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Leonardo DiCaprio interprète le trader Jordan Belfort.
Leonardo DiCaprio interprète le trader Jordan Belfort.
©Reuters

Victimes oubliées

Loup de Wall Street : la part de vrai, la part de faux... et celle de la complaisance de Scorsese-DiCaprio vis-à-vis du personnage

Le film de Martin Scorsese mettrait trop en lumière les extravagances, pas toujours véridiques, du trader Jordan Belfort, oubliant ses victimes au passage.

Où s'arrête la réalité ? Où commence la fiction ? Au cinéma, ces questions sont courantes. Dans le Loup de Wall Street, même si la plupart des dialogues de Leonardo DiCaprio, l'interprète du trader Jordan Belfort, sont issues des mémoires de Belfort lui-même, on se pose évidemment des questions. Mais comme le rappelle Terence Winter, le scénariste du film : " On vous vend l’histoire de Jordan Belfort par Jordan Belfort, un narrateur indigne de confiance". Et bon nombre sont les exemples qui prouvent que le film est largement romancé, éloigné de certains faits réels.

La première grosse entorse à la réalité réside dans le physique du protagoniste : DiCaprio est grand alors que Belfort est petit. Beaucoup de ses connaissances ont estimé que cette insatiable soif de pouvoir lui venait d'un complexe de Napoléon.  

Deuxième entorse, et pas des moindres : le titre du film lui-même. En effet, jamais Belfort n'a été appelé ainsi, selon son partenaire en crime, Danny Porush. Le nom de ce dernier n'est pas non plus respecté dans le film où il est transformé en Donnie Azoff. Il en va de même du prénom de la femme de Belfort, passé de Nadine à Naomi. 

La scène où Porush/Azoff fait connaissance avec Belfort au restaurant après avoir repéré sa Jaguar dans le parking est également inventée. En réalité, c’est la femme de Porush qui l’a introduit à Belfort après l’avoir croisé dans le bus. Les deux compères habitaient le même immeuble. Après la rencontre entre les deux protagonistes vient le règne de la débauche. Là encore, la fiction dépasse la réalité. En effet, Scorsese a créé certaines anecdotes afin d'ajouter du sensationnel au film. Aussi, les bureaux de Stratton Oakmont n'ont-ils jamais connu de lancer de nains ou de chimpanzé domestiqué : "Nous n’avons jamais abusé physiquement nos employés, déclare Danny Porush, pas plus que des animaux". Ce dernier avoue tout de même avoir avalé un poisson rouge.

La rencontre entre les deux protagonistes

Une débauche bien réelle

En revanche, Belfort était bien sous l’emprise de l’alcool et de la drogue la plupart du temps, et ce pendant les heures de bureau, confirme l’agent du FBI qui l’a finalement mis en prison, après une traque de dix ans. Idem pour les sexapades et les nombreuses prostituées.

Cet usage quotidien de la drogue l'a bel et bien amené à quasiment écraser son hélicoptère privé dans son jardin et a percuter la porte de son garage avec sa voiture (une Mercedes et non une Lamborghini, comme dans le film). Durant cet épisode, il manque de tuer sa petite fille, sans ceinture sur le siège avant, et envoie une femme à l'hôpital.

C'est encore sous l'emprise de la drogue que le golden boy provoque le naufrage de son yatch, ordonnant au capitaine de le sortir en pleine tempête. Contrairement à ce qu'on voit dans le film cependant, l’hélicoptère qui était sur le bateau n’a pas coulé. 

Le caractère obscène et mégalomane du personnage est également tiré de la vie réelle. Belfort hurlait bien des encouragements à ses employés dans un mégaphone et Porush confirme l'avoir aidé à raser la tête d’une employée en échange de 10 000 dollars pour ses implants mammaires.

Quant aux personnages rencontrés dans le film, ils ont existé. Mark Hannah (incarné par McConaughey) est effectivement celui qui a ancré dans le crane de Belfort l'idée que la clef du succès était la masturbation, la cocaïne et les prostituées. Brad Bodnick (Jon Bernthal) était le dealer du trader et Steve Madden, le magnat du survêtement a bel et bien été impliqué dans l’arnaque de Stratton Oakmont. 

Les victimes de Belfort révoltées par le film

Si le film a été encensé par la critique, il a beaucoup moins plu aux victimes de Belfort, qui n’a toujours pas fini de rembourser ses dettes. Dans une lettre ouverte publiée dans LA Weekly, Christina McDowell, la fille de Tom Prousalis, ancien associé du golden boy raconte comment elle a été escroquée par son père. Ce dernier lui a laissé 100 000 dollars de dettes et a usurpé à deux reprises son identité. Elle regrette que Scorcese et DiCaprio glorifient des criminels à travers leur film. "Vous êtes des gens dangereux. Avec ce film, vous continuez à faire croire que ces escroqueries sont divertissantes alors même que le pays se remet d'une autre série de scandales à Wall Street. Est-ce qu’on a envie de se perdre dans les escapades sexuelles et les orgies cocaïnées des magnats de la finance ? S’il vous plaît, nous connaissons la vérité. Ces comportements ont mis l’Amérique à genoux".

Christina McDowell dénonce également l’hypocrisie du réalisateur et de son comédien vedette. "Vous vous considérez comme des libéraux ? Marty, vous avez été honoré pour votre carrière et votre influence culturelle par le Kennedy Center. Leo, vous conduisez une Honda Hybrid. Avez-vous songé au message que vous avez envoyé en faisant ce film ? Vous vous êtes mis du côté d’un criminel, d’un type qui n’a toujours pas dédommagé ses victimes. Vous avez exacerbé notre obsession nationale pour la richesse et le statut social en glorifiant l’avidité et les comportements psychotiques", poursuit-elle en dénonçant par la même occasion la misogynie du "Loup de Wall Street".

Il est vrai que le film n’évoque quasiment pas les victimes de Belfort. Elles ne sont que des voix à l’autre bout du combiné. "Ce film peut être mal interprété par certains. J’espère que les gens comprennent que nous n’approuvons pas ce comportement mais que nous le critiquons. Le livre était un récit édifiant mais si vous restez jusqu’à la fin du film, vous comprendrez notre opinion sur ces gens et leur univers. Ils sont toxiques et malsains" se défend Léonardo DiCaprio dans une entrevue accordé à Variety. Dont acte.

 La bande annonce

Un extrait 

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