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Pourquoi les militants du climat et des mouvements de gauche n’ont pas réussi à générer un sentiment d’urgence et d’action dans la population ?
Pourquoi les militants du climat et des mouvements de gauche n’ont pas réussi à générer un sentiment d’urgence et d’action dans la population ?
©JEFF PACHOUD / AFP

Erreurs stratégiques

Lutte contre le dérèglement climatique : ce que Grégory Doucet, les Verts et autres Greta Thunberg n’ont toujours pas compris

Pour le maire de Lyon, nous devrions renoncer à prendre « l’avion pour un week-end à Casablanca ». En oubliant que le triptyque décroissance, anticapitalisme et catastrophisme a d’ores et déjà et irrémédiablement échoué.

Eddy  Fougier

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, consultant et conférencier. Il est le fondateur de L'Observatoire du Positif.  Il est chargé d’enseignement à Sciences Po Aix-en-Provence, à Audencia Business School (Nantes) et à l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

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Atlantico : Face au réchauffement climatique, le maire de Lyon, Grégory Doucet, a jugé que le gouvernement n’était pas à la hauteur. Il a appelé à arrêter de prendre l’avion pour se rendre le week-end à l’étranger et notamment à Casablanca. Ce discours décroissant est depuis longtemps dans la bouche des militants. Pourquoi les militants du climat et des mouvements de gauche n’ont pas réussi à générer un sentiment d’urgence et d’action dans la population ?

Eddy Fougier : Ce discours n’est pas nouveau. Il y a récemment eu une campagne contre des influenceurs américains qui exposaient leurs jets privés. Leurs fans ont dénoncé leur utilisation abusive des avions.

Les discours sur l’utilisation abusive de la voiture, des avions, sur la consommation de viande ou d’autres aspects qui sont considérés par les scientifiques et le GIEC comme d’importants émetteurs de gaz à effet de serre, pour l’instant, relèvent plus de l’injonction. Il est déconseillé de recourir à ces pratiques à travers des campagnes « name and shame » qui expliquent qu’il faut renoncer à cette habitude.

Il y a également un angle catastrophiste à ces discours. Or, Les études ont montré que ce type d’approche et de discours ne marche pas.

Le fait de faire peur, de tenter d’amener à une prise de conscience avec des actions spectaculaires comme les militants à Roland-Garros ou sur le Tour de France, et les injonctions et les accusations contre telle ou telle personnalité ne fonctionnent pas en réalité.

Les enquêtes montrent que les Français ne sont pas très sensibles à la question de la décroissance. En revanche, ils portent plus d’intérêts à la question de la sobriété. Cela paraît assez logique. A tort ou à raison, la décroissance est associée au fait de devenir moins riche. La sobriété en revanche est considérée comme le fait de dépenser moins, notamment sur le plan énergétique.

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Les écologistes pourraient donc s’adresser plutôt aux Français à travers une dimension très pragmatique. Prendre l’avion va effectivement coûter de plus en plus cher. D’un certain point de vue, cela alimente le conflit en Ukraine car les énergies fossiles nourrissent ce genre de conflit. Cette approche serait plus efficace.

Pour des raisons de myopie idéologique, les écologistes s’y prennent donc très mal en réalité pour faire évoluer les comportements alors que sur le fond il est nécessaire de prendre moins l’avion et sa voiture et de manger moins de viande.

Le symbole de la décroissance, politiquement et économiquement, semble pourtant impossible et inacceptable pour beaucoup de personnes…

Le mot décroissance est trompeur. Il a été utilisé par ses promoteurs comme un « mot obus » afin de créer un débat et de mettre les pieds dans le plat. Mais cela se retourne contre eux. La décroissance est assimilée à un appauvrissement et à un parti de la récession. Ils n’arrivent pas à se défaire de cette image.

Les Français ont tendance à considérer que la décroissance va contribuer à une forme d’appauvrissement.

Ce phénomène est observé actuellement avec le thème de la sobriété qui est privilégié et repris par le président de la République lui-même, notamment sur la question énergétique, au détriment de la décroissance.

Selon les enquêtes d’opinion, la sobriété parvient à convaincre plus de Français que la décroissance. 

Le triptyque décroissance, anticapitalisme et catastrophisme semble donc avoir échoué dans les discours et aurait montré son inefficacité...  

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Le catastrophisme a un double inconvénient. Il tétanise une partie de la population et l’incite à ne rien faire. Les études menées sur l’éco-anxiété montrent que l’un des meilleurs moyens de lutter contre cette anxiété liée à l’évolution et à la dégradation du climat est l’action. Agir à son niveau ou via des associations permet de rassurer les citoyens. Regarder la télévision en suivant les catastrophes climatiques comme actuellement est une source d’angoisse et peut tétaniser. Le catastrophisme est contre-productif pour celles et ceux qui veulent faire évoluer les choses. La pédagogie des catastrophes ne marche pas. Montrer, rapport après rapport, tous les risques qui existent ne permet pas d’aboutir à une réelle prise de conscience et à faire évoluer les pratiques.

Une sorte d’illusion consiste à dire que c’est l’ignorance qui amène à ne pas agir et que si l’on informe les personnes, elles vont agir. La réalité, telle que beaucoup d’études scientifiques ont pu le montrer,  prouve que ce n’est pas parce que vous êtes informés que vous allez réellement changer et faire évoluer votre comportement et vos habitudes. Le cas le plus « classique » concerne la cigarette et le tabagisme. Ce n’est pas parce que vous allez être catastrophiste sur l’emballage du paquet de cigarette que vous allez forcément changer. Il en va de même pour la sécurité routière. Les images choc ne vont pas forcément contribuer au changement. Les évolutions viennent en revanche des sanctions, des radars et des amendes.

Il faut donc qu’il y ait des incitations et une direction.

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Faire peur aux gens sans leur donner la possibilité d’agir ne sert à rien. Il faut à la fois montrer la réalité et les risques. Mais également apporter des solutions pratiques pour agir. Le meilleur moyen d’effacer la peur est d’agir.

On associe beaucoup au mouvement Fridays for Future ou à d’autres mouvements de gauche, un sentiment anticapitaliste dans la lutte contre le réchauffement climatique. A quoi est-ce dû ?

Un certain nombre de mouvements qui rejettent le capitalisme et la façon dont fonctionne l’économie se saisissent de n’importe quel sujet du moment et en font un levier pour faire passer leur critique. Par le passé, ce phénomène a été constaté avec la mondialisation (qualifiée de « libérale »), la crise de 2008, le climat, la pandémie de Covid-19 et les débats sur le monde d’après…

Il y a effectivement une instrumentalisation d’un certain nombre de crises plus ou moins liées au capitalisme dans une logique anti-capitaliste. Les Français se montrent certes critiques sur le sujet. Lorsque l’on regarde les enquêtes d’opinion, beaucoup de citoyens veulent une réforme assez radicale du capitalisme. Pourtant, Pour beaucoup, cela reste abstrait. Le capitalisme et la réforme du capitalisme intéressent les économistes mais ne passionnent pas autant les citoyens.

Les mouvements qui instrumentalisent la crise climatique, qui est réelle, au nom d’un agenda anti-capitaliste ne parviennent pas à convaincre et de manière efficace.

Les gens sont intéressés par le prix de l’essence, les conséquences concrètes et l’impact que cela peut avoir sur leur mode de vie, leurs revenus et leur pouvoir d’achat et non par la remise en cause du Capitalisme. L’anti-capitalisme passe à côté de ces éléments clés.

Le constat du mouvement altermondialiste par exemple pouvait être audible sur la dérive du capitalisme financier mais ce n'était pas le cas de sa principale porposition qui était la taxe Tobin. Pour un ouvrier ou un employé, c'était extrêmement abstrait et déconnecté de leurs préoccupations quotidiennes.      

Ces mouvements peuvent donc avoir le travers de trop intellectualiser les choses et d’être dans une logique trop globale et radicale pour qu’ils puissent devenir populaire. L’anti-capitalisme n’est pas forcément populaire.

Parler de décroissance ou d’anti-capitalisme ou utiliser un discours catastrophiste, ces mouvements l’ont fait pendant des années, mais cela a-t-il marché en réalité ? Y a-t-il eu une véritable résonance ?                

La petite musique catastrophiste fonctionne d’un certain point de vue dans un pays rongé par le pessimisme, mais cela ne permet pas d’apporter des solutions.

Si la seule option repose sur la décroissance, le fait d'avoir le sentiment de devenir plus pauvre ou de devoir renoncer à certaines choses, cela ne peut pas passer aux yeux d'une large partie des Français.

Et si la réponse consiste à changer le capitalisme, cela sera perçu comme trop abstrait pour les gens. Il paraît assez évident que la volonté de tout changer et de pousser les Français à renoncer à leur mode de vie et à leurs conditions de vie se heurtera à de vives réticences. Il y a par conséquent un gros travail d’acceptabilité sociale à mener pour faire en sorte que les comportements des citoyens, des entreprises et des acteurs publics soient plus « vertueux ».

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