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Marine Le Pen.
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©Capture écran RTL

Complexe de persécution

Les élections annulées si le FN arrivait au pouvoir ? Cette rumeur venue du Portugal qui agite l’extrême droite

Les déclarations de Manuel Valls à la télévision portugaise ont tout de suite été reprises par les partisans du Front National qui accusent le Premier ministre d’avoir sous-entendu que si le FN remportait les élections présidentielles, le vote serait annulé.

Jérôme Jamin

Jérôme Jamin

Jérôme Jamin est licencié en Philosophie, détenteur d'un diplôme d'étude approfondie en Relations internationales et politique européenne et docteur en Science politique et sociale.Il est l'auteur de L'imaginaire du complot. Discours d'extrême droite en France et aux Etats-Unis ( 2009)

 

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Atlantico : Une tribune publiée sur le site de Boulevard Voltaire (lire ici) s'est mis à circuler très rapidement dans les milieux d'extrême droite. Pour son auteur, pas de doute, quand Manuel Valls affirme à la télévision portugaise que : "La France possède l’arme nucléaire, il est hors de question que ce pays tombe entre les mains du Front national", il veut dire que si le FN remportait la présidentielle, elle serait annulée. Comment expliquer que les sympathisants du Front national aient en masse souscrit à une telle interprétation des propos du Premier ministre ?

Jérôme Jamin : Depuis la fondation du parti Front national en 1972, mais surtout à partir des années 80, les cadres du FN utilisent l'argument de la démocratie pour justifier non seulement l'existence du FN mais aussi son droit à se développer, à s'implanter, et à participer au pouvoir. Accusé très tôt d'être un parti héritier des fascismes des années 30, le FN prend très vite l'habitude de renvoyer l'argument de la démocratie à ses détracteurs.

Si le Premier Ministre laisse entendre qu'il faudrait écarter le FN de son accès au pouvoir en cas de succès électoral d'envergure, il est assez facile de dénoncer une telle proposition au nom de principes démocratiques puisque le parti n'a jamais été interdit. Donc de ce point de vue là, rien n'a vraiment changé au FN, c'est une stratégie qui a marché et qui marche encore.

Est-ce que la mise en scène d’une persécution fait partie intégrante du discours frontiste depuis les origines et à quelle stratégie la diffusion de telles théories appartient-elle ? L'extrême-droite a-t-elle un penchant particulier pour le complot ?

Dans le cas précis qui nous intéresse ici, il est assez facile pour le FN d'utiliser d'une part une interprétation faisant référence à un complot - ou une persécution -, tout en s'inscrivant dans un discours à prétention démocratique. Mais ce n'est cependant pas la première fois.

Par exemple, très tôt, le FN s'en prend à la législation antiraciste au nom du droit à la liberté d'expression. L'argument démocratique est le suivant : le FN est le seul parti qui défend véritablement la liberté d'expression, un principe central dans un régime politique qui se veut démocratique. Il faut, indique le FN de l'époque, pouvoir parler de l'immigration sans être accusé de racisme. Il faut, indique Jean-Marie Le Pen, pouvoir parler de façon critique de la Seconde Guerre mondiale et de l'extrermination des Juifs sans être accusé d'antisémitisme ou de négationnisme. Et lorsqu'il y a procès, le fondateur du FN dénonce une instrumentalisation du pouvoir judiciaire contre la voix du peuple. Le Vlaams Belang belge a fait de même lorsqu'il a commencé à avoir des problèmes avec la justice pour incitation à la haine raciale. Geert Wilders aux Pays-Bas a également utilisé ce type de stratégie lorsqu'il a été accusé de racisme en raison de ses discours très durs vis-à-vis de l'islam.

Plus tard, l'argument démocratique est mobilisé par rapport à l'exclusion du FN dans les médias. Ici, c'est l'absence d'indépendance et de pluralisme de la presse qui est dénoncée par le FN. Le parti se plaint du traitement inégal dont il fait l'objet et évoque le danger que de telles pratiques font peser sur la démocratie : un grand parti mérite une couverture similaire à ce qui est proposé aux autres grands partis.

Avec le temps, toujours au nom de la démocratie, s'ajoute la dénonciation par le FN de son exclusion systématique de toute forme de participation au pouvoir. Ici, l'argument consiste à dénoncer le caractère non-démocratique d'une vie politique qui refuse de tenir compte d'une partie de l'expression populaire. C'est un argument qui revient à chaque fois que les autres partis ressortent le principe du "front républicain".

Lorsque Charlie Hebdo proposait l'interdiction pure et simple du FN, une nouvelle opportunité s'est présentée au cadre du FN pour dénoncer une "menace" sur la démocratie : un régime démocratique ne peut pas se contenter de faire interdire un parti, a fortiori s'il devient le premier parti en termes de poids électoral.

Lorsque le Premier Ministre indique qu'il est hors de question que la France tombe dans les mains du FN, il offre une nouvelle opportunité pour le FN de dénoncer une "menace sur la démocratie" puisqu'il est possible d'analyser les propos du Premier Minsitre comme une invitation à ne pas respecter le résultat des urnes si le FN gagnait de futures élections.

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