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Les taxis en grève ce lundi, un pur scandale
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Les taxis en grève ce lundi, un pur scandale

Les taxis font en grève pour protester contre l’initiative concurrente des voitures avec chauffeur, ces VTC qu’ils qualifient de concurrence déloyale.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ce mouvement, soutenu par tous les syndicats (CFDT, CGT, FO, SDCTP et CST), devrait regrouper entre 3000 et 5000 taxis qui, par une opération escargot, vont bloquer la circulation entre Roissy- CDG, ORLY et Les Invalides à Paris.

Les chauffeurs de taxis protestent contre un tas de disfonctionnements qui perturbent l’exercice de leur travail : la hausse de la TVA, qui est passée à 10%, les mesures d’économie qui limitent fortement les prises en charges remboursées par la sécurité sociale, les difficultés de circulation à Paris qui les amènent à préférer attendre deux heures à Orly pour faire une course plutôt que de patrouiller là où le client en a vraiment besoin. Bref, ils protestent contre tout ce qui fait que l’on ne trouve jamais de taxis quand on en a besoin. Si le client parisien, ou le touriste, ne trouve pas de voiture ce n’est jamais de leur faute. Or, à Londres ou à New-York, ça marche plutôt bien les taxis… et à un prix inférieur. Cherchez l’erreur. 

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Mais le vrai motif de leur colère, c’est l’existence des voitures de tourisme avec chauffeur, les VTC, qui prolifèrent dans Paris. Ils répondent à l’appel d’un client, ils annoncent au préalable le prix de la course et, cerise sur le gâteau, sont toujours extrêmement propres, aimables et considèrent le client comme un client et non pas comme un «touriste-adversaire-emmerdeur».

Ces VTC n’ont pas de signalétiques lumineuses, elles ne peuvent pas ramasser de clients sur la voie publique mais doivent être commandées au téléphone et sur internet. Ces VTC ont beaucoup de succès à Paris du moins. Leur succès vient du fait qu'ils ont compris qu’il y avait un gros problème de taxis en France et que l’on pouvait répondre au client d’une autre façon. Ca s’appelle tout simplement la concurrence.

Le problème, c’est que les taxis n’aiment pas la concurrence. Ils jouissent d’un monopole qu’ils ont d’ailleurs acheté parfois assez cher. Alors, pour calmer cette grogne, le gouvernement a tricoté un décret qui impose aux voitures avec chauffeur de consentir un délai de 15 minutes, entre le moment de la réservation et la prise en charge. C’est complètement ridicule. Ca gène tout le monde, à commencer par les clients qui n’ont pourtant pas abandonné ce service.

Du coup, les taxis en remettent une couche, en exigeant une règlementation plus stricte. Un délai porté à 60 minutes et une course minimum de 60 euros. Autant condamner à mort les voitures sans chauffeurs et, dans la foulée, autant supprimer toutes les autres initiatives du genre moto-taxis qui servent également à améliorer le transport individuel.

Alors que le nombre de taxis est de 50.000, on recense aujourd’hui 5300 entreprises de VTC qui, exploitent près de 10.000 véhicules. Les empêcher de travailler reviendrait à détruire 10.000 emplois et surtout à stopper une activité en plein essor parce que n’en déplaise aux chauffeurs de taxis, c’est une activité qui répond à un vrai besoin.

Le mouvement est évidemment téléguidé par les trois grandes sociétés de taxis qui se partagent le marché. Elle pousse les artisans en tête de manifestation en leur faisant croire que l’ouverture les mènera à la ruine. Ce qui est complètement faux. La baisse de valeur de leur plaque peut très bien être compensée par la distribution par l’État de nouvelles plaques.

Tout se passe comme si les taxis organisaient la pénurie. Cette situation ne date pas d’hier. Le lobby des chauffeurs de taxis existent depuis plus de trente ans. Depuis 30 ans, Paris manque de taxis et depuis 30 ans les gouvernements qui se suivent, ne réussissent pas à décoincer le marché. Sous la pression du marché, c’est Hervé Novelli, quand il était ministre des PME lors du précèdent quinquennat, qui avait autorisé «les voitures sans chauffeurs» et «les mototaxis» pour que la concurrence fasse bouger les compagnies de taxis.

Les compagnies de taxis auraient pu améliorer leur service, affronter cette concurrence et demander des plaques supplémentaires. Au lieu de cela, elles n’arrêtent pas de demander un respect de leur privilège. Un peu comme des vaches sacrées dont la France regorge.

Si les chauffeurs de taxis sont en tête du défilé des vaches sacrées, on trouvera un jour ou l’autre les pharmaciens qui s’opposent à la vente de médicaments en dehors de leurs officines, les notaires qui veulent garder le monopole de l’enregistrement d’acte. Bref, toutes les professions qui vivent à l’abri d’un monopole et qui empêche ce pays de se moderniser.

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