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Les curieuses indignations de SOS Racisme
©Reuters

Touche pas à ma pute

Les curieuses indignations de SOS Racisme

L'organisation antiraciste a trouvé un nouveau cheval de bataille. Mais de quoi je me mêle ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le manifeste des « 343 salauds » a fait beaucoup de bruit. Parce qu’il s’intitulait « Touche pas à ma pute » et entendait protester contre l’éventuelle pénalisation des clients des demoiselles qui vendent leur corps. Et dès qu’il y a le mot « pute » la foule accoure et s’enflamme.

Pour rester sérieux, il nous parait qu’il y a des questions plus graves que de défendre les droits de l’homme (mâle) d’aller aux putes… En d’autres temps, le « manifeste des 343 salauds » eut provoqué quelques haussements d’épaules amusés par le retour d’une vieille tradition française, celle de la gaudriole et de la grivoiserie. Mais aujourd’hui, tout, et on peut le regretter, fait sens. Une des ex « 343 salopes » qui, il y a bien longtemps, avait signé pour la liberté d’avorter et revendiquait l’avoir fait, Anne Zelensky, a publié une tribune plutôt vindicative. Nous avons signé pour que les femmes aient la liberté de leur corps et vous plaidez pour avoir la liberté de les asservir, a-t-elle dit en substance. L’argument est recevable.

Mais bizarrement ce ne sont pas les féministes qui ont crié le plus fort contre « touche pas à ma pute ». C’est SOS Racisme, une organisation qu’on a l’habitude de voir sur d’autres fronts. Sa protestation vibre d’indignation. SOS Racisme ne retient pas sa colère. Et celle-ci est grande. Les putes ne l’intéresse guère (ou alors il faudrait qu’elles soient arabes ou juives et discriminées en tant que telles). Non, ce qui fait hurler ce sympathique mouvement, c’est le « scandaleux » dévoiement de son slogan « touche pas à mon pote » en « touche pas à ma pute » ! Car c’est bien aux yeux de SOS Racisme, un blasphème qui mérite le bûcher. Non, non vous ne rêvez pas. C’est le summum de la bêtise triomphante et dominatrice.

Observons quand même que ce n’est pas la première fois que « touche pas à mon pote » fait de l’usage dans une autre version. Tout le monde a vu (et a priori SOS Racisme aussi) les manifestations de filles voilées, soigneusement encadrées par de solides barbus, arborant la petite main jaune de SOS Racisme avec l’inscription « touche pas à mon voile ». Dans le registre de l’asservissement, volontaire ou forcé, c’est un détail qui aurait mérité quand même d’être relevé. SOS Racisme n’a pourtant rien dit. Il faudra sans doute attendre qu’il y ait des putes voilées (certains hommes ont de curieux fantasmes) pour que l’organisation s’intéresse à leur sort.

Mais la bêtise peut parfois frôler l’abjection. Dans les reproches formulés à l’égard des « 343 salauds » figure le fait d’avoir lancé leur manifeste au moment où Didier François, grand reporter à Europe 1, est retenu en otage en Syrie. Et Didier François est, rappelle opportunément dans son communiqué SOS Racisme, l’inventeur dans les années 1980 du célèbre « touche pas à mon pote ». Tous les « 343 salauds » ont – n’est-ce pas ? - potassé la bio de Didier François avant de signer leur manifeste ! Tous les « 343 salauds »  avaient bien sûr connaissance du fait qu’il était le père de ce slogan qui a si bien marché ! Il y a des procès qui sont dégueulasses. Il y en a certains plus dégueulasses que d’autres.

Reste que le manifeste « touche pas à ma pute » est un sujet d’importance. A telle enseigne que Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement (et ministre des Droits de la Femme) a jugé utile de réagir pour le condamner. Etait-ce vraiment nécessaire ? Et puisque nous nous approchons ainsi de ceux qui nous gouvernent, il serait tout à fait intéressant de connaitre l’opinion sur ce sujet brûlant et torride, du Premier secrétaire du PS. Harlem Désir fut en effet – du temps qu’il était jeune – le premier, et emblématique, patron de SOS Racisme. Se retrouve-t-il bien, et à l’aise, dans les mots utilisés par l’organisation qu’il a contribué à faire naitre ?

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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