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LR : l’illusion de la renaissance par le local
©DOMINIQUE FAGET / AFP

SOS vision du monde

LR : l’illusion de la renaissance par le local

François Baroin a déclaré ce matin sur RTL que la droite devait "desserrer cette mâchoire entre Le Pen et Macron". C'est ce que tentent de faire toutes les figures des Républicains, en particulier depuis quelques jours, entre sorties de livres et proposition de renouveau.

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Paul-François Paoli

Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016). En 2018, il publie "Confessions d'un enfant du demi-siècle" aux éditions du Cerf et "L'imposture du vivre ensemble: Quelques points de repères" aux éditions de L'Artilleur. 

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Atlantico : De Gérard Larcher à Christian Jacob, en passant par François Baroin qui déclarait ce week-end dans une interview au JDD, "après les municipales, nous reconstruirons la droite", beaucoup de leaders de LR s'accordent à dire qu'un réseau d'élus pourrait suffire pour faire renaître une politique nationale cohérente et vraiment alternative. Est-ce vraiment le cas ? N'y a-t-il pas un risque à ce que LR devienne un parti de notable de province, comme c'est le cas d'autres partis ? 

Maxime Tandonnet : Le réseau d’élus est l’un des atouts de LR, qui le différencie des autres formations politiques, en particulier le RN et LREM. L’expérience de l’élection de M. Macron tend à montrer que le succès à l’élection présidentielle provient avant tout de l’image médiatique  nationale d’un homme et non pas de l’ancrage sur le terrain. Cependant, on peut concevoir qu’en 2022, la figure du leader hors sol et déconnecté fasse l’objet d’un rejet dans les profondeurs du pays et que par réaction, les Français se tournent vers une personnalité d’expérience et de terrain proche des hommes et des réalités quotidiennes.

Pour autant, cette proximité n’est évidemment pas suffisante. Le mouvement LR et la droite doivent proposer autre chose, une espérance, un message d’avenir et de retour à la confiance qui s’adresse à la nation dans sa globalité. Il leur faut faire émerger une figure qui puisse susciter un retour à la confiance et un projet qui réponde aux inquiétudes des Français et à leur angoisse de l’avenir. 

Paul-François Paoli : On ne peut qu'être sceptique sur ces manoeuvres de reconstruction de la prétendue droite républicaine. Avec la droite c'est toujours la même affaire: avant d'avoir un programme il faudrait d'abord avoir une pensée politique globale. Or le propre du chiraquisme est de n'en avoir aucune. Le chiraquisme est un pragmatisme républicain qui se trouvait déjà à bout de souffle avec Chirac et on voit mal comment un F. Baroin pourrait revitaliser ce qui était déjà épuisé du temps de Chirac. Le seul qui dans cette mouvance m'a semblé audacieux est Guillaume Larrivé qui a osé briser le tabou du droit du sol. La droite ne pourra pas exister face à Macron si elle n'entame pas une révolution culturelle en rompant avec la doxa républicaine classique.

D'autres s'attaquent à la question des inégalités, qu'elles soient économiques ou territoriales, en proposant par exemple, comme Guillaume Peltier dans son livre Milieu de cordée, de créer une micro-taxe sur toutes les transactions financières. Le même a déclaré par ailleurs qu'il serait bon de créer un tribunal international du climat. N'y a-t-il pas un risque que la droite n'ait plus, avec ce genre de propositions, de vision politique forte ? N'est-on pas dans la sphère du gadget politique ?

Maxime Tandonnet : Une sorte de taxe Tobin ? Ce n’est pas vraiment nouveau. De décennie en décennie, la belle idée ressort toujours mais elle ne se fait jamais. De toute façon, si le fait de créer une nouvelle taxe permettait de régler les problèmes, la France serait la première puissance du monde… Tribunal international du climat ? Cette proposition est en plein cœur de la mode idéologique. Pour juger qui ? Les dirigeants américains qui ont dénoncé l’accord de Kyoto ? Je n’ai pas lu ce livre donc il m’est difficile d’en parler.

Au vu des propositions que vous évoquez, il ne me semble pas qu’il soit dans une logique de projet cohérent. En revanche, il me semble être bien dans le style de la politique moderne : faire parler de soi, percer le mur de l’indifférence médiatique par des provocations en tout genre ou des propositions détonantes. Parfois cela marche. Le président Macron a bâti son succès initial sur des petites phrases concernant les 35H, le statut de la fonction publique, qui dans les années 2015 et 2016, ont ébloui la planète media. Mais bien souvent, cela retombe à plat. 

Paul-François Paoli : Ce genre de proposition est difficile à apprécier. Dans tous les cas on est loin d'une vision d'ensemble sur l'essentiel et on voit mal Guillaume Peltier devenir crédible sur des questions de fond qui sont aujourd'hui civilisationnelles et anthropologiques. Que penser face au défi transhumaniste? Que dire sur les questions de la PMA? Peut on reconstruire l'école et comment? Suffit t'il d'être les beni oui oui de JMBlanquer? Comment endiguer l'immigration et répondre au défi de l'islam politique? On dirait que ces gens regardent ailleurs de peur d'être accusés de se raprocher du RN qui lui même ne semble pas avoir grand chose à dire. 


D'autres reprochent à Emmanuel Macron d'être inefficace. Dans quelle mesure cette position empêche de penser une vraie alternative ? 

Maxime Tandonnet : Les critiques portent pour l’essentiel sur le décalage entre le discours et les actes. Son élection devait être le début d’un nouveau monde d’exemplarité. Or, de ce côté, rien n’a vraiment changé et ce quinquennat, comme par le passé, se déroule dans le contexte d’un enchaînement de grandes et de petites affaires. Le mandat était placé sous le sceau de la « transformation profonde de la France ». Ce message a été brouillé par la modestie des réformes (SNCF) mais surtout par les spectaculaires reculades (taxe carbone).

Cependant, en se focalisant sur le mode de gouvernance, l’opposition reste discrète sur le fond. Ses dénonciations portent sur le style du président Macron, mais pas sur le fond de l’idéologie qu’il incarne : la poursuite du socialisme avec la hausse continue des prélèvements obligatoires et de la dette publique, la vision sans frontières, post nationale et multiculturelle qui domine largement le pouvoir LREM, la faible considération portée aux milieux populaires qui s’exprime dans le sabordage de certains acquis sociaux, notamment vis-à-vis des retraités. Dès lors, la focalisation sur la personne et le style plus que sur le fond de la politique contribue à empêcher l’opposition LR de forger son propre projet. 

Paul-François Paoli : L'alternative à Macron ne peut être que globale. Macron est hors de cause personnellement c'est un homme remarquable sur le plan de l'intelligence et du talent, mais ce n'est pas pour cela qu'il raison. Le drame de la droite politique est sa médiocrité intellectuelle. Il est un fait que les élites intellectuelles répugnent aujourd'hui à faire de la politique.

Quels seraient selon vous les piliers sur lesquels il faudrait miser pour reconstruire une alternative de droite à Emmanuel Macron non seulement locale mais aussi nationale ?

Maxime Tandonnet : Il me semble que la droite devra prendre le contre-pied du macronisme et donner une toute autre vision de la politique. Le pouvoir En Marche, tel qu’il est perçu, est avant tout l’expression d’une forme de suffisance et de morgue envers la France profonde, la « vile multitude », la majorité silencieuse. Tout se passe comme si une caste dominante marchait à l’aveuglette, sûre de détenir la vérité, dans la plus parfaite indifférence envers le monde des réalités et la préoccupation des gens. L’opposition doit montrer un tout autre visage : en finir avec la confiscation de la politique à des fins d’ultra-narcissisme. Elle doit rompre avec le jeu des provocations, de la démagogie, du grand spectacle mégalomane qu’est devenue la scène politique.

Elle doit au contraire renouer avec le débat d’idées collectif pour le bien commun, la redécouverte d’une authentique démocratie, écouter et comprendre les préoccupations populaires sur l’immigration, le communautarisme, la pauvreté, la violence chronique, et y apporter des réponses ; prouver, par des choix et des décisions, qu’elle est pleinement à l’écoute le pays profond. En gros, l’opposition LR doit donner une nouvelle image de la politique qui n’est pas de se servir du pays à des fins personnelle de vanité, mais au contraire, de se placer résolument et modestement à son service.

Paul-François Paoli : Il faut rompre avec le logiciel macronien et son langage finalement assez conformiste. La droite doit affronter la situation de guerre civile latente qui se développe en France. Elle doit proposer une rupture idéologique et culturelle avec les décénnies démagogiques qui nous ont précédé et ont commencé avec Mittérand et même avant. Il faut prendre le défi de l'islam militant et du communautarisme à bras le corps. Notamment en mettant en cause le droit de sol qui permet à des gens d'obtenir une nationalité avec laquelle ils n'ont aucun rapport affectif, à l'instar de ces supporters qui hissent des drapeaux algériens en toute occasion alors qu'ils sont Français de droit. Il faut remettre en cause la double nationalité pour ceux qui sont originaires de pays qui se trouvent à l'exterieur de la communauté européènne.

Pourquoi admettre que des individus qui sont parfois hostiles à la France aient plus de droits que les Français eux mêmes? Enfin il faut mettre un terme au regroupement familial, en provenance de l'Afrique notamment. Ces propositions vont evidemment dans le sens d'un rapprochement avec le RN sur les questions régaliennes. Il faudra peut être une crise très grave pour que la droite se fédère. De Gaulle disait que les Francais étaient des veaux ce qui somme toute était très gentil car le veau est un animal innocent. En attendant je pense que l'animal qui ressemble le plus aux leaders de la droite est l'autruche qui préfère regarder ailleurs. 

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