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“Macron démission” : pourquoi les scénarios de ce qui pourrait lui succéder ne sont pas forcément les plus évidents
©Julie SEBADELHA / AFP

RN, FI... ou pas

“Macron démission” : pourquoi les scénarios de ce qui pourrait lui succéder ne sont pas forcément les plus évidents

Parmi les nombreux slogans du mouvement des gilets jaunes, le slogan de "Macron démission" est revenu souvent ces derniers jours. Mais quand bien même le Président démissionnerait, il n'est pas certain que cela change la donne en France.

Olivier Gracia

Olivier Gracia

Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).

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Atlantico : Dans un moment politique caractérisé par l'émergence du phénomène des gilets jaunes, et une baisse de la popularité d'Emmanuel Macron, certains manifestants ont pu relayer le slogan "Macron démission". Pourtant, au regard de ce que sont aujourd’hui les rapports de force politique, et de notre mode de scrutin, et en imaginant théoriquement une telle démission, ne devrait-on pas plutôt s'attendre à une victoire d'un candidat issu du bloc central, et finalement proche politiquement d'Emmanuel Macron ? 

Olivier Gracia : Clairement, aujourd'hui, il n'y a pas de démission possible. Emmanuel Macron, de par sa victoire, son élection, et la construction de son mouvement, a contribué à éclater de manière significative les blocs politiques de droite et de gauche, créant un bloc central apparemment uniforme qui ne peut exister sans lui. Si on change de chef, on ne trouverait, il est vrai, aucune alternative raisonnable à Emmanuel Macron. La vraie question concerne alors la Ve République. Quel que soit le chef que les Français désignent, il semble difficile d'imaginer une personne émanant de ce bloc central qui puisse répondre de façon efficace aux revendications des Français. Nous allons de désillusions en désillusions avec les présidents successifs.

Je ne pense pas que les Français aujourd'hui soient en situation d'élire un candidat populiste, et cela n'est pas non plus une ambition des gilets jaunes. Ni Marine Le Pen ni Jean Luc Mélenchon ne peuvent s'arroger une quelconque légitimité dans le leadership de ce mouvement. Les gilets jaunes sont un mouvement intéressant parce qu'il est spontané, qu'il représente les Français d'une certaine manière, et qui a la force de réunir des gens qui hier ne manifestaient pas. Beaucoup d'entre eux ne sont pas des militants politiques, et très certainement que nombre d'entre eux se sont abstenus lors de l'élection présidentielle. La réalité est que l'offre politique actuelle, telle qu'elle est offerte par la République ne leur correspond pas.

Cette situation ne révèle-t-elle pas une forme d'illusion de la part des protestataires, révélant également une forme de blocage politique du pays ? 

C'est une forme d'illusion car il sera très compliqué de trouver une alternative crédible qui pourra suffisamment rassembler les Français à moins d'abolir la Ve République. A moins qu'émane de ce mouvement et de ces revendications un chef naturel. En temps de crise, dans l'histoire de France, il arrive parfois que de ces mouvements émane un chef de fronde, mais ce n'est pas le cas ici. Aucun homme politique actuel n'est en mesure d'assumer la légitimité de ce mouvement, et aucun ne peut recueillir les suffrages de ces personnes mécontentes. Sinon cela aurait très clair, nous aurions eu un chef politique qui se serait approprié le mouvement. Ce qui nous amène à une autre difficulté qui est qu'au sein même des gilets jaunes, il n'existe pas de revendications véritablement politiques. Il y a un ras le bol qui est réel à l'encontre d'Emmanuel Macron, à l'encontre de sa politique. La seule chose que les gilets jaunes peuvent attendre d'Emmanuel Macron, c'est qu'il les écoute, et qu'il renonce à certains de ses choix. Finalement, cela n'est pas "Macron démission" mais "Macron renonciation".

En définitive, un changement politique du pays aurait-il une probabilité plus importante d'advenir en provenant d'un changement de cap de ce bloc central, que d'une victoire des mouvements lui étant extérieur ? 

La grande question est celle de l'avenir politique du pays. Les Français avaient déjà la conviction qu'après Emmanuel Macron il n'y aurait pas grand-chose dans la mesure ou il s'était arrogé toutes les sensibilités républicaines de gauche comme de droite, et comme du centre. A ce moment, les Français souhaitaient le succès d'Emmanuel Macron de façon bien naturelle, en pensant au succès de la France. Il incarnait alors le dernier recours possible de la démocratie, de la réforme, de la prospérité française, c'est bien comme cela qu'il est apparu. Et maintenant que les résultats économiques ne sont pas là, que les Français se sentent lésés, il y a ce sentiment naturel de penser qu'Emmanuel Macron n'a rien révolutionné, contrairement à ses promesses. La seule révolution qu'il va réussir à créer est une révolution contre lui, et son talent, aujourd'hui, est bien de rassembler les gens contre lui. Et cela se produit de manière beaucoup plus violente que pour François Hollande ou Nicolas Sarkozy car il est aussi malgré lui l'héritier de ses prédécesseurs. Il est l'héritier d'une défaite du bipartisme, d'une défaite de la réforme.  Il arrive donc à un moment ou l'on se dit qu'il n'y a plus de droite, plus de gauche, et ou on se pose la question de ce qu'il peut exister après lui. Parce que finalement la démocratie n'existe plus dans le sens ou le choix politique n'existe plus. Si l'offre politique est Emmanuel Macron contre les extrêmes, cela n'est pas ce que l'on peut appeler une démocratie parce que cela est un non choix. Ce non choix est la social-démocratie contre le populisme. 

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