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Lutte contre le Covid : mais où sont passées les oppositions (crédibles) face aux cafouillages du gouvernement ?
©BERTRAND GUAY / AFP

Naufrage général

Lutte contre le Covid : mais où sont passées les oppositions (crédibles) face aux cafouillages du gouvernement ?

Dans sa gestion actuelle de la crise, le gouvernement semble enchaîner les cafouillages et se retrouve largement critiqué par les Français, mais les oppositions politiques qui pourtant auraient matière à attaquer le gouvernement frontalement semblent inexistantes.

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Atlantico.fr : Dans sa gestion actuelle de la crise, le gouvernement semble enchaîner les cafouillages et se retrouve largement critiqué par les Français, mais les oppositions politiques qui pourtant auraient matière à attaquer le gouvernement frontalement semblent inexistantes. Sont-elles effectivement muettes ou simplement inaudibles ? Comment expliquer cela ? 

Maxime Tandonnet : Autrefois, la vie politique s’organisait autour d’une majorité au pouvoir et d’une opposition. Aujourd’hui, la situation est beaucoup plus complexe. L’opposition est multiple : France insoumise, communistes, Verts, parti socialiste, macronistes dissidents, LR compatibles, LR souverainistes, DLF, RN, etc. Le paysage politique français est éclaté en une dizaine de courants. L’opposition n’existe plus en tant que telle. Mais il y a plus grave : la quasi disparition des partis politiques. Nous voyons quelques leaders de droite qui critiquent la gestion des événements par le gouvernement : M. Retailleau, Mme Pécresse, Mme Morano, M. Bertrand, etc… Mais c’est en tant qu’individualités qu’ils s’expriment. Ils ne portent pas la parole d’un parti. LR, premier parti d’opposition par le nombre de parlementaires et d’élus locaux n’a pas un leader reconnu susceptible de parler au nom de tous. D’ailleurs, les personnalités de droite ne disent pas toutes la même chose. Les unes réclament la réouverture des commerces de quartier. D’autres veulent accorder un droit d’entrer dans les commerces aux consommateurs ayant téléchargé stop-covid. Bref, la cacophonie est impressionnante.  

Atlantico.fr : Le contexte sanitaire explique-t-il à lui seul cette atrophie des oppositions ou bien doit-on chercher des facteurs plus anciens ? 

Maxime Tandonnet : Le contexte est délicat pour les oppositions. Il conjugue deux violentes crises simultanées, l’épidémie de covid19 et les attentats islamistes. En critiquant le pouvoir, les opposants prennent le risque de se désolidariser de l’union sacrée et de se marginaliser. Mais il y a des causes plus profondes bien sûr. La première est la perte du sens de la politique. Quand l’opposition avait une ligne et un projet clair d’alternance, elle était en situation de se présenter en solution de rechange et donc de critiquer une politique au regard de celle qu’elle entend mettre en œuvre. Aujourd’hui, on nage dans la confusion absolue, une sorte de magma idéologique central dont personne ne parvient à se différencier. Les lignes de partage, sur l’Europe, l’économie, le social, l’environnement, la sécurité, sont de plus en plus brouillées. Même sur l’immigration, jadis sujet de clivage fort, la frontière idéologique s’affaisse. Le débat d’idées est mort. Les programmes ne veulent plus rien dire. La politique devient avant tout une affaire de calcul personnel. D’où l’extrême discrétion ou volte-face de nombreux députés LR qui pensent à l’échéance 2022, envisagent la réélection de M. Macron et veulent se ménager la possibilité de se rallier à lui pour être eux-mêmes réélus. 

Atlantico.fr : La majorité présidentielle peut-elle correctement fonctionner sans opposition audible ?

Maxime Tandonnet : Pourquoi fonctionnerait-elle ? Une majorité présidentielle a pour objectif de mettre en œuvre un projet, une vision, des réformes. Tout ceci est bien loin derrière nous. La vie politique actuelle est devenue une scène de théâtre sur laquelle un gourou ultra médiatisé se donne en spectacle quotidien pour donner l’illusion d’une autorité face au chaos et au déchaînement de la violence. Mais à l’évidence plus personne ne maîtrise rien. La France est un vaisseau fantôme, privé de gouvernail. Le Parlement est marginalisé. D’ailleurs, entre les règlements et directives européens et la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, sa marge de manœuvre est dérisoire. Certes, il n’y a plus d’opposition mais il n’y a plus vraiment de majorité présidentielle non plus car la démocratie parlementaire a été abolie de fait. Dans la crise du covid19, à quoi le parlement, supposé représenter la Nation a-t-il servi ? Quel rôle de relais entre le peuple et le gouvernement a-t-il exercé en des circonstances tellement difficiles ? Rien. Néant.  

Atlantico.fr : Y-a-t-il un problème de culture de l’opposition en France? Des blocages politiques ou intellectuels qui gênent plus largement le travail et le débat parlementaire ? 

Maxime Tandonnet : En dehors d’une poignée d’individualités, les oppositions sont tétanisées à l’idée de s’opposer. Elles ont peur de sortir des rails de la pensée correcte. Même le RN est engagé dans une course à la dédiabolisation, bien illusoire dès lors que l’étiquette maudite qui s’attache à son identité et son histoire est indélébile. Les oppositions sont terrifiées à l’idée d’être qualifiées de conservatrice ou de réactionnaire voire pire. Voyez la loi sur la bioéthique, il y avait de quoi faire, de quoi dire : la PMA sans père crée un bouleversement en consacrant dans le droit français l’effacement, l’élimination emblématique du père de famille. L’interruption médicale de grossesse jusqu’à la naissance justifiée par la détresse, c’est aussi un saut vertigineux sur le plan de la conception de la vie humaine. Mais tout cela passe comme une lettre à la poste sans réaction collective des oppositions. Parce que – encore une fois sous réserve de quelques courageux – ils ont peur d’être montrés du doigt et diabolisés, de voir leur belle image personnelle écornée, ringardisée. Pour en sortir, il faudrait que la politique française se libère de son narcissisme et se réconcilie avec l’idée d’intérêt général, mais nous n’en sommes pas là, bien au contraire.   

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