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Mais à quoi ressemblera le monde (et l’Europe) avec 1 milliard de personnes en plus d’ici à 2030 et 2.2 milliards en 2050 ?
©Reuters

Perspectives

Mais à quoi ressemblera le monde (et l’Europe) avec 1 milliard de personnes en plus d’ici à 2030 et 2.2 milliards en 2050 ?

L'ONU a fait des projections sur la population mondiale, et les résultats sont impressionants. Mais la vrai question est : comment absorber cette évolution radicale et éviter des conséquences désastreuses ?

Atlantico : Selon les projections faites par l'ONU, la population mondiale pourrait croître de 1 milliard d’individus au cours des 13 prochaines années et de 2.2 milliards de personnes d'ici à 2050. Toujours selon ces projections, d'ici à 2050, la moitié de cette croissance de la population mondiale devrait se produire au sein de 9 pays seulement; Inde, Nigéria, RD du Congo, Pakistan, Ethiopie, Tanzanie, Etats Unis, Ouganda, et Indonésie. Que révèlent ces modifications démographiques ? Quels sont les principaux enjeux "mondiaux" qui peuvent découler des ces évolutions ?

Laurent Chalard : La croissance démographique de la planète va se poursuivre d’ici 2050, mais elle sera de plus en plus concentrée dans quelques Etats, essentiellement d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud. Cela sous-entend que les équilibres démographiques mondiaux vont continuer de se modifier sensiblement dans les prochaines décennies, avec un poids de plus en plus important de ces deux régions du monde. A contrario, dans le reste de la planète, en particulier en Amérique latine et en Asie orientale, l’augmentation de la population devrait se ralentir sensiblement, alors qu’en Europe, le dépeuplement menace. 
Le principal enjeu, qui relève de l’évidence, est que ce sont les pays parmi les plus pauvres de la planète qui vont connaître la plus forte croissance de leur population, dont certains dépourvus de ressources naturelles importantes. En conséquence, les questions de l’approvisionnement en eau et en nourriture risquent malheureusement de demeurer sur le devant de la scène dans les prochaines décennies. 
En effet, si l’Afrique subsaharienne, à l’exception du Sahel, semble potentiellement en mesure d’accueillir une large part de la population supplémentaire projetée, étant donné sa relative faible densité de population héritée et la présence de sols fertiles, cela ne peut se faire que sous réserve de fortes progressions de la productivité agricole. Dans le cas contraire, la dépendance alimentaire de ces pays vis-à-vis du reste du monde sera de plus en plus forte, les fragilisant géopolitiquement, avec des risques de disette en cas de conflits internes importants (comme c’est actuellement le cas en Somalie). 
Pour l’Asie du Sud, le futur s’annonce plus compliqué car les densités de population sont déjà très élevées, il n’existe quasiment plus de terres agricoles disponibles et les perspectives de gains de productivité agricole apparaissent moindres que par le passé, ces pays ayant déjà accompli leur « révolution verte ». La misère risque de demeurer le lot de la majorité de la population de cette région du monde au milieu du XXI° siècle.

L'Europe, pour sa part, devra faire face à deux enjeux majeurs au cours des prochaines décennies; entre question migratoire et vieillissement des populations ? Dans quelle mesure les pouvoirs publics anticipent ils, ou non, ces enjeux ?  Quels sont les risques auquel le continent devra faire face ?

L’Europe se distingue du reste de la planète par un déclin démographique annoncé sans immigration de masse provenant d’autres continents, étant donné l’héritage et le maintien projeté d’une faible fécondité (1,6 enfant par femme), très largement inférieure au seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme). Il s’ensuit que son vieillissement de la population sera plus accentué qu’ailleurs, étant donné son déficit de jeunes, conduisant à un phénomène de vieillissement par le bas de la pyramide des âges, en plus de celui par le haut, qui est inéluctable et doit être considéré comme une bonne nouvelle (nous vivons plus longtemps !). Parallèlement, alors que la population née en Europe a vocation à se réduire, du fait du maintien d’inégalités considérables de développement entre l’Europe et les continents voisins, l’immigration est appelée à se poursuivre de manière importante, contribuant à une diversification du peuplement européen, source potentielle de tensions entre anciens habitants et nouveaux arrivants.
Face à un problème qui remonte aux années 1970 pour les pays d’Europe occidentale (et aux années 1990, pour les pays d’Europe orientale), les pouvoirs publics européens n’ont jamais réellement pris la mesure de son ampleur car la démographie a des effets à long terme, à plusieurs décennies, ne correspondant donc pas au temps du politique. En conséquence, les dirigeants politiques européens ont laissé la dénatalité perdurer pendant des décennies sans réellement mener une politique efficace permettant une remontée sensible de la fécondité, les « mesurettes », que sont, par exemple, les congés maternité et paternité, n’étant pas à la hauteur de l’enjeu, qui relève plus d’une question d’ordre socioculturel (le désir d’avoir des enfants) que d’une question d’ordre économique (rendre moins cher le coût d’un enfant). En conséquence, nos dirigeants ont fini par abdiquer, considérant que faire remonter la fécondité au niveau du seuil de remplacement des générations relevait d’une mission impossible, le modèle dominant de l’individualisme forcené, propre à la société de consommation, ne pouvant être remis en cause. Ils ont donc opté, au fur-et-à-mesure du temps, pour une solution, apparaissant plus facile à mettre en œuvre, qui est le recours à une immigration de masse, permettant de combler le vide laissé par les générations qui ne sont pas nées.
Si cette prise de décision suit une logique économique implacable, il n’en demeure pas moins que nos dirigeants politiques ont très largement sous-estimé l’impact de la modification du peuplement du continent sur le fonctionnement des sociétés européennes. En effet, ils ont pensé un peu naïvement, du fait d’une méconnaissance de l’histoire démographique de la planète, que les nouveaux arrivants se fondraient assez facilement dans les populations locales, devenant des européens comme les autres, sans créer de tensions particulières. Or, ce fut une erreur monumentale car une part non négligeable des nouveaux arrivants sont originaires d’une aire civilisationnelle, l’aire arabo-musulmane, au rapport historiquement conflictuel avec la civilisation européenne, que l’on ne peut nier.  

Ces prévisions sont elles crédibles ? Quelles sont les sources d'incertitude découlant de telles projections, et quelles sont les zones concernées par celles ci ? 

Par définition, les statistiques démographiques à l’échelle de la planète ne peuvent être considérées comme totalement fiables, d’où des incertitudes sur les projections. En effet, les Etats qui disposent de systèmes statistiques fiables sont minoritaires sur la planète et, même parmi eux, les données sont loin d’être parfaites. Il ne suffit que de penser à la France avec son recensement rénové à la qualité douteuse. Or, les projections démographiques sont largement dépendantes de la qualité des données statistiques au moment de la projection. Si les données rétrospectives disponibles sont erronées, les projections le seront d’autant plus. Par exemple, si la population d’un pays a été surestimée pour des raisons politiques lors du dernier recensement disponible, cela sous-entend que le niveau de départ et le taux de croissance projeté du pays sont totalement biaisés, conduisant à une projection démographique qui pourrait s’avérer très supérieure à la réalité du terrain. Cela s’est déjà vu à de nombreuses reprises par le passé. 
Les pays concernés sont essentiellement des pays d’Afrique subsaharienne au caractère pluriethnique affirmé, le recensement servant de base à la répartition du pouvoir entre les différentes ethnies. L’exemple-type est le Nigeria, pays le plus peuplé de cette région du monde, où les données des différents recensements sont considérées comme totalement erronées, reposant uniquement sur des critères d’équilibre politique entre le nord (peu peuplé) et le sud du pays (densément peuplé). En conséquence, la majorité des spécialistes considère que la population du Nigeria est surestimée, plus ou moins fortement (de dix à plusieurs dizaines de millions d’habitants !). Il s’ensuit que la projection démographique pour ce pays (et donc pour l’ensemble du continent africain) à l’horizon 2050 pourrait s’avérer supérieure de 100 millions de personnes à ce que serait réellement le niveau de sa population cette année-là ! 
Il existe aussi des incertitudes dans d’autres pays du monde au caractère autoritaire, comme la Chine, où un expert enseignant aux Etats-Unis, Yi Fuxian, affirme que la population serait surestimée depuis plusieurs dizaines d’années, soit en 2017 d’environ 90 millions de personnes, l’objectif étant de laisser penser au reste du monde que la Chine reste plus peuplée que l’Inde pour des raisons d’ordre géopolitique, mais aussi, tout simplement, de fierté nationale. 
On voit donc bien que dès que la démographie est un enjeu politique, la fiabilité des données en pâtit grandement ! Les projections de population de l’ONU sont à manier avec précaution.

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