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Manœuvre dangereuse

Les calculs risqués de François Hollande derrière le hara-kiri du PS aux régionales

Avec l'annonce du retrait de ses listes en PACA et Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le PS prend de nombreux risques, probablement peu utiles... Et pour cause : la manœuvre est à double tranchant.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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La décision du parti socialiste de retirer sa liste au second tour des élections régionales dans trois régions clef : PACA, Nord-Picardie,  Grand Est, même si elle se heurte à une fronde  dans cette dernière région,  sera  qualifiée de courageuse par ceux qui considèrent  qu 'empêcher que le Front national n'accède  à aucune responsabilité, fut-elle locale,  est l' objectif prioritaire. Elle est en tous les cas douloureus.

Il faut comprendre les mécanismes des élections  régionales pour  en mesurer les dommages collatéraux  considérables. 

Une liste qui n'est pas présente au second tour n'aura pas d'élu.

La décision du PS prive de mandat dans chaque région une vingtaine de candidats  en tête de liste et donc influents qui s'étaient démenés au cours de la campagne et dont  l'élection était assurée. Certains perdent, avec les indemnités afférentes , une ressource vitale.  Il y a fort à parier que beaucoup d'entre eux  ne soient  pas prêts  à se défoncer pour faire la campagne de Hollande en 2017. 

Ces candidats pourront  aussi se voir reprocher par une partie de leurs électeurs de ne pouvoir  s'exprimer au second tour et de devoir choisir entre deux candidats du camp adverse  plus ou moins honnis. Ils pourront avoir le sentiment d'un lâchage et en conclure  que voter pour le PS ne sert désormais plus à rien. 

Enfin le parti socialiste sera absent du conseil régional dans trois régions d'implantation historique : le Nord et  l'Est ,  les deux plus vieilles régions industrielles et donc ouvrières de France, et PACA, dont le chef-lieu, Marseille, est aussi un fief historique du parti socialiste.  

Le sentiment que le parti socialiste est dès lors entré  dans un déclin irréversible va naturellement déteindre dans d'autres régions. Quels jeunes pourra-t-il recruter pour assurer son renouvellement ?

Pour quels avantages ? 

En regard de ces inconvénients lourds, quels avantages ? 

Avoir évité que le FN ne prenne pied dans un exécutif  régional, qu'il ne devienne un parti de gestion désormais entièrement normalisé ? Sans doute, mais c'est une arme à double tranchant. D'abord, si les chefs du Front national, Marine Le Pen en tète, se trouvent accaparés par la gestion locale, ils seront moins disponibles pour la campagne nationale. Ils ont aussi des chances de  se pendre les pieds dans le tapis, compte tenu notamment de leur inexpérience et d'un environnent administratif et médiatique  hostile. 

A l'inverse , si le Front national bute sur le Front républicain, il pourra se  poser en victime d'une manœuvre que beaucoup, à tort ou à raison, tiennent pour  antidémocratique. Il pourra plus facilement  que par  le passé, dénoncer la collusion UMPS ( LRPS) et se poser ainsi comme le seul vrai parti d'opposition. Or en démocratie, l'opposition a toujours vocation à accéder un jour au pouvoir. 

C'est pourquoi  on peut se demande si le bénéfice escompté  justifie le comportement du parti socialiste .

Une   explication de son  attitude  avancée  ces jours ci est que Francois Hollande  poserait là   les jalons d'une nouvelle configuration politique d'où émergerait , sinon une UMPS, du moins un grand mouvement de centre-gauche  allant du PS à l'aile centriste des Républicains  , ayant  comme références Valls, Macron, Bayrou, Lagarde, Juppé, Bertrand   avec éventuellement le président  comme chef de file. Faute de pouvoir se faire réélire  avec l'étiquette du PS, Hollande  le serait avec celle de l' UMPS. Un telle configuration laisserait évidemment de côté Nicolas Sarkozy qui a refusé de se prêter au jeu des retraits croisés en maintenant ses candidats les moins bien  placés au second tour. 

Mais on ne saurait exclure qu'en  dernière instance et au prix d'un important préjudice accepté ,  François Hollande ait dû céder à une contrainte  impérative. Contrainte interne  que l'on peut imaginer, du CAC 40 au Grand Orient.  Surtout contrainte internationale :  Hollande a pensé sans doute qu'il ne pourrait   pas se présenter la tête haute devant ses alliés de l'OTAN , ses partenaires de  l'Union européenne et la Commission européenne elle-même, en paraissant complice de l'accession du FN au pouvoir, fut-il  régional.  Il est clair que par rapport à une telle exigence, le sort d'un brave militant  socialiste du Nord pesait  peu. 

Reste à savoir comment les Français, pas seulement ceux qui ont voté pour le Front national,   percevront cette stratégie qui a les apparence d'une manœuvre de la dernière chance.

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