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Mario Draghi se trouve une nouvelle fois confronté à un contexte défavorable.
Mario Draghi se trouve une nouvelle fois confronté à un contexte défavorable.
©Reuters

Changement de stratégie

Lueur d’espoir à Francfort : la BCE a des idées pour lutter contre le ralentissement mondial

Au programme du conseil des gouverneurs organisé jeudi 22 octobre : le ralentissement de la croissance mondiale qui inquiète les marchés financiers... Un contexte délicat qui pourrait être résolu par des ajustements de la politique de rachats d'actifs initiée par la BCE en début d'année.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Ce jeudi 22 octobre, à Malte, le conseil des gouverneurs de la BCE se réunira afin de décider de la suite à donner à la politique monétaire européenne. Son Président, Mario Draghi, se trouve une nouvelle fois confronté à un contexte défavorable. Entre une croissance qui peine à retrouver un rythme acceptable, une inflation toujours aussi basse, des marchés émergents à la peine, et la décision de la FED de conserver ses taux inchangés, les défis ne font que s’empiler les uns sur les autres. La BCE est donc attendue au tournant par les marchés financiers, qui veulent une réponse concrète sur le moyen de soutenir l’activité économique de la zone euro.

Pourtant, depuis le mois de mars dernier, la BCE s’était déjà lancée dans un programme de rachat d’actifs pour un montant mensuel de 60 milliards d’euros, à échéance de septembre 2016. Soit un montant total de 1140 milliards d’euros sur 19 mois. L’objectif de ce plan était clair, réanimer une économie européenne incapable de s’extirper de la grande récession débutée en 2008. Et une limite : le respect absolu de la stabilité des prix, soit une inflation inférieure mais proche de 2%. Si l’activité économique se reprend légèrement depuis le début de l’année, passant d’une croissance de 0.9% en 2014 à une projection de 1.4% en 2015, l’inflation reste faible, à 0.1% pour 2015. Ainsi, en conséquence de cette faiblesse persistante de l’inflation, une marge de progression est encore envisageable pour la BCE. C’est du moins ce que semble indiquer Ewald Nowotny, membre du conseil, et gouverneur de la Banque d’Autriche.

"La BCE - et de nombreuses autres banques centrales - définissent la stabilité des prix comme un taux d'inflation inférieur mais proche de 2%. Pour 2015 notre prévision d'inflation pour la zone euro est de 0,1%, pour 2016, il est de 1,1%. Donc, nous allons manquer clairement notre objectif. La cause principale en est la chute spectaculaire du prix du pétrole et des matières premières, que les banques centrales ne peuvent évidemment pas influencer. Mais les taux d'inflation sous-jacente sont aussi nettement en dessous de notre objectif. Il est évident que dans de telles circonstances nous avons besoin d’une croissance économique plus forte, ce qui devrait contribuer à réduire le chômage et nous rapprocher de notre objectif de stabilité des prix. La BCE utilise les instruments de politique monétaire disponibles - mais il est bien évident que, dans la situation macroéconomique actuelle, des outils supplémentaires sont nécessaires. Ceux-ci comprennent des mesures structurelles - et nous voici au cœur du sujet de la conférence : la compétitivité. Mais n'oublions pas que la croissance économique ne dépend pas seulement du côté de l'offre, mais aussi du côté de la demande et des paramètres institutionnels d'une économie."

En indiquant frontalement que la BCE "manque clairement son objectif", Ewald Nowotny met directement en cause l’institution dont il est membre, et cherche ainsi à faire bouger les lignes. S’il soutient la nécessité de mise en place de reformes structurelles en Europe, il n’oublie pas deux autres éléments essentiels.

La relance budgétaire

D’une part, le Gouverneur vise directement la politique fiscale de la zone euro. En effet, le 19 octobre, dans une interview au journal polonais Rzeczpospolita, Ewald Nowotny est interrogé sur cette question de la politique budgétaire européenne :

"Durant un temps, elle a été restrictive. Maintenant, elle peut être qualifiée de neutre, mais il pourrait y avoir besoin de la rendre expansive".

Désormais, même la tête de la Banque d’Autriche, pourtant réputée ultra conservatrice, souhaite relancer l’arme budgétaire au niveau européen. Ici, la cible est clairement identifiée. En qualité de première économie du continent, avec un tiers du PIB de la zone euro, l’Allemagne s’entête dans une recherche dogmatique de déficit budgétaire 0 ; et ce, alors même que les taux d’intérêts sont également proches de 0%. L’Allemagne serait ainsi en capacité, tout en respectant le traité de Maastricht, et pour un coût insignifiant, de relancer l’économie du pays pour un montant de 90 milliards d’euros, (3% de son PIB) soit l’équivalent d’un point de croissance pour l’ensemble de la zone euro. Une précieuse source de croissance pour le continent.

La relance monétaire

D’autre part, en reconnaissant le manque de résultats de la BCE par rapport à son objectif, Ewald Nowotny ouvre la porte à un soutien supplémentaire de la part de l’institution monétaire. Voilà pourquoi les marchés financiers espèrent une extension du programme de rachat d’actifs vers un montant de 80 milliards par mois, en lieu et place des 60 milliards actuels. Si une telle décision serait positive (mais plutôt attendue pour le mois de décembre), elle ne permettra pourtant pas une amélioration substantielle de la situation.

En effet, en fixant un montant à priori, et une date de fin établie dès le départ, la BCE répète les mêmes erreurs que son homologue américaine, la FED, lors de la mise en place de ses deux premiers plans d’assouplissement quantitatif, les QE1 et QE2 (QE : Quantitative Easing ou assouplissement quantitatif). Mais la FED était parvenue à faire face, dès septembre 2012, en lançant un troisième plan d’assouplissement quantitatif dont l’infrastructure était différente. Il s’agissait alors de procéder à des rachats d’actifs pour un montant mensuel fixe, mais pour une durée indéfinie, et dont la seule limite était la réalisation d’un objectif. En l’occurrence, l’objectif fixé par la FED était de parvenir à un taux de chômage de 6.5% pour une inflation maximale de 2.5%. Ainsi, les marchés financiers disposaient d’une cible claire et nette, ce qui a permis une plus grande efficacité de ce qui a été appelé le "QE Illimité".  De cette façon, l’objectif de taux de chômage de 6.5% a été atteint en quelques 18 mois, puisque réalisé dès avril 2014.

Après 7 années de crise, d’erreurs et d’hésitations, les autorités européennes ont aujourd’hui la possibilité de mettre en place un plan de relance coordonné, entre politique monétaire et budgétaire, et ce, tout en respectant les fameux critères de Maastricht. 

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