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Mais au fait, que nous a appris le Coronavirus sur notre rapport au travail ?
©BARBARA GINDL / APA / AFP

1er mai

Mais au fait, que nous a appris le Coronavirus sur notre rapport au travail ?

Face à un confinement prolongé, de nombreux Français ont désormais changé leur point de vue sur leur travail. Et si le coronavirus nous aidait à changer profondément notre rapport au travail ?

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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 Atlantico: Qu'est-ce que ce confinement a fait comprendre - profondément et dans leur for intérieur - aux personnes vis-à-vis de leur travail et de ce que représentait le travail dans leur vie et quotidien ? Entre ceux qui ne vivaient que pour leur travail et ne peuvent plus assouvir ce besoin/cette passion, ceux qui se sont aperçus qu'ils étaient heureux dans un autre système etc... ?    

Il est encore un peu tôt pour affirmer que certains changements de perceptions ou d’attitudes seront définitifs. Il semblerait que les ¾ des salariés ayant travaillé en home-office déclare vouloir continuer à le faire, quelques demi-journées par semaine. Bien des habitudes vont s’en trouver modifiées : des réunions plus courtes centrées sur l’essentiel, la disparition des horaires imposés et du micro-management. Une question que je me pose : comment retourner sur un open-space avec des bureaux contigus, trop rapprochés pour respecter la distanciation sociale, alors que j’ai appris à travailler confortablement chez moi ?

Pour répondre à votre question, la transformation la plus profonde sera bien celle de la perception du travail et de son sens : mon travail, par la liberté qu’il me donne de vivre bien, de façon autonome et de poser mes choix est essentiel. Il n’est une aliénation que dans ces excès : certains s’abrutissent de travail par ambition parfois, pour fuir l’inconsistance d’une vie intime un peu trop vide, par peur… D’autres vivent la nécessité de travailler pour vivre libre comme un asservissement (en France surtout), ce qui est une croyance inepte.

Une seule chose me semble certaine : notre futur s’inventera heureux et humain, au-delà de la pandémie et de la récession économique, à la mesure de notre clairvoyance, de notre courage et de notre travail. Concrètement. Chaque jour.

Plutôt que l’assistanat et la dépendance, notre monde ne pourra se recréer positivement qu’à base de ténacité, d’invention et de travail solidaire, salarié ou pas.

La crise du coronavirus a mis en lumière la précarité des emplois de chacun avec un taux de chômage partiel et de chômage technique record. Que nous apprend cette crise sur notre rapport au travail ? 

Xavier Camby: Chaque crise peut constituer, malgré ses risques, ses dangers et ses drames, d’étonnantes opportunités ! Notamment de changements, alors que nous nous embarquions, sans le voir ni le savoir, dans des impasses. Elles agissent le plus souvent comme des révélateurs. Onéreux mais précieux.
Celle de 2008, financière, déjà l’avait fait pressentir. La crise climatique – qui s’affirme chaque jour un peu plus – le confirme sans équivoque. Mais c’est la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui qui le démontre brutalement et sans plus aucune équivoque : nous nous sommes créé un monde très complexe, constitué d’interdépendances drastiques. Mais sommes-nous assez solidaires ?
Un exemple parmi d’autres, qui serait presque risible s’il n’était en fait pitoyable : lorsque Donald Trump voulu interdire les exportations de masques sanitaires médicaux KN95 à destination du Canada, le premier ministre Justin Trudeau lui rappela – avec délicatesse – que la pâte à papier nécessaire à la fabrication de ces masques était exclusivement importée de Colombie Britannique…
Nos hyper-spécialisations économiques globalisées, une mondialisation effrénée pleine de sophistications, qui nous semblent légitimes, bellement rationnelles et financièrement rentables, ne nous protègent pourtant pas de la plus rustique et inhumaine des attitudes : l’in-solidarité.

C’est là que je rejoins notre propos : nos organisations, nos entreprises ont aussi développées, de façon bêtement systémique, cette interdépendance non-solidaire. Au lieu d’être des communautés solidaires d’expertises complémentaires en vue de créer un bien commun à partager, elles sont devenues les arènes idiotes d’intérêts individuels divergents et antagonistes. D’où une pandémie (émotionnelle, celle-ci) de conflits ruineux et de divisions contreproductives. Ce que révèle être aujourd’hui, face à cette pandémie, à l’heure de la collaboration distante et numériquement difficile, très gravement irresponsable. Travailler seul depuis chez soi, y expérimenter concrètement l’indispensable collaboration (et donc l’interdépendance collective) sont 2 bénéfices collatéraux de cette grave crise.


Quels effets aura cette crise sur les personnes mises au chômage ? De nombreuses personnes acceptent notamment de changer complètement de métier pour survivre...

Je crois sincèrement que nous sommes tous vitalement concernés par cette crise sanitaire et bientôt économique majeure. Pas seulement celles et ceux qui perdent leur travail, provisoirement ou pas. Et ce ne sont pas les éventuels changements de métiers qui seront les plus durables et significatifs. J’espère sincèrement et de tout mon cœur que l’effet principal de cette crise mondiale constituera un profond et radical changement de paradigme en France. En effet, dans ce beau pays, une croyance toxique est devenue dominante : la liberté commencerait quand s’arrête le travail. Les soirées, les fins de semaines et la retraites sont donc les Nirvana à conquérir ! L’immense majorité des autres pays développés ont été préservé de cette contagieuse idiotie : c’est précisément mon travail, ma contribution collective et la richesse qu’elle crée qui me donne ma vraie liberté, m’en donne et les moyens et l’occasion. Nous ne pouvons assurer notre vie sans créer une richesse collective. A défaut nous ne sommes que des parasites…

Comment les employeurs peuvent-ils limiter la casse ?  Alors que l'épidémie se poursuit, les employeurs vont-ils devoir au contraire licencier encore plus? 

Je ne suis ni optimisme ni pessimiste, car ce sont des postures d’observateurs. La pandémie cependant, je le redoute, nous réserve bien d’autres sinistres surprises. C’est donc le temps de l’action efficace et courageuse, où les vrais entrepreneurs pourront – je l’espère –travailler à créer un monde plus simple et plus harmonieux, dans lesquelles nos communautés hyper-interdépendantes pourront recréer des solidarités réelles. Un nouvel exemple ? Depuis des millénaires, nos humaines solidarités s’exprimaient en famille : nous prenions soin de nos vieux, qui s’occupaient, de façon non marginale, de nos enfants. Notre monde isole les 1ers dans des mouroirs sordides et enferment les seconds dans des classes et des pseudos-formations étouffantes. Relier à nouveau nos ainés et nos enfants constituerait un gain inestimable, en terme d’humanité autant que d’intérêt financier.

La crise économique profonde qui nous attend suivant de près le CoVid19, avec ses licenciements inévitables, sera aggravée par l’insoutenable endettement global, dont la France est hélas l’incontestable champion mondial. Irresponsabilité cumulative des dirigeants de ce pays, lâcheté politique autant qu’inepties idéologiques ont conduit ce merveilleux pays au bord du gouffre. Alors oui, chômage, disparité de traitement, pauvreté et insalubrité risquent d’y exploser. Non pas par le fait de la pandémie, mais parce qu’elle va révéler et actualiser des fragilités devenues systémiques. Une seule chose semble certaine : notre futur s’inventera, au-delà de la pandémie et de la récession économique, à mesure de notre clairvoyance, de notre courage et de notre travail. Concrètement. Chaque jour. Plutôt que l’assistant et la dépendance, notre monde se recréera positivement qu’à base de ténacité, d’invention et de travail, salarié ou pas.

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