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Les Saoudiens ont désormais leurs drones tueurs... et ne sont pas partis pour les utiliser avec modération
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THE DAILY BEAST

Les Saoudiens ont désormais leurs drones tueurs... et ne sont pas partis pour les utiliser avec modération

L’Arabie Saoudite a un bilan catastrophique en matière de droits de l’homme. Actuellement en guerre avec son voisin le Yémen, elle est désormais sur le point d’avoir sa propre flotte de drones de combats.

David Axe

David Axe

David Axe est journaliste pour The Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast - David Axe

L’Arabie Saoudite est la dernière puissance à s’équiper en drones. Et cela pourra être un problème car les Saoudiens sont engagés dans une guerre plutôt sale. Fin août, les médias saoudiens ont révélé que Riyad avait signé un contrat avec la firme chinoise Chengdu pour l’acquisition d’un nombre indéterminé de drones Pterodactyl.

Chengdu se serait inspiré des mythiques drones américains Predator et Reaper pour fabriquer ce Pterodactyl propulsé qui fait plus de 9 mètres de long et qui peut voler des heures en transportant des caméras et des missiles. Des opérateurs contrôlent l’engin sur le théâtre d'opération via des satellites.

Le Pterodactyl n’est probablement pas très sophistiqué : ses capteurs sont moins performants que ceux des modèles américains et cela peut être la différence entre vie et mort pour des innocents lorsque les drones pourchassent des ennemis sur le terrain.

Demandez aux Irakiens. Fin 2015, le gouvernement de Bagdad a fait l’acquisition de drones CH-4, assez rudimentaires, en Chine. Pour l’une de ses toutes premières missions en janvier dernier, le drone devait cibler des terroristes de Daech. Au lieu de cela, les opérateurs ont accidentellement visé des milices pro-gouvernement, faisant 9 morts et 14 blessés.

Andrew Cockburn, auteur du livre La chaîne du meurtre : l’essor des assassins high-tech, a déclaré au Daily Beast que l’acquisition des drones par les Saoudiens annonçait "des nouvelles sombres, surtout pour les yéménites". Le régime sunnite en Arabie Saoudite bombarde la rébellion chiite au Yémen depuis des années, avec une nette escalade depuis mars 2015. Les bombardements aériens saoudiens ont fait des milliers de morts civils et ont détruit des sites historiques irremplaçables.

Riyad voudrait améliorer sa précision de tir avec ces drones, mais les robots volants ne sont pas forcément synonymes de frappes aériennes plus éthiques. Ils peuvent même avoir l’effet inverse.

Capable de voler durant des heures d'affilée le même jour car ils n’ont pas de pilotes à bord, ces engins peuvent fournir des informations d’une grande valeur au commandement militaire. Mais lorsqu’il s’agit de la faire la difference entre soldats et civils, la technologie autonome a souvent de mauvais résultats.

Le grain peu fin des images de drones est difficile à analyser par des analystes humains. Un agriculteur qui porte une houe peut très bien être confondu avec un ennemi portant un fusil d’assaut. Des funérailles peuvent ressembler à un rassemblement de terroristes.

"Ces dernières années, nous avons enregistré un grand nombre de victimes civiles à cause des frappes américaines par drones. C’était dû en grande partie à un défaut dans les capteurs des drones Predators et Reapers utilisé par le Commandement unifié des opérations spéciales", a déclaré Cockburn. "La version chinoise est clairement pire que ça".

"Etant donné le peu d’intérêt provoqué par les dommages collatéraux infligés par les Saoudiens dans ce conflit, on peut s’attendre à bien pire dans les temps à venir".

Cela fait six ans que l’Arabie Saoudite souhaite avoir des drones. En février 2010, l’ambassadeur américain en Arabie Saoudite James Smith avait rencontré le Prince Khaled Bin Sultan – à l’époque ministre-adjoint de la Défense et de l’Aviation – pour discuter des questions d’échange de renseignements.

"L’ambassadeur a insisté sur les réserves (du gouvernements américain) s'il s'agit de donner accès à l’Arabie Saoudite à des images satellite de la frontière yéménite car il n’y a aucune certitude que l’Arabie Saoudite respectera toutes les règles des conflits armés lors de la conduite d’opérations militaires et notamment en ce qui concerne les cibles civiles", avait écrit l’ambassadeur américain à ses supérieurs, d’après un câble diplomatique publié par Wikileaks en 2011.

L'ambassadeur faisait référence à une frappe saoudienne qui aurait touché un immeuble abritant un hôpital au Yémen. "Si nous avions le Predator, peut-être n’aurions-nous pas eu ce problème", avait repondu Bin Sultan.

Mais les Etats-Unis ont pour politique de ne pas vendre de drones de combats à l’Arabie Saoudite. Dans un communiqué publié en 2015 par le département d’Etat américain, il est précisé que ceux qui reçoivent un armement en drones américains "doivent utiliser ce matériel en accord avec les lois internationales, y compris le droit humanitaire international et la charte des droits de l’Homme".

Apparemment, l’Arabie Saoudite ne remplit pas ces critères. L’évaluation la plus récente faite par le département d’Etat américain de la situation des droits de l’Homme dans ce pays fait état des violations constantes des droits des femmes, de trafic humain, de discriminations et d'abus de la part des forces de sécurité. "Le manque de transparence de la part du gouvernement et le manque d’accès à l’information ont rendu difficile la tâche qui consiste à évaluer l’ampleur de ces violations", a ajouté le département d’Etat.

Cela étant dit, le piètre historique de l’Arabie Saoudite en matière de droits de l’Homme ne l’a pas empêché d’acheter aux Américains des avions de combat, y compris le dernier modèle de F-15. Le département d’Etat considère que les drones de combat sont un cas à part. Empruntant à la doctrine de Peter W. Singer, auteur du livre Guerres connectées : la révolution robotique et les conflits au 21ème siècle et analyste à la New America Foundation à Washington, qu’il décrit comme "la politique particulière" des drones de combat. En d’autres termes, dans les mains saoudiennes, les drones de combats sont plus dangereux que les F-15.

Interdite d’achat de drones américains, l’Arabie Saoudite s’est tournée vers la Chine. Déjà en 2014, des rumeurs couraient sur l’achat de Pterodactyls par le royaume, mais apparemment il a fallu deux ans de plus pour que la vente soit officialisée. On ne sait pas quand les drones saoudiens de fabrication chinoise seront opérationnels.

L’Arabie Saoudite n’est pas le seul pays qui s’est tourné vers la Chine pour acquérir des drones de combat. "La Chine vend à un grand nombre d’Etats auxquels les États-Unis refusent de vendre ou bien auraient des difficultés à le faire'', a déclaré Singer au Daily Beast.

Avec l’Irak, le Nigéria est également devenu un client majeur des drones chinois. Comme l’Arabie Saoudite, le Nigéria a un sérieux problème avec les droits de l’Homme. Comme l’Arabie Saoudite, le Nigéria mène des bombardements intensifs contre le groupe armé islamiste Boko Haram, dans le cas du Nigéria. Des milliers de civils sont morts dans la guerre contre Boko Haram.

Mais Singer affirme qu’il n’est pas juste de mettre toutes les victimes civiles sur le compte des drones ou d’autres technologies. "Les mauvais régimes ont tendance à utiliser la technologie de mauvaise façon", rappelle-t-il. "Les régimes qui se soucient des droits humains utilisent la technologie de façon à respecter les droits humains".

En suivant ce raisonnement, ne vous attendez pas à ce que l’utilisation des drones chinois rende l’intervention militaire saoudienne au Yémen moins horrible. En fait, dès que les Saoudiens pourront stationner des drones au Yémen 24 heures sur 24, leur guerre n’en deviendra que pire pour les civils.

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