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Sur l'affaire de Marrakech
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Droit de réponse

Sur l'affaire de Marrakech

Luc Ferry réagit aux déformations de propos de la part de certains journalistes concernant l'affaire de Marrakech.

Luc Ferry

Luc Ferry

Luc Ferry, philosophe et homme politique français, a été ministre de la Jeunesse, de l’Éducation et de la Recherche en 2002, dans le gouvernement Raffarin. Il est président délégué du conseil d'analyse de la société depuis 2004.

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Je n’ai jamais accusé personne, jamais non plus utilisé moi-même l’expression « ministre pédophile ». Dans l’émission de Canal+ du lundi 30 mai dernier, je me suis explicitement placé, en le citant (ce que tout le monde semble avoir étrangement oublié), dans la perspective d’un article publié la veille par le Figaro Magazine sous le titre « A Marrakech, un ex ministre s’amuse ».  Cet article relatait l’arrestation d’un ministre français dans une villa marocaine, non comme une fiction ou une hypothèse plausible, mais comme un fait avéré et bien réel, exposé dans les termes suivants  :

         « Il y a quelques années, des policiers effectuent à Marrakech une descente nocturne dans une villa de la palmeraie où une fête bien spéciale bat son plein. Les participants, des Français, sont surpris alors qu’ils « s’amusent » avec de jeunes garçons. Comme il se doit, la police embarque les adultes pris en flagrant délit. Parmi eux, un personnage proteste avec véhémence. Au commissariat, son identité est confirmée : il s’agit d’un ancien ministre français ».

Ce qui m’intéressait dans cet article,  et que je voulais souligner sur le plateau de Canal+ comme chacun peut le vérifier en  regardant l’émission en entier (et non les passages habilement tronqués que la plupart des chaines de télévision et stations de radio ont rediffusé en boucle), c’était sa conclusion, que  voici :

« Notre source marocaine craint pour sa carrière, l’affaire a été étouffée. Faute d’élément de procédure ou de témoignage, la loi nous interdit légitimement de nommer le personnage ».

Comme on voit, le journaliste du Figaro n’y allait pas de main morte ! Tout mon propos était de faire l’éloge de cette conclusion en l’opposant aux pratiques de certains tabloïds anglo-saxons qui jettent des noms en pâture sans éléments probants susceptibles de tenir devant une cour de justice. Je n’ai pas varié depuis. Pour des raisons d’éthique, évidentes à mes yeux, je m’en suis tenu strictement à cette ligne de conduite, refusant en privé comme en public, de citer quelque nom que ce soit et il n’y a pas à attendre de moi que je change aujourd’hui d’attitude. Je n’ai donc en rien relayé une rumeur, ni accusé qui que ce soit sans preuve. Mon propos, purement pédagogique, s’inscrivait dans le cadre d’une réflexion sur l’omerta, sur ce que l’on sait dans le microcosme et qu’on ne peut cependant pas « prouver » au sens juridique du terme. Mon argumentation était manifestement un peu trop sophistiquée pour être entendue par des journalistes qui ne visent que le scoop, l’odeur du sang et le scandale qui fait vendre. Une enquête est ouverte, laissons là  tranquillement poursuivre son cours.

Ce qui frappe dans ces affaires, qu’il s’agisse de celle de Marrakech ou celle des valises de billets, c’est que le journalisme d’investigation semble définitivement mort en France. Le travail des journalistes pourtant ne devrait pas se réduire, comme ils tentent de le faire aujourd’hui, à ajouter des commentaires pour ne pas dire du «  jus de crâne » aux dépêches AFP mais à réaliser, comme c’était autrefois, de véritables enquêtes. Alors les prétendues rumeurs cesseraient enfin d’être des rumeurs.

Du reste les enquêtes qui ont été publiées pendant l’été dans le Nouvel Observateur comme dans Libération avaient déjà, pour embryonnaires qu’elles fussent, largement confirmé la véracité des faits rapportés par le Figaro Magazine.

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