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Lorsque l'on trouve des ressemblances entre le ballet classique et le football
©Reuters

Bonnes feuilles

Lorsque l'on trouve des ressemblances entre le ballet classique et le football

A ceux qui répètent comme un mantra qu'il n'y a pas de culture foot en France sans se rendre compte qu'ils sont les premiers responsables d'un mal qu'ils déplorent, Thibaud Leplat apporte un démenti formel et magistral. Dans Football à la française, il dessine l'impossible généalogie du football hexagonal des années 1930 à aujourd'hui. Extrait de "Football à la française", de Thibaud Leplat, aux éditions Solar 1/2

Thibaud Leplat

Thibaud Leplat

Auteur de plusieurs ouvrages sur le football dont Ici c’est Paris aux éditions Solar, Thibaud Leplat a pour projet de donner à ce sport toute la profondeur qu’il contient et à la littérature sportive tout le relief qu’elle mérite.
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Quelle est l’activité humaine qui ressemble le plus au ballet classique ? Quelle est cette étrange discipline pour laquelle, dès l’enfance, on enseigne une technique individuelle rigoureuse tout en orientant l’apprentissage dans le sens de l’harmonie collective? Si la danse classique et le football ont des choses à se dire,c’est que ces deux disciplines –au moins pour l’une d’entre elles –ne s’exercent pas dans les salons (quoique certains stades du monde sont très heureux de présenter leurs « salons VIP » comme on irait à l’Opéra de Paris), c ’est qu’elles disent toutes deux quelque chose de notre manière de voir les corps, d’en admirer la savante coordination.

 

Historiquement, la France a effectivement joué un rôle déterminant dans la création du ballet classique. Mais il faut rappeler que ce sont les Italiens qui sont arrivés au seizième siècle à la cour de Catherine de Médicis qui ont appris les techniques aux Français.

Les Français n’ont pas inventé la danse, mais lui ont bien donné une grammaire –c’est le terme qui est employé –, c’est-à-dire, pour la rendre plus accessible, une organisation logique de lecture. 

Brigitte Lefèvre :

Pas question de basculer dans le nationalisme. La Franceatoujours été ouverte sur le plan culturel et artistique. Nombreux sont les artistes – Rudolf Noureev, par exemple –dontles savoirs, les compétences, ont influencé le style. Ne serait-ce que la présence dans les murs de l’Opéra de l’Américain Merce Cunningham ou du Suédois Mats Ek, qui ont conçu des pièces pour la compagnie, entraîne évidemment des changements.

Le monde danse. Les Français parlent. C’est ainsi depuis trois siècles. 

Et cette fois-ci, c’est certain, Gabriel Hanot n’y est pour rien.

Habituée au silence des grandes œuvres, une silhouette demeuréejusqu’icidanslapénombre avait beaucoupgrandi. Àpartir de 1968, elle se fit plus prégnante encore. Aujourd’hui, ils sont encore nombreux à invoquer la mémoire de cet homme décédé en 1999 (dont Aimé Jacquet ou Michel Hidalgo qui le qualifieront souvent de «visionnaire »et faisaient de lui le «père »de la formation française). Un trophée portant son nom est même remis chaque année dans les antennes régionales de l’Amicale des éducateurs de football (créée en 1947 par Gabriel Hanot et dont il fut membre fondateur et inamovible secrétaire général de 1956 à1998), honorant un éducateur particulièrement doué, actif, passionné et dévoué au football.

Mais si Georges Boulogne acquit l’autorité d’un père fondateur au mois de mai 1968, ce n’est pas en se jetant sur les barricades étudiantes ni en haranguant les foules admiratives avec la verve d’un orateur talentueux. Non. C’est même plutôt l’inverse. C’est en s’y opposant frontalement qu’il accéda àlanotoriété. Lors d’une occupation menée dans les locaux de la Fédération française de football au 60 bis, avenue d’Iénapar les enragés du Miroir du Football (François Thébaud, Francis Le Goulven, Ragonneau, Norval) du 22 au 27 mai 1968 –sous le slogan (affiché aux balcons) de «Le football aux footballeurs »–,Boulogne fut retenu dans son bureau puis renvoyé chez lui,tout comme Pierre Delaunay (fils d’Henri et secrétaire général de la FFF). Il protestera « énergiquement contre la caractère politique et antidémocratique » de cette action. Ce communiqué le rendra célèbre auprès des dirigeants apeurés de la FFF de l’époque. 

«Boulogne, chef de la mafia des entraîneurs », comme raillerait dès lors chaque mois François Thébaud, avait été visé en priorité par cette occupation parce que l’homme au crâne chauve incarnait pour les exaltés du football révolutionnaire l’ennemi le plus redoutable qui soit : le conservatisme. 

Depuis 1958, dans les colonnes de L’Entraîneur français –revue professionnelle àl ’usage des éducateurs qui existetoujours et dont il était alorsquasimentle seul rédacteur–,c’est pourtant au nom de la modernité que Boulogne avait prôné l’adaptation nécessaire des structures françaises aux évolutions tactiques et économiques générales. Son football de caractère –du béton pour ses contempteurs –était le seul recours face aux conceptions intellectualistes de jeu qui avaient mené selon lui le football français à sa perte. On le disait conservateur, mais c’était mal le connaître, pensait-il, il était le plus moderne d’entre tous. La seule différence était qu’il était le seul à le savoir.

Extrait de "Football à la française", de Thibaud Leplat, aux éditions SolarPour acheter ce livre, cliquez ici

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