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Mademoiselle ? Non, Madame !
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Sexisme pour demoiselles

Mademoiselle ? Non, Madame !

Les collectifs et associations féministes, en tête desquels se trouvent "Les chiennes de garde" et "Osez le féminisme", dénoncent le (non) choix du terme "mademoiselle" lors de formalités administratives. Est-il sexiste de devoir préciser son statut matrimonial ?

Julie Muret

Julie Muret

Julie Muret est cofondatrice du réseau Osez le féminisme en juin 2009, et de plusieurs blogs d'expression féministe.

 

 

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Atlantico : « Osez le féminisme » réclame le retrait de la distinction « mademoiselle » dans les formulaires administratifs. En quoi cette distinction vous choque-t-elle ?

Julie Muret : Il n’y a aucune raison qu’il y ait deux civilités pour les femmes alors qu’il n’y en a qu’une seule pour les hommes. Les femmes ont deux catégories qui reposent sur le statut marital, sur l’âge et éventuellement sur l’apparence. Toutes renvoient à la vie privée, c’est quand même une dénomination assez intrusive.

Les femmes sont obligées de dévoiler leur vie privée quand elle remplisse un formulaire. Je pense que c’est tout à fait discriminatoire. Cela n’a d’ailleurs aucun caractère légal, toutes les femmes ont le droit de se faire appeler « madame » quel que soit leur âge ou leur statut marital.

 

Est-ce vraiment une priorité pour le combat féministe ? N’y a-t-il pas d’autres choses plus urgentes ? 

Cette campagne nous la préparons depuis plusieurs mois maintenant. Cela ne nous empêche pas d’intervenir sur beaucoup d’autres sujets. On soutient actuellement une pétition pour l’égalité salariale, nous avions mené une campagne contre le viol à l’occasion de la journée internationale des violences faites aux femmes. De toute façon, nous avons vocation à  interpeller sur tous les sujets qui concernent les inégalités et à dénoncer le sexisme.

C’est une dénomination qui est passée dans le langage courant. Le langage touche beaucoup les femmes au quotidien, ce n’est pas complètement anodin. Le langage est quelque chose de symbolique qui structure beaucoup la pensée et qui est assez révélateur de la place des femmes dans la société.

 

Cette campagne est-elle seulement dirigée vers les partis politiques ?

Le Parti socialiste a déjà enlevé la mention « mademoiselle » de ses formulaires en ligne, si tous les autres partis pouvaient le suivre, cela serait formidable… On espère un effet boule de neige que cela soit au niveau de l’Etat, des administrations mais aussi des entreprises, dans leurs logiciels et recueils de données de clients. Il ne faut plus que les femmes reçoivent des courriers en les appelant mademoiselle alors que c’est condescendant, cela veut dire « jeune fille à marier » ou « pucelle ».

Il faut aussi savoir que la majorité des pays ont enlevé cette distinction. Seule la France semble vouloir persister dans cette voie.

 

Que répondez-vous aux femmes qui revendiquent le fait d’être appelées mademoiselle ?

Je leur réponds que le terme « mademoiselle » n’est pas très flatteur. Cela veut dire « pucelle », cela renvoie vraiment à la « jolie fille à marier » qui n’existe que par le lien qu’elle pourrait avoir avec un homme. Derrière ce côté coquetterie et drague, il y a un caractère vraiment condescendant, notamment dans la sphère professionnelle où le terme est utilisé pour inférioriser les femmes.

 

Certains pensent que cette campagne n’est que symbolique voire futile. Cela peut-il être contreproductif pour le combat féministe ?

Je ne pense pas que cela dévalorise nos autres actions. C’est un sujet qui parle beaucoup aux femmes. Beaucoup de femmes nous ont interpellées sur ce sujet, elles voulaient que nous nous saisissions au plus vite de ce problème. Cela concerne le combat féministe dans son ensemble. Nous sommes 65 millions de personnes dans ce pays, cela touche donc 32 millions de personnes, ce n’est pas un détail.

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