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"La première année n’a pour but que de vous sélectionner, de vous faire ingurgiter des tonnes de connaissances sûrement très intéressantes mais fort inutiles cette année-là."
"La première année n’a pour but que de vous sélectionner, de vous faire ingurgiter des tonnes de connaissances sûrement très intéressantes mais fort inutiles cette année-là."
©Reuters

Bonnes feuilles

Les études de médecine telles qu'elles sont conçues actuellement ne servent pas à grand chose

On l'imagine en super héros. L'urgentiste Marc Magro invite à l'accompagner de l'autre côté du miroir, avec ce que cela comporte de décisions à la hâte, de doutes, de mots à trouver, parfois de sentiment d'échec ou même de culpabilité. Extrait de "Médecin d'urgences" (1/2).

Marc  Magro

Marc Magro

Médecin urgentiste au CHU de Nice et au centre hospitalier de Menton, Marc Magro est aussi médecin capitaine pompier à Nice, Antibes, Cagnes-sur-Mer et dans l'arrière-pays niçois. Il est déjà l'auteur de plusieurs romans parus aux Editions Glyphe.

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J’aimerais dire que les études de médecine sont passionnantes mais ce n’est pas le cas.

La première année n’a pour but que de vous sélectionner, de vous faire ingurgiter des tonnes de connaissances sûrement très intéressantes mais fort inutiles cette année-là. C’est d’abord un tour de force, une surenchère, une épreuve terrible pour ceux qui ont peu de mémoire, qui ne savent pas s’organiser et qui ne viennent pas de filières scientifiques.

Qui dit sélection, dit esprit de compétition. En amphithéâtre, certains redoublants vous le font tout de suite sentir. L’enjeu est crucial aussi. Cela coûte cher, voire très cher pour ceux qui suivent des cours privés ou particuliers. Parce qu’on leur a dit que ce n’était pas possible de réussir sans aide. De ce côté, j’ai toujours été naïf avec mon équation magique : Travaille régulièrement et tu ne seras pas moins con qu’un autre. Car une fois qu’on sait sa leçon, où est le problème ?

En fait, le problème, c’est la ténacité. Comment ne pas craquer, continuer alors qu’on aurait envie de tout abandonner, de sortir, de profiter de notre jeunesse parce qu’après c’est trop tard ? Bien sûr ce genre de réflexions est valable quelles que soient les études. Mais celles-ci ont une dure réputation. Réputation renforcée par la contrainte du numerus clausus, c’est-à-dire le nombre prédéfini d’étudiants en médecine potentiellement admissibles en deuxième année pour tout le territoire français.

Cette année il est de 8 000. Ce qui au bout du compte ne parera pas la désertification médicale de certaines régions. J’ignore comment ont évolué les contenus des cours, comment a évolué l’envie des profs de nous communiquer leur savoir. Je retiendrai seulement qu’il est pour moi beaucoup plus facile d’apprendre dès qu’il y a une sympathie ou une empathie au-delà de la qualité d’un pur savoir.

L’art d’enseigner la médecine n’est ni aisé, sûrement, ni donné à tout médecin, aussi. Je crois qu’on peut retrouver les mêmes difficultés, les mêmes failles dans le rapport médecin-patient. La connaissance semble être pour certains un privilège qu’on ne dispense qu’à soi-même.

En résumé, mes études ont été longues, voire interminables, pas toujours intéressantes, souvent mal adaptées aux pratiques, sans coordination avec les stages hospitaliers que je faisais. C’est vraiment dommage. Mais tout ceci n’empêche pas d’apprendre, d’avancer et d’y croire. La curiosité donne l’énergie suffisante pour aller chercher l’information qui manque, rencontrer les gens qui peuvent vous aider, vous passionner. Il y en a heureusement. Leur porte est ouverte.

Faut-il encore le savoir. Je dirai que tout ce que je sais, la faculté de médecine me l’a enseigné.

Mais ce que j’en ai fait, je l’ai appris avec les patients.

Extrait de "Médecin d'urgences", Marc Magro (First Edition), 2013. Pour acheter ce livre,cliquez ici.

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