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Libye : la nouvelle politique arabe de la France est bien mieux que l'ancienne
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Zone franche

Libye : la nouvelle politique arabe de la France est bien mieux que l'ancienne

Si la « communauté internationale » vole enfin au secours des Libyens, il faudra penser à envoyer des Ferrero Rochers à Sarkozy.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je suis bien embêté : j’écris sur un site « de droite » et je m’apprête à dire du bien de Sarkozy ! Si cette conjonction d’indélicatesses ne me conduit pas directement en enfer, c’est que le sélectionneur de l’équipe de foot du Malin n’a pas les yeux en face des trous. Bah, notez qu’avec toute la fumée qui se dégage du feu éternel, c’est pas facile facile pour lui, au Démon…

D’autant plus qu’il a déjà un peu de boulot, ces derniers temps-ci, avec l’accueil des sbires de Kadhafi que lui expédient quotidiennement les révolutionnaires libyens. Tiens, d’ailleurs, c’est justement à cause de ces derniers que je me retrouve à dire du bien de Sarkozy (et à risquer la damnation éternelle).

Un Sarkozy qui, non content d’avoir été le premier à reconnaître, dès dimanche, le Conseil National Libyen de Transition, le recevait carrément à l’Elysée hier ! Une attitude qui tranche sur celle de Catherine Ashton, le fantôme censé représenter la politique extérieure européenne et qui préfère la prudence et l’attentisme à la furia francese : « Qui sont ces gens ? Sont-ils vraiment légitimes ? Les Libyens ont-ils voté pour eux ? ».

Tss, la dame est britannique mais heureusement qu’elle était en RTT le jour où il a fallu dénicher un bureau vide à Londres pour de Gaulle : il aurait fallu attendre l’invention du Web pour visionner l’appel du 18-Juin sur Youtube.

Donc, Sarkozy reçoit les rebelles à l’Elysée et remue ciel et terre pour que la « communauté internationale » se décide enfin à passer aux choses sérieuses et vienne leur porter secours. Il faut dire qu’on parlait déjà de 6 000 morts la semaine dernière et que, compte tenu de l’intensification des combats, ce chiffre est certainement explosé, si l’on ose dire, à l’heure qu’il est.

Un blanc-seing du Conseil de sécurité qui ne viendra pas

Bien sûr, sur le front diplomatique, ça n'avance guère : la France attend toujours un blanc-seing onusien qui ne viendra pas avant d'initier « frappes ciblées » ou « no fly zone », ni les Russes ni les Chinois n’ayant de goût pour l’ingérence humanitaire. Et l’on ne peut pas dire qu’elle soit poussée à l’iconoclasme par le PS non plus, qui en fait également un préalable tout en martelant qu’il faut agir. Et tout de suite, par dessus le marché !

Oh, Bruxelles ne reste pas totalement sur le banc de touche en dépit des atermoiements de Catherine Ashton, qu’on se rassure. Ainsi, pas plus tard qu’hier après-midi, l’UE a pris la décision, « face à la gravité de la situation », de taper du poing sur la table en « étendant ses mesures restrictives à cinq entités financières [libyennes] de première importance ». On imagine qu’à Ras-Lanouf, les rebelles qui fuient les bombes ne cachent par leur joie.

Et même Obama s’installe désormais sur le siège arrière, comme on dit à Washington, préfèrant laisser ses alliés se débrouiller avec Kadhafi au nom du multilatéralisme post-Bush.

On n’attend évidemment pas d’un président français qu’il aille tout seul au clash,. On ne peut même pas exiger qu’il réussisse à entraîner les velléitaires et les pusillanimes dans son sillage puisqu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Mais à ce stade, et toujours au risque d’être excommunié par ceux qui lui reprochaient hier de ne rien faire mais ne s’enthousiasment pas davantage lorsqu'il bouge, on se dit que la nouvelle politique arabe de la France a bien plus d’allure que l'ancienne. Celle où il suffisait de copiner avec un dictateur anti-impérialiste pour passer pour indépendant.

On attend d’ailleurs encore les manifestations monstres et les pétitions d’intellectuels venant appuyer l’omniprésident dans sa démarche, mais avec le débat sur la présidentielle (2012, c'est déjà demain), ils sont occupés ailleurs ― avec « l'affaire » Zemmour, par exemple... Des trucs importants, quoi ! C’est à peine si on les entend se moquer de BHL qui, lui, revient pourtant de Benghazi et tente de battre le rappel.

Mais qu’importe : moi, je n’ai plus rien à perdre puisque j’ai déjà reçu mon ticket pour l’enfer en début d’article alors je peux bien le dire : Sarko, sur ce coup, il assure.

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