégiquement élaborées.

La version officielle consistant à dire que le produit des cessions ira alimenter un nouveau Fonds pour l'Innovation au mépris de la règle impérative de non-affectation budgétaire. En effet, les cessions alimenteront d'abord le budget général de l'Etat puis iront – en destination finale – là où le Législateur le souhaitera via le PLF 2018 et le PLFR de novembre.

La vente des 4,73% des titres de Renault a revêtu la forme d'un placement auprès d'investisseurs institutionnels. Il faut souligner que Renault a procédé au rachat de 10% des titres vendus ( soit 1,4 million ) en vue de ses offres à des salariés et anciens salariés.

Intéressons-nous à la répartition du capital de l'ancienne emblématique Régie :

Etat : 15,01%   Nissan : 15%  Deutsche Bank : 4,41%  Daimler : 3,1 %  Salariés : 2,5% Autocontrôle : 0,86%. Dès lors que 90% de 4,73% est détenu par des institutionnels, on en déduit que la part du public qui était de 58,5% à la fin de 2016 est désormais de 54,86%.

En moyenne, les actions des sociétés du CAC 40 sont détenues à hauteur de 44,2% par des étrangers qui sont moins présents qu'auparavant.

Selon l'étude citée en lien de la Banque de France, on constate que « moins de 30 % des sociétés françaises du CAC 40 sont détenues à plus de 50 % par des non-résidents, soit 10 sur 35 », selon Christophe Guette-Khiter.

Si l'on retient l'hypothèse que Renault a près de 45% du capital placé auprès du public non-résident sur un total de 54,86%, cela revient à dire que Renault n'est plus une entreprise française mais un groupe industriel issu de France.

Avec 25% d'opérateurs étrangers ( dont Nissan bien entendu ) et 25% ( au minimum ) de public non-résident.

Cela traduit l'internationalisation de ce groupe assez florissant selon l'analyse de Moody's et d'aucuns s'en réjouiront. D'autres se diront que " les centres de décision " de ce géant de l'automobile  ( 52 milliards d'euros de CA ) sont désormais plus loin de Billancourt qu'il n'y parait.

Un point important à l'heure où les synergies entre Renault, Nissan et Mitsubishi ne cessent de s'accroître.

Dans ce contexte, on conçoit mieux le manque d'intérêt de Renault pour son sous-traitant GM&S dans la Creuse.

Seules des personnalités comme Antoine Riboud ( " L'entreprise citoyenne " ) ou Henri Lachmann ( ex Schneider Electric ) ont toujours voulu raisonner, autant que faire se peut, en analyses de filières et non en simple géant qui table sur l'éternelle substituabilité de ses fournisseurs, supposée infinie.

Ce qui est troublant, pour ne pas dire plus, c'est que des consultants internationaux reconnus comme Roland Berger ou des membres du Boston Consulting Group ont émis plusieurs documents établissant que des liens de confiance au sein d'une filière sont des boosters de marge nette. 

Terme qu'affectionne le président Ghosn. 

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