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François Hollande rentre d’un voyage de trois jours au Brésil et à Cayenne.
François Hollande rentre d’un voyage de trois jours au Brésil et à Cayenne.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Hollande confie aux grands patrons qu'il rêve du modèle allemand

Les voyages officiels sont décidément riches en confidences. Soit le président s’y ennuie mortellement et bavarde, s'imaginant qu'en étant loin de la France il peut parler vrai sans prendre le risque d’être repris et déformé. Soit il est complètement cynique et profite d’être à l’étranger pour dévoiler une part de sa pensée profonde en espérant qu'elle soit diffusée.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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François Hollande rentre d’un voyage de trois jours au Brésil et à Cayenne. Dans ce type de voyage, il emmène quelques journalistes qui rapporteront la bonne parole, il invite quelques-uns de ses amis et il convie de plus en plus de chefs d’entreprise. Le dernier voyage a, une fois de plus, été riche en confidences. Bien sûr, il s’agit de propos off, mais la présidence s’arrangera toujours pour que ça soit répété. D’ailleurs, les patrons sont généralement sidérés par le décalage entre les propos officiels et le doute.

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Au cours de ces trois derniers jours, le président de la République a réussi à dire le plus grand bien du modèle allemand et de l’organisation du gouvernement d’Angela Merkel. Quel changement dans le jugement. Berlin venait de rendre public la composition de son gouvernement. La négociation entre le parti d’Angela Merkel, la CDU et le SPD a été  très longue. Mais une fois d’accord sur la création d’un salaire minimum, le SPD s’est mis à table pour composer le gouvernement avec la CDU. Du coup, Angela Merkel dirigera un gouvernement resserré avec 15 ministres, pas un de plus. 7 postes réservés aux socio-démocrates dont le poste de vice-chancelier. Du côté de la CDU-CSU, Angela Merkel pourra compter sur son fidèle Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances.

Lisant la dépêche, François Hollande n’a pas pu s’empêcher d’envier l’organisation de la chancelière.15 ministres, le rêve pour François Hollande. Le gouvernement fédéral est trois fois plus resserré que le gouvernement français qui approche les 40 membres. L’équipe gouvernementale française est tellement importante que non seulement elle tient à peine dans la salle du conseil des ministres mais elle est "ingouvernable". François Hollande sait bien que son équipe gagnerait à être plus musclée. Le comble, c’est qu'aujourd’hui, il le dit et le répète aux grands patrons avec lesquels il voyage.

Mais il y a plus grave. Le modèle allemand soudé autour d’un programme d’actions, imperméable aux influences des différents courants sera forcément plus efficace. François Hollande le dit et le répète. Et quand un grand patron remarque qu'il ne tiendrait qu'à lui pour redresser le management, il acquiesce. "Oui et je pense en plus que la France n’a pas besoin de réouvrir le débat sur l’immigration, je pense que le pays a besoin de stabilité dans la fiscalité."

Autant dire que selon le président de la République, Jean-Marc Ayrault avait tout faux en fin de semaine dernière avait tout faux. Les interlocuteurs du Président ressortent de ces bavardages à 10.000 mètres d’altitude… dubitatifs.

Ils en tirent deux conclusions. La première, c’est que le président de la République a commencé à comprendrece qui n’allait pas dans le modèle français. Commençons par relancer la machine à créer de l’activité, des emplois, de l’offre. C’est-à-dire de la compétitivité, de l’innovation, du progrès technique, de la concurrence. En d’autres termes expliquent les chefs d’entreprise, créons de la richesse avant de racketter ceux qui voudraient devenir riche.

La deuxième conclusion, c’est qu’il faudra sans doute changer de Premier ministre, sauf à lui demander de changer de stratégie à 180° comme Mitterrand  en 1982-83 qui a changé de politique en gardant le même Premier ministre. Il faudra surement qu'il change son équipe de ministres actuels dont plus de la moitié rêve de mener une autre politique. Y compris les écolos qui sont pourtant prêts à tout pour conserver leurs postes de ministre.

Fort de ce diagnostic, les chefs d’entreprise sont, à l’atterrissage, envahis d’un doute. Est-ce que le président de la République est capable, à partir des diagnostics qu’il fait, de prescrire une autre politique et de changer les hommes et les femmes qui seraient chargés de l’appliquer ? Pour lever le doute, les hommes du Président passent leur temps à expliquer que François Hollande a changé. Le monde des affaires n’aspire qu’à les croire.

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