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Macron, son entourage et la com’ : puni par là où il avait excellé ?
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Couac

Macron, son entourage et la com’ : puni par là où il avait excellé ?

Faut-il (déjà) enterrer les grandes heures de la communication présidentielle ? Alors qu'il s'était fait connaître comme un communicant hors-pair, il semblerait qu'Emmanuel Macron soit d'ores et déjà dépassé par les événements. Pour Arnaud Benedetti, la gestion par l'Elysée de l'affaire Benalla, ce garde du corps du président qui a tabassé un manifestant, est calamiteuse.

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

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Atlantico.fr : L'affaire Benalla est-elle un nouveau coup dur pour Emmanuel Macron ?

 
Arnaud Benedetti : C’est un épisode qui surgit au moment où des doutes s’installent dans l’opinion quant au bien-fondé de la politique conduite par le Président de la République . Donc forcément cela ne contribue pas à renforcer le capital de popularité de l’exécutif chahuté dans les sondages.  Sur le fond la séquence Benalla ébranle le récit macronnien qui s’est bâti sur une république irréprochable , exigeante , intraitable avec les défaillances de toute nature . N’oublions jamais les circonstances de l’élection d’Emmanuel Macron . La marque macron s’est imposée contre une autre marque , celle de François Fillon à l’époque , profondément bousculée sur son assise éthique . Aujourd’hui , le macronisme traverse sa première crise morale . Elle est d’ampleur car elle touche à un sujet majeur du pacte républicain , celui de l’ordre public . La question régalienne par excellence ... 

 

Est-ce que le traitement de cette affaire par l'Elysée, et en particulier par son porte-parole Bruno Roger-Petit, laisse réellement à désirer ?

 
Tout paraît se passer comme si la zone de risques avait été sous-estimée . L’absence de mobilisation de l’Elysée , du gouvernement , de la majorité alors que le feu médiatique et numérique s’amplifiait dans les premières heures , suite aux révélation du “ Monde “ , pose question de la part d’un pouvoir qui jusque là a fait preuve , à situation similaire de danger , d’une réactivité toujours avisée . Indéniablement quelque chose s’est figé , paralysé ... Gêne ? Suffisance ? Je ne saurai dire mais les images de Macron en Dordogne se refusant à toute réponse , évoquant de manière emphatique une “ république inaltérable “ alors que des interrogations très concrètes se posent sur le rôle de ce collaborateur , la confusion des genres à proprement parler pathologique que son comportement révèle , appelle une toute autre réaction que celle relevant d’une dissertation générale sur la philosophie républicaine ... De même la sortie du placard du porte-parole de l’Elysée dans un exercice de com’ on ne peut plus formel , empreint d’une langue de bois digne des années 70 n’a en rien apaisé l’écosystème politico - médiatique . Bien en contraire toutes les prestations de cette “ journée particulière “ n’ont fait que surinfecter la plaie . L’impression générale qui se dégage , à tort ou à raison , c’est qu’à l’intérieur même de la chaîne de commandement et de communication tous ceux qui ont à savoir ne disposent pas des mêmes éléments d’information . D’où ce flottement généralisé , qui n’est pas sans évoquer les turbulences dont le candidat Fillon fut tant l’objet que l’instigateur par son goût du secret . Macron se fillonise , tout au moins dans la gestion de la crise pour l’instant 
 
 
 

Un bon communicant aurait-il su éviter une telle polémique ?

 
Un bon communicant , comme un bon avocat , doit tout savoir . Est-ce le cas ? Nul ne le sait .  La communication ne peut faire de miracles si son donneur d’ordre tait une partie des faits.   Mais la seule réponse efficace , prophylactique , sans garantie pour autant  de rétablissement immédiat de l’image , consiste à d’abord répondre politiquement au trouble à l’ordre symbolique engendré par l’affaire . Comment ? En isolant l’agent d’infection , c’est-à-dire en le sanctionnant . Chacun s’étonne pour le moment de l’absence d’éloignement de Benalla . Celui-ci ne démissionne pas , n’est pas démissionné . Le temps perdu entretient inévitablement le soupçon , les suspicions , la mécanique infernale de la rumeur . La question qui se pose est de savoir pourquoi cette hésitation , cet attentisme . Macron est-il mitterrandien au sens où comme l’ancien Président il renâcle à sacrifier ses proches ... La posture est sympathique sur un plan romanesque mais detestable démocratiquement . Tout le reste , les réponses du Premier ministre et du ministre de l’intérieur devant les parlementaires , sont arrachées sous la pression des événements , visent à gagner du temps et trahissent une évidente “ cornerisation” . Même Hollande , l’anti-modèle de Macron , avait su trancher avec Aquilino Morelle ! 

 

Est-ce qu'Emmanuel Macron ne perd pas là une formidable occasion de profiter du regain donné à sa communication par les photos triomphantes de la victoire de dimanche ?

 
Rien ne prouve  que la victoire des bleus profite à l’exécutif . Les opinions apprennent aussi , socialisées qu’elles sont avec la com’ , à être moins dupes . Le tout premier sondage réalisé après la finale et juste avant le déclenchement de l’affaire benalla a d’ailleurs même  démontré le contraire . En outre l’Elysée a pris le risque de surexploiter le retour des champions du Monde en France - ce qui n’a pas forcément été apprécié par une majorité de nos concitoyens . La communication n’a de sens que si elle se pense dans la durée , qu’elle s’extrait de l’obsession de l’image et de l’immédiat , pour se poser les bonnes questions et esquisser les réponses adéquates . Les vrais enjeux à l’avenir en matière de compol’ ne consistent  pas à surfer sur l’instantané mais à accompagner  les décisions sur les retraites , sur l’Europe et sur les sujets à risque , comme celui à partir de janvier du prélèvement à la source dont on occulte manifestement l’effet psychologique qu’il pourrait et qu’il aura très certainement dans les profondeurs de l’opinion . Trop souvent la com ‘ est cantonnée à des problèmes de forme alors qu’elle soulève quasi ontologiquement des questions de fond ! 
 

D'une manière générale, la communication jupitérienne n'est-elle pas en roue libre ? Cela semble curieux, pour quelqu'un qui en avait jusque-là une maîtrise implacable...

Le succès est mauvais conseiller “ a pour habitude de dire Bill Gates . Est-ce la réussite médiatique inaugurale de Macron qui aujourd’hui nuit au prolongement de cette dernière ? Indéniablement , son activité communicante jusqu’à présent disciplinée , innovante , tend désormais à se disperser , à sursaturer les récepteurs médiatiques qui se font manifestement plus sceptiques , voire critiques , et qui infusent dans l’espace public une appréciation pour le moins plus réservée . La com’ de Macron est confrontée à un phénomène d’usure d’une part , et au retour du politique d’autre part qui pose la question des résultats . La croissance sera moins forte que prévue , le pouvoir d’achat stagne , le chômage perdure , l’Europe ne bouge pas , les motifs d’inquiétudes persistent : le sentiment d’immobilité que l’optimisme macronnien avait bousculé se réinstalle . Macron a certes demandé du temps pour être jaugé et jugé , mais le temps des opinions est impatience quand celui des politiques publiques ne peut s’accomplir que dans la durée . C’est au drame de ce gap que doit faire face aussi le Président ... La communication , aussi dynamique soit-elle, ne peut remplir tout au long du mandat cette béance , surtout quand elle se concentre à l’excès sur la personnalité du Président . Macron devra sans doute pour regagner un crédit patience dans l’opinion renouer avec une forme de sobriété communicante ... et de modestie . Tout l’enjeu consiste à savoir si son caractère y est prêt 

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