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Le retrait du gouvernement sur l'écotaxe devrait engendrer un manque à gagner de près d'un milliard d'euros.
Le retrait du gouvernement sur l'écotaxe devrait engendrer un manque à gagner de près d'un milliard d'euros.
©Reuters

Editorial

Les lourdes conséquences du retrait de l'écotaxe

Jeudi 9 octobre, Ségolène Royal a annoncé la suspension de l’écotaxe : au-delà des conséquences budgétaires immédiates, cette décision ne fera qu'encourager les professions réglementées à se révolter.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Le retrait de l’écotaxe sans tambour ni trompettes est un signal lourd de l’impuissance de l’Etat face aux groupements d’intérêts et illustre de façon saisissante son incapacité à entreprendre des réformes. Il a suffi que les transporteurs routiers menacent de bloquer les routes pour que le gouvernement se couche. Non seulement, Manuel Valls n’a pas manifesté la moindre velléité de résister, mais il a pratiquement applaudi au retrait de la taxe, qualifié de "décision sage", en allant jusqu’à verser une larme "sur un secteur éprouvé par le dumping social que font peser certains Etats européens" .On croit rêver ! Une fois de plus, l’Europe est mise en accusation pour justifier le manque de courage de nos dirigeants. Et le discours martial du Premier ministre perd tout relief, en faisant chaque jour davantage de Manuel Valls un clone de François Hollande, dont il suit la descente dans les sondages.

Conséquence immédiate : une facture supplémentaire va s’inscrire au budget. Certes, le gouvernement affirme qu’il mettra à contribution les sociétés d’autoroutes, mais dans l’immédiat, compte tenu de l’imbroglio qui est créé sur le règlement de la facture, c’est le contribuable qui sera appelé à régler une addition qui pourrait être proche d’un milliard d’euros. Mais au-delà de cette affaire, c’est une fois de plus la crédibilité de l’Etat qui est en jeu, à un moment particulièrement crucial, à la veille de la transmission du projet de budget à la Commission de Bruxelles. Déjà Paris n’est pas en mesure de présenter un état cohérent de son train de vie. Il n’a pas fourni une décomposition claire des 21 milliards d’économies annoncées, alors qu’il continue de miser sur une croissance que tout le monde dénie en raison de son excès d’optimisme et qu’il faudra boucher des trous supplémentaires comme celui engendré par la disparition de  l’écotaxe. L’exaspération du collège européen pourrait monter d’un cran et conduire à des représailles à l’encontre de la France, sans que nos partenaires se fassent pourtant d’illusions sur la capacité de faire changer un pays drogué depuis quarante ans aux déficits.

Il y a encore plus grave : par son comportement, le gouvernement encourage à la résistance toutes les professions réglementées dont il dénonçait l’attitude corporatiste. Notaires, pharmaciens et autres sont désormais assurés de l’impunité face à une autorité publique qui n’a  de pouvoir que le nom et manifeste sa faiblesse à chaque défi qui lui est lancé.

Et pendant ce temps, les déficits continuent de croître, celui du commerce extérieur en particulier, sans susciter d’émotion particulière. Les partenaires sociaux se réunissent en poursuivant  un dialogue de sourds, mais comment peut-on faire confiance à des syndicats qui représentent  seulement  sept pour cent des salariés ? Les  fonctionnaires demeurent protégés par une sorte de muraille de Chine, malgré des sureffectifs manifestes. Experts, théoriciens, essayistes veillent au chevet du malade de l’hexagone en multipliant les conseils, diagnostics et autres recommandations dans un vide total de l’action officielle. Car François Hollande ne voit pas pourquoi le modèle actuel dont on dénonce les insuffisances et les manques depuis plusieurs décennies ne pourrait pas continuer quelques années de plus dans un pays dont les historiens  affirment qu’il ne peut changer de façon radicale sans une révolution, dont l’heure, pour le Président, optimiste impénitent, n’est pas encore venue.

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