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La National Security Agency (NSA), une des principales agences américaines de renseignement, espionne les communications téléphoniques et électroniques des citoyens américains.
La National Security Agency (NSA), une des principales agences américaines de renseignement, espionne les communications téléphoniques et électroniques des citoyens américains.
©Reuters

Pendant ce temps...

Les méthodes du renseignement américain vous scandalisent ? Attendez de voir ce que font les autres...

Alors que le scandale de la NSA n'en finit pas de faire couler de l'encre, plusieurs des systèmes de surveillance impliqués (PRISM, Boundless Informant etc.) ont été révélés à la presse. Un arbre qui cache l'obscure forêt des pratiques de renseignement de la plupart des grandes puissances.

Michel Nesterenko

Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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Atlantico : Les diverses agences de renseignement américaines sont aujourd'hui accusées d'espionner directement les données personnelles des citoyens américains, mais aussi étrangers. Les services secrets des autres pays n'ont-ils pas néanmoins des pratiques similaires ?

Michel Nesterenko : C'est effectivement vrai, et l'on peut même ajouter que les technologies utilisées par ces organismes sont les mêmes bien que les moyens alloués et l'ampleur même des systèmes de surveillance soient bien moins importants. Aucun service de sécurité n'a aujourd'hui la capacité de mettre en place une surveillance globale recouvrant la grande majorité des systèmes de communications à une échelle planétaire. Pour ce qui est des autres pays, on pourrait se dire qu'il n'y a rien d'étonnant puisque les grandes puissances ont toujours composé avec l'accumulation du renseignement, et ce depuis l'Antiquité. Le célèbre Sun Tzu, auteur de l'Art de la Guerre, évoquait ainsi déjà l'importance capitale de l'espionnage. Cela devient cependant plus inquiétant lorsque l'ensemble des citoyens se retrouve impliqué directement dans la surveillance, comme c'est le cas actuellement. 

Quels sont aujourd'hui, en dehors des Etats-Unis, les nations les plus critiquables dans leurs pratiques de renseignement ?

On trouve en premier lieu la Grande-Bretagne puisque cette dernière a passé plusieurs accords avec Washington qui lui ont offert l'accès en direct à une importante partie des bases de données américaines. Les britanniques vont jusqu'à alimenter eux-mêmes ces bases de données pour faciliter par la suite des échanges d'informations. La légalité de cette entente et la coopération de facto à un système de surveillance questionnable pose en effet problème. Dans un autre registre, l'Allemagne (dont la police a été inquiétée en 2011 lors de l'affaire du "Chaos Computer Club", NDLR) et la France ont pu avoir, à l'exception, des pratiques sortant du cadre de la légalité, bien que l'on reste tout de même dans un encadrement constitutionnel bien défini. On ne trouve ainsi, hors Etats-Unis, aucun pays qui possède des tribunaux et des lois secrètes cachés au grand public. 

Bien que le système américain soit faiblement entouré sur le plan légal, celui-ci semble être totalement inexistant dans d'autres pays démocratiques. Cela n'est-il pas autrement plus inquiétant pour les citoyens concernés ?

C'est effectivement le cas dans des pays comme le Canada et l'Italie mais cette information est a relativiser. Si le cadre juridique est effectivement nul ou quasi nul dans ces pays, il est en effet important de rappeler qu'ils n'ont pas les moyens tant financiers que matériels pour instaurer un système Big Brother qui soit aussi stalinien, que celui que l'on est en train de découvrir. Comme le révélait M. Snowden, l'auteur de la fameuse fuite, les Américains n'ont aucune limite budgétaire pour ce qui est du stockage, ce n'est cependant pas le cas ailleurs. La gestion de base de données s'étalant sur une cinquantaine d'années ainsi que l'achat de logiciels de recherches suffisamment rapides représentent une somme absolument faramineuse que la plupart des moyennes et grandes puissances ne peuvent se permettre de budgétiser. 

A la lumière de ces informations, on a l'impression qu'il est impossible de faire marche arrière étant donné la compétition mondiale qui se développe autour de l'espionnage numérique. Est-il déjà trop tard pour envisager un "recadrage" de ces systèmes ?

Je ne pense pas que le principe même de démocratie soit ainsi menacée en Allemagne, en France, en Italie ou au Canada comme il est menacée actuellement outre-Atlantique. La véritable question est donc selon moi de savoir si les Etats-Unis vont continuer à vivre sous ce régime Big Brother, et il est aujourd'hui difficile d'être optimiste. J'ai plutôt l'impression que Washington est en train de devenir une espèce de super-URSS qui utiliserait les mêmes méthodes, seulement avec plus de moyens....

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