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Loi Travail : 58% des Français interrogés après l’annonce des éléments contenus dans les ordonnances s’y déclarent opposés
©LOIC VENANCE / AFP

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Loi Travail : 58% des Français interrogés après l’annonce des éléments contenus dans les ordonnances s’y déclarent opposés

Un sondage exclusif Harris interactive pour Atlantico et RMC qui révèle également que 54% des Français considèrent qu’elle détériorera les conditions de travail des salariés et 69% qu’elle ne permettra pas "de réduire le chômage".

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.

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Atlantico : Quels enseignements peut-on tirer de ce sondage ? 

Jean-Daniel Levy :On peut  tirer plusieurs enseignements de ce sondag. D'abord on est face à des Français qui sont globalement défavorables à la loi Travail et dont les interrogations vont se porter sur deux points essentiels. D'abord le doute quant à la capacité à recréer de l'emploi dans la société et des doutes quant aux conséquences de cette réforme pour les salariés qui peuvent être négatives dans le cadre de leur activité professionnelle.

Ensuite il n'y a pas une mesure qui aujourd'hui apparaît comme étant absolument rejetée par les Français. Il y a des Français défavorables face au plafonnement des indemnités prudhommales mais pour le reste, tout ce qui apparait comme étant une forme de démocratie directe au sein des entreprises a un écho plutôt positif. On est face à des Français qui ne sont pas favorables à la loi Travail mais ne voient pas un point susceptible de créer une critique extrêmement forte, le tout dans un contexte de baisse de la cote de popularité d'Emmanuel Macron. Cette baisse de popularité ne se manifeste pas de manière mécanique dans cette réforme du code du Travail.

Pour preuve, il y a des ordonnances dans cette réforme qui sont accueillies de manière très favorable au sein de l'électorat du président mais également du côté de l'électorat plutôt à droite sur l'échiquier politique.

A la lumière de ce sondage concernant les manifestations prévues fin septembre, la CFDT et FO n'appellent pas à manifester contre cette loi. Il n'y a pas de dynamique spontanée d'opposition. Les acteurs sociaux auront du mal à faire entendre une forme de contestation absolue de cette réforme. Le fait qu'aujourd'hui il n'y ait pas de point d'accroche manifeste rend plus difficile l'organisation de manifestations de grande ampleur. Il va être intéressant de voir comment les débats vont évoluer car pour l'instant c'est une mesure à temps zéro. Est-ce que l'on va être sur un débat sur l'efficacité de l'action ou un débat sur les valeurs  de la loi et du rapport au travail. Si émerge l'idée que globalement les salariés vont vraiment y perdre on peut penser que la mobilisation va être relativement importante.

Enfin, dans un pays présenté comme étant irréformable, on ets face à des Français qui sont un peu moins critique que ce à quoi on aurait pu s'attendre et qui ont pu considérer qu'il n'y a pas de mesure qui les met en situation de tension. La situation reste pour autant délicate pour le président de la République. 

58% des Français interrogés par Harris Interactive après l’annonce des principaux éléments contenus dans les ordonnances relatives au travail s’y déclarent opposés. Cette opposition est, comme on pouvait s’y attendre, franche chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen mais suscite une légère adhésion à Droite (51% des électeurs de François Fillon) et nette chez ceux d’Emmanuel Macron (82%).

Il est frappant de constater que mis à part « l’encadrement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, qui seront limitées par un plancher et un plafond, alors qu'elles étaient jusqu'ici fixées uniquement par la décision d'un juge » (59% des Français opposés) aucune mesure ne suscite à elle seule un jugement défavorable. Ainsi 70% des Français se déclarent favorables au « fait que les TPE de moins de 20 salariés puissent proposer des référendums à leurs salariés », 66% à « l'augmentation des indemnités légales de licenciement (passant d'1/5 à 1/4 par année d'ancienneté) », 62% au « fait que les accords d’entreprise devront être approuvés par des organisations représentant 50% des voix, et non plus 30% comme aujourd’hui », 54% au « fait que les TPE de moins de 20 salariés pourront négocier sans passer par les organisations syndicales », 52% au « fait que les entreprises puissent soumettre, directement, aux salariés des accords en matière de temps de travail, de rémunération et de mobilité ». Sur ces différents points, électeurs d’Emmanuel Macron comme ceux de François Fillon sont favorables à chacune des mesures.

Invités à se projeter vers l’avenir et anticiper les conséquences, 71% des Français considèrent que cette loi réduira « le pouvoir des syndicats dans les entreprises »54% qu’elle « détériorera les conditions de travail des salariés », 57% qu’elle n’améliorera pas « la compétitivité des entreprises françaises », 64% qu’elle n’améliorera pas « la croissance économique de la France » et enfin 69% qu’elle ne permettra pas « de réduire le chômage en France ». Ici, comme dans le reste de l’enquête, les électeurs d’Emmanuel Macron adoptent un comportement assez optimiste quant aux effets (même sur l’emploi), et les électeurs de François Fillon adoptant en général un jugement mitigé mais moins critique que les autres électorats. On remarquera – probablement pour certains pour s’en affliger, de l’autre pour s’en réjouir – que l’anticipation d’un moindre poids des syndicats dans les entreprises constitue un jugement partagé.

On le voit donc, après l’annonce des différentes mesuresles Français ne semblent pas se focaliser sur l’une d’entre elle. Et ne pas considérer qu’une décision constituerait une forme de « chiffon rouge » susceptible de les appeler à être « vent debout » contre la nouvelle loi se profilant.

Reste que l’anticipation des effets ne les conduits pas à considérer que le chômage baissera du seul fait de cette loi. Ni que la compétitivité sera améliorée. En revanche, ils considèrent que les conditions de travail des salariés pourront potentiellement être dégradées.

Gageons que l’avenir de la réforme, et de son appréciation par les Français, sera intimement lié à la nature de la perception des enjeux : qu’il s’agisse de l’efficacité ou des valeurs. Sur l’efficacité, les Français ne sont pas persuadés de conséquences positives. Sur les valeurs, les tensions sont importantes.

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