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Une réforme de la BCE est nécessaire, selon Jean-Luc Schaffhauser
Une réforme de la BCE est nécessaire, selon Jean-Luc Schaffhauser
©Reuters

Fondamentaux

Réformer la BCE : une priorité pour sauver l'Europe

Comme François Hollande, Nicolas Sarkozy s'est prononcé dimanche en faveur d'une réforme des missions de la Banque centrale européenne afin que celle-ci soutienne la croissance de la zone euro.

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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Cette campagne électorale est décevante. Elle pourrait se situer sur une autre planète ou à une autre époque. La crise monétaire est devant nous mais d’après les candidats "mainstream", elle semblerait finie. Rien à signaler. Français, dans la continuité, tout ira pour le mieux, nous vous le promettons !

La rupture des patentés du système est fait dans la même veine. Il suffirait de suivre les recettes de Lénine pour avoir, au lieu du Goulag, une France riche et prospère ; ou bien : sortons de l’euro et grâce à la monnaie nationale retrouvée avec ses dévaluations compétitives, la France, au lieu de s’appauvrir, s’enrichira ! Français, avec la rupture, tout ira pour le mieux, nous vous le promettons !

La crise monétaire, avec ses conséquences économiques, est pourtant devant nous et ceci en raison du Traité européen et plus particulièrement du statut de la Banque centrale européenne !

Dire la vérité, c’est d’abord parler aux Français de la Banque centrale européenne. Il faut la réformer, c’est une question de survie de la zone euro. Aucun des candidats majeurs – qui soutiennent pourtant l’euro - ne le dit. Pourtant, sans cette réforme, la zone euro éclatera, il faudra reprendre notre souveraineté monétaire par nécessité et retrouver, sans doute, nos monnaies nationales.

1000 milliards ont été donnés récemment aux banques en liquidités par des opérations de refinancement de la Banque centrale européenne. Il s’agit d’une création monétaire où en contrepartie d’un actif, dont la valeur n’est souvent pas définie par le marché (autrement dit cet actif ne trouverait, sans doute, pas preneur à un quelconque prix de marché), après lui avoir attribué une décote par rapport à son prix, dès lors totalement aléatoire, la BCE donne du nouvel argent aux banques, de la liquidité à 1% pour 3 ans et plus car le repo (ou opération de refinancement) peut être reconduit pour l’éternité si on considère que dans 3 ans, les banques seront encore en plus mauvais état en raison de la récession orchestrée par la rigueur.

Aucun candidat du second tour, même celui qui veut s’en prendre à la Finance avec un grand F, ne s’étonne de cette opération consistant à donner des actifs pourris à la Banque des États pour avoir de l’argent à 1% et le reprêter aux États à 3 ou 6% (contrat moral) ou, de fait, pour spéculer sur les produits dérivés, produits qui devaient être supprimés, rappelez-vous, pour enrayer toute nouvelle crise. Avec ces montants de création de fausse monnaie, nous aurions pu acheter et annuler toute la dette de la Grèce et du Portugal (500 milliards), il resterait encore 500 milliards pour créer de la vraie monnaie – de la monnaie en contrepartie de vraies richesses – par des investissements rentables nécessaires à l’équilibre de la balance des paiements des pays du Sud. Nous serions sortis de la crise par une véritable réponse à la crise.

En effet, tout le déficit annuel des balances de paiements des pays du Sud serait, après l’annulation de la dette des pays insolvables – Grèce et Portugal – , de l’ordre maximum de 120  milliards d’euros. Ce déficit annuel serait comblé pour plus de 4 ans par les 500 milliards investis dans de nouvelles richesses au Sud grâce à un plan de relance concerté, par exemple dans les économies d’énergie et les énergies nouvelles. L’énergie importée représente, en effet, à peu près les déficits de la balance des paiements, de l’ordre de 3%. Sans ces importations, le Sud serait déjà à l’équilibre. Ultérieurement, par des produits de marché ou des Project bonds garantis par la Commission ou la BEI, il sera  facile de canaliser au moins 5% des 19 000 milliards d’épargne financière de la zone euro, ce qui fait près de 1000 milliards. Ces 1000 milliards - auxquels s’ajoutent les 500 milliards de création de monnaie de base - combleraient les déficits structurels annuels sur plus de 12 ans, tout en générant avec un rendement de 8% les remboursements de ces investissements avec des dynamiques positives cumulatives.

Les dirigeants actuels sont responsables de la crise de l’euro en raison de leurs faiblesses face à l’Allemagne. La France, l’Espagne et l’Italie doivent mettre l’Allemagne face à ses responsabilités.

Nous créons cette fausse monnaie pour les banques – de la monnaie donnée sans contrepartie de richesse réelle – à cause uniquement des Allemands qui ont voulu inscrire dans le marbre de la Constitution l’impossibilité d’utiliser l’arme de la création monétaire pour sortir de la spirale de la dette. Pourtant, cette arme peut être utilisée selon des contextes différents. En suivant la création monétaire mondiale, la zone euro aurait pu créer 2000 milliards d’euros en supprimant ainsi, comme exposé ci-dessus, une partie des dettes et en investissant dans de nouvelles créations de richesse. L’euro se serait maintenu au niveau du dollar, ce qui aurait été simplement bénéfique à nos exportations. S’il y avait bien une urgence à modifier le Traité, ce n’était ni pour la règle d’or, ni pour le MES mais pour modifier le statut allemand de la BCE.

Ainsi, pour que Madame Merkel puisse dire que la BCE ne prête pas aux États, la BCE prête aux banques avec l’espoir que les banques daignent acheter de la dette aux États en difficulté. Si les Banques nationales des États en difficulté jouent le jeu, du moins pour l’Italie et l’Espagne, en raison notamment des conséquences de la baisse de cet actif dans leur bilan si elles ne le faisaient pas, constatons toutefois que les montants en cause de refinancement de l’ancienne dette et de la nouvelle dette ne permettent pas d’y parvenir uniquement avec les banques nationales de ces pays. Il faudrait, en effet, que les banques du Nord achètent de la dette des pays en difficulté, ce dont elles se gardent bien. Les subtilités de monsieur Draghi, obligé d’agir ainsi pour sauver l’euro en raison d’une banque centrale européenne allemande, ne permettent pas d’éviter la montée des taux !

Tout ceci était prévisible, nous l’avions dit en dénonçant ces subtilités …. En effet, les banques seraient bien folles de se mettre encore plus en difficulté avec la dette des pays du Sud qui pourrait se renégocier à la grecque à l’avenir - encore merci aussi pour cela Frau Merkel, vous avez tout faux dans la chute de l’euro et de l’Europe car c’est vous qui avez également construit cet aléa de marché qui a ainsi propagé la crise de la dette à l’Espagne et à l’Italie  : elles prennent les facilités de la BCE pour aller spéculer ailleurs en oubliant d’investir dans une économie désormais en récession. Leur attitude est logique.

Mais vous me direz, il y le MES et ses 800 milliards. Je ne reviendrai pas sur le fait déjà expliqué dans ces colonnes, que s’il ne reste que les pays du Nord véritablement solvables, et là encore de manière aléatoire, si le Sud s’effondre, il ne sert à rien d’aller se fournir sur le marché financier en espérant des taux bas. Les taux monteront bien plus que la croissance espérée. Dès lors, nous nous enfoncerons encore plus dans la banqueroute, tous ensemble. Sans prêteur en dernier ressort, qui seul peut être la Banque du Souverain, actuellement la BCE mais sans souverain, aucun mécanisme ne peut nous aider à contourner la réalité des déficits et de l’investissement nécessaire pour s’en sortir.

La France l’avait compris quand elle proposait que le FESF soit une banque qui pouvait se financer directement à la BCE mais nous avons cédé à l’Allemagne pour maintenir le mythe d’un couple qui n’a jamais existé que dans des formules de mauvais journalistes français car l’Allemagne se garde bien d’utiliser cette expression. On n’a fait l’Europe non pour vivre en couple mais pour avoir la paix, nous avons fait l’Europe pour se protéger de la folie allemande, les allemands l’ont voulu aussi pour se protéger d’eux-mêmes, ce qui devient cependant impossible si l’Europe devient allemande !

Les candidats doivent s’engager à une véritable réforme de la BCE en créant le rapport de force avec les autres pays du Sud et en disant à l’Allemagne : "soit vous l’acceptez, soit nous sortirons de l’euro". C’est la seule manière de sauver encore l’euro, sauver l’euro c’est le sortir de l’euro-DM…

Nous allons rentrer dans une Crise monétaire européenne et mondiale dans quelques semaines, aussi les critiques socialistes faites au bilan du Président de la République me paraissent désuètes et ridicules par rapport à l’essentiel : le statut de la BCE.

  • Sur les inégalités salariales : la France a mieux tenu que le reste des pays du Sud ou que l’Allemagne, ce sont les chiffres, (je reste toutefois favorable à une fiscalité à 75% pour les très hauts revenus mais en leur donnant la possibilité d’investir dans des entreprises françaises en déduction de l’impôt confiscatoire),
  • sur le déficit commercial : il est la contrepartie du refus de baisser les salaires de 8% au moins, ce que le calcul économique montre, compte tenu de l’élasticité de la demande, si on veut supprimer ce déficit …
  • sur la baisse des emplois industriels : elle est la conséquence d’une concurrence injuste et déloyale. Cette baisse est constatée dans tous les pays de l’Occident car sinon la Chine ne serait pas devenu l’atelier du monde. Même l’Allemagne perd des emplois industriels et au même rythme que nous en partant de plus haut que nous.


Il faut un protectionnisme européen pour maintenir les emplois industriels. Pour qu’il y ait des industries en France, il faut qu’il y ait un marché solvable et qu’il ne soit pas pris par les Chinois ou des Allemands plus compétitifs en raison de 8 points de PIB  en moins qui pèsent sur l’imposition de leurs entreprises. Ils ont des dépenses budgétaires et  sociales inférieures aux nôtres qui ne pèsent pas uniquement sur la production.

  • sur le déficit de la Sécurité Sociale : nous sommes le pays qui dépense le plus pour la santé et les retraites au monde tout en faisant payer le plus nos entreprises. Ce qui est étonnant, c’est que nous survivions encore dans un monde de concurrence déloyale sans avoir un déficit plus important !
  • Sur le chômage : il a progressé mais beaucoup moins que dans les autres pays du Sud rentrés en récession. L’Allemagne s’en sort mieux en raison de sa politique de passager clandestin européen. Après avoir pris les parts de marchés voisins, elle joue désormais son marché intérieur.

Parlons de la crise et expliquons ce que nous allons faire pour préserver la France. C'est le seul moyen de convaincre les Français qui sentent cette crise venir essentiellement à cause d’une Europe qu’ils ont rejetée. Les Français veulent l’Europe et même maintenir l’euro, mais il faut rapidement un autre euro pour une autre Europe. La réforme des missions de la BCE pour favoriser la croissance qu'a évoquée ce dimanche Nicolas Sarkozy - après des propositions similaires formulées par François Hollande - va dans le bon sens.

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